Nous sommes à la croisée des chemins pour le processus de paix au Moyen-Orient [en]

Moyen Orient
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 20 mai 2020

Monsieur le Président,

Tout d’abord, je remercie Nikolay Mladenov pour son intervention.

Permettez-moi d’exprimer les préoccupations croissantes de la France concernant la menace d’annexion.

Comme l’écrasante majorité de ce Conseil, nous avons exprimé nos inquiétudes le mois dernier concernant la perspective d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie après la signature de l’accord de coalition israélien. Néanmoins, l’inauguration du nouveau gouvernement israélien nous rapproche de cette perspective.

Nous nous réjouissons de continuer à travailler avec les autorités israéliennes d’une manière constructive et globale, dans l’esprit de l’amitié de longue date qui nous lie à Israël et de notre engagement inébranlable en faveur de la sécurité d’Israël.

Cependant, je tiens à me faire l’écho de la déclaration du ministre français des Affaires étrangères M. Le Drian et à rappeler que toute annexion d’une partie quelconque de la Cisjordanie, y compris des seules colonies, constituerait une violation du droit international, qui interdit strictement l’acquisition de territoire par la force.

Cela mettrait en péril la solution à deux États telle qu’elle a été conçue lors de négociations et d’accords antérieurs. Elle compromettrait également la perspective de pourparlers de paix sur laquelle ce Conseil est unanime.

L’annexion n’est dans l’intérêt ni des Palestiniens, ni des Israéliens, ni des Européens, ni de la communauté internationale. La mise en œuvre d’une telle mesure unilatérale mettrait encore plus en péril la stabilité régionale. Elle serait également préjudiciable au rôle d’Israël dans le monde, à son intégration dans son environnement régional ainsi qu’à ses relations avec ses partenaires.

La France met donc à nouveau en garde le gouvernement israélien contre une telle démarche qui ne serait pas sans conséquences sur les relations de l’Union européenne avec Israël. Nous ne reconnaîtrons aucune modification des lignes de juin 1967, sauf celles agréées par les deux parties. A cet égard, je rappelle que la résolution 2334 crée des obligations pour les Etats tiers, en appelant les Etats membres à faire la distinction entre l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967.

Nous rappelons l’importance pour toutes les parties de respecter les accords existants.

Dans ce contexte, il est plus que jamais urgent de relancer les négociations de paix.

La France est fermement convaincue que seules des négociations visant à établir deux Etats vivant en paix et en sécurité le long de frontières sûres et reconnues sur la base des lignes de 1967, avec Jérusalem comme capitale des deux Etats, sont susceptibles de conduire à une paix juste et durable dans la région. Telle est également la position de l’Union européenne. Cette position est fondée sur les résolutions de ce Conseil.

Avec l’Union européenne, nous sommes prêts à soutenir tout effort mené sur cette base, dans le respect du droit international et par le biais de négociations entre les parties. C’est un sujet sur lequel nous travaillons étroitement avec nos partenaires européens, ainsi qu’avec nos partenaires arabes.

Nous sommes donc prêts à soutenir toute initiative visant à relancer des négociations crédibles. Comme nous l’avons déjà dit, nous sommes prêts à examiner les propositions du président Abbas au Conseil en février dernier.

Nous pensons également que l’unité palestinienne est d’une importance primordiale dans la situation actuelle. Elle ne peut être réalisée que par des pourparlers de réconciliation crédibles. L’Autorité palestinienne doit fixer un calendrier pour la tenue d’élections générales à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, une fois que la pandémie de COVID-19 sera sous contrôle. Ces élections sont susceptibles de favoriser la réconciliation palestinienne, qui est également cruciale pour la paix. Cette responsabilité est entre les mains de l’Autorité palestinienne.

Enfin, je suis heureux d’entendre que la propagation de la pandémie est pour l’instant plus ou moins sous contrôle, mais il ne faut pas abandonner les efforts tant que le risque subsiste. Permettez-moi de féliciter une nouvelle fois l’UNRWA, ainsi que les autres agences des Nations unies, pour leur rôle exemplaire dans la lutte contre la pandémie. Je me félicite également du nouvel accord conclu entre Israël et l’Autorité palestinienne sur la question des revenus de taxe prélevées par Israël au nom de l’Autorité palestinienne et appelle à ce qu’il ouvre la voie à un accord global.

Néanmoins, il faut faire davantage pour promouvoir la coopération et le dialogue entre les parties au-delà de la lutte contre la pandémie.

Alors que la situation économique déjà désastreuse de la Palestine risque de s’aggraver, la France a avancé le versement de son aide budgétaire annuelle sur l’Autorité palestinienne. En outre, l’Agence française de développement a apporté un soutien financier aux ministères de la santé et de l’économie. La France continue également à soutenir la réponse de l’UNRWA au COVID-19. La réunion du comité de liaison ad hoc du 2 juin sera l’occasion de renouveler notre engagement en faveur d’une solution viable à deux États.

Monsieur le Président,

La France, avec ses partenaires européens, continuera de promouvoir le multilatéralisme et la défense de l’ordre international fondé sur des règles. La Charte interdit l’acquisition de territoire par la force. Et ce Conseil a mis en place les paramètres internationalement reconnus sur lesquels repose la solution à deux États - et en particulier, de la résolution 242 à la résolution 2334, la distinction entre Israël et les territoires palestiniens occupés. Par conséquent, le Conseil de sécurité ne devrait pas rester silencieux sur toute violation du droit international.

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins pour le processus de paix au Moyen-Orient. Il est de notre responsabilité, en tant que membres du Conseil, de nous unir pour promouvoir la paix et non le chaos. Je vous remercie.

Dernière modification : 20/05/2020

Haut de page