Arracher enfin la paix en Syrie [en]

Syrie
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 27 juin 2019

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier l’Envoyé spécial Geir Pedersen pour son intervention claire et précise sur les enjeux et défis de sa médiation et lui réaffirmer ici le plein et entier soutien de la France.

Je souhaiterais insister aujourd’hui sur l’impératif de faire taire les armes durablement en Syrie afin de permettre de nous engager sur la voie d’un processus politique crédible.

1/ Compte tenu de la dégradation de la situation sur le terrain, il y a urgence en effet à parvenir à un gel immédiat des lignes de front en vue d’un cessez-le-feu national, conformément à la résolution 2254.

Notre priorité, doit avant tout se porter sur Idlib, où la poursuite de l’offensive du régime et de ses alliés fragilise dangereusement les efforts de l’Envoyé spécial en vue de relancer le processus politique. C’est la position qu’ont rappelé les 28 pays de l’Union Européenne dans leur déclaration sur Idlib aujourd’hui même. Face aux nouveaux drames qui se déroulent dans le Nord-Ouest de la Syrie, nous devons tout faire pour éviter qu’Idlib ne devienne un nouvel Alep. Les vies de trois millions de personnes, dont 1 million d’enfants, sont en jeu.

Le témoignage particulièrement poignant de l’organisation SAMS mardi nous a rappelé que le personnel et les infrastructures humanitaires et médicaux continuaient d’être pris pour cibles. Nous condamnons avec la plus grande fermeté la nouvelle attaque délibérée contre une ambulance hier à al Bireh qui a fait deux morts parmi les secouristes des Casques blancs, en violation flagrante du droit international humanitaire. Il est particulièrement odieux dans ce contexte tragique que le régime prétende que les travailleurs humanitaires sont complices des organisations terroristes, alors qu’ils accomplissent leur travail en prenant des risques élevés et trop souvent au péril de leur vie.

Je tiens également à souligner la responsabilité particulière de la Russie, dont l’appui aérien est essentiel à la poursuite de l’offensive du régime. La lutte contre le terrorisme ne constitue pas la seule justification de cette offensive, qui frappe avant tout les populations et les infrastructures civiles. La lutte contre les groupes terroristes listés par ce Conseil demeure une priorité pour la France, mais ce combat ne peut se faire en violation du droit international humanitaire.

Nous réitérons ainsi notre appel à la Russie afin qu’elle réaffirme son attachement au cessez-le-feu et fasse pression sans plus attendre sur le régime pour qu’il cesse les combats, en vue notamment de permettre la mise en place d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale. C’est aussi une exigence pour que le processus politique puisse avancer sereinement.

Dans le Nord-Est, nous devons poursuivre nos efforts pour éradiquer totalement et durablement la menace de Daech et stabiliser la région. C’est le message unanime qu’ont porté les directeurs politiques de la coalition internationale contre Daech réunis à Paris le 25 juin. La France a aussi décidé à cette fin d’allouer 50 millions d’euros supplémentaires en Syrie, qui seront principalement ciblés sur le Nord-Est.

2/ Dans ce contexte, je veux rappeler l’urgence de réaliser des avancées sur le volet politique pour ouvrir une réelle perspective de paix et de réconciliation.

Notre responsabilité collective est de soutenir l’Envoyé spécial pour faire progresser l’ensemble des dimensions de la résolution 2254. Il dispose de notre plein appui pour réunir les différents acteurs internationaux autour d’une même table, ce qui est à nos yeux une condition indispensable pour aller de l’avant. Il a également notre entier soutien pour finaliser rapidement un « paquet constitutionnel » crédible et équilibré, qui porte sur la composition et les règles de procédures du comité constitutionnel. Nous regrettons cependant qu’aucune avancée n’ait été enregistrée. Les responsabilités sont claires : le régime syrien refuse tout compromis et multiplie les manœuvres dilatoires pour empêcher cette première enceinte de dialogue d’aboutir. Il appartient à l’Envoyé spécial de nous dire en toute franchise quand il estimera avoir épuisé toutes les voies possibles pour parvenir à un accord sur le comité. Si le régime maintient son opposition, il sera temps pour ce Conseil d’en tirer les conséquences et de réfléchir à d’autres façons d’avancer.

À cet égard, la mise en place de mesures de confiance susceptibles de créer un environnement sûr et neutre est essentielle. Cela passe notamment par des progrès sur le sujet des détenus et des personnes disparues, un accès des Nations unies aux réfugiés et déplacés de retour chez eux ou encore des engagements du régime sur la sécurité des personnes et la restitution de leurs biens fonciers.

Enfin, je voudrais rappeler l’importance de la question électorale en vue des échéances à venir. Nous devons réfléchir dès à présent, sur la base de la résolution 2254, aux conditions qui garantiront que les élections seront libres et régulières, que l’ensemble des Syriens, y compris les déplacés et les réfugiés, pourront y participer et que les Nations unies seront impliquées dans la supervision du processus. L’Envoyé spécial dispose là aussi de tout notre soutien pour avancer sur ce chemin. Pour sortir de la tragédie syrienne, il faudra redonner aux Syriens la possibilité de s’exprimer librement sur l’avenir de leur pays.

Monsieur le Président,

Nous le savons tous, seule une solution politique sur la base de la résolution 2254 permettra de stabiliser durablement la Syrie, d’éradiquer durablement le foyer terroriste et d’assurer un retour des réfugiés dans des conditions sûres et dignes. La France poursuivra sa mobilisation à cette fin au cours des prochaines échéances internationales, dont nous souhaitons qu’elles permettent de réaliser des avancées.

Nous en appelons une fois encore à la responsabilité particulière de la Russie pour qu’elle fasse pression sur le régime afin de restaurer le cessez-le-feu et d’obtenir de lui des engagements en vue de relancer un processus politique global.

Sans avancée politique crédible, notre position sur la reconstruction, les sanctions et la normalisation, qui est aussi la position de l’Union européenne, restera inchangée.

Monsieur le Président,

Ce serait une grave erreur de jugement mais aussi une lourde faute politique de considérer que la tragédie syrienne est derrière nous. Face au nouveau drame qui s’ouvre à Idlib, selon un scénario si souvent éprouvé, personne ne pourra dire qu’il a été pris par surprise. Mais ce serait une autre erreur de jugement et une autre faute politique de considérer que le chemin de la paix est inaccessible. Nous sommes convaincus au contraire que nous pouvons réunir les conditions pour ouvrir un processus politique crédible, construire sur nos convergences et arracher enfin la paix en Syrie. Il n’y a pas une minute à perdre et c’est cet appel pressant que je voudrais lancer aujourd’hui au nom de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 27/06/2019

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