Nous sommes à un tournant dans l’histoire du conflit israélo-palestinien [en]

SITUATION AU MOYEN-ORIENT

INTERVENTION A TITRE NATIONAL
DE M. NICOLAS DE RIVIERE
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES
AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 24 juin 2020

Je remercie le Secrétaire général pour son introduction, ainsi que le Secrétaire général de la Ligue arabe et le Coordinateur spécial pour leurs briefings. Je salue également la participation des Ministres de Palestine, d’Afrique du Sud, d’Indonésie, de Saint Vincent et les Grenadines, de Tunisie, du Vietnam et du Royaume-Uni.

Nous sommes à un tournant dans l’histoire du conflit israélo-palestinien.

Il y a près de trente ans, les signataires des accords d’Oslo ont eu le courage de poser les premiers jalons de la résolution du conflit le plus ancien à l’agenda de ce Conseil. A une semaine de l’échéance du 1er juillet, l’espoir de parvenir à une paix globale au Proche-Orient n’a jamais paru aussi éloigné.

La France se joint aux vives préoccupations exprimées par les membres de ce Conseil et le Secrétaire général des Nations unies, mais aussi par le Haut représentant de l’Union européenne à plusieurs reprises face à la menace déclarée du gouvernement israélien de procéder à l’annexion de parties de la Cisjordanie à compter du 1er juillet.

Celle-ci porterait tout d’abord une grave atteinte au droit international, en violant de manière flagrante le principe de non-acquisition de territoires par la force inscrit dans la Charte.

Toute annexion de territoires en Cisjordanie, quel qu’en soit le périmètre, porterait également une atteinte irréversible au processus de paix, ainsi qu’à la solution des deux Etats.

Enfin, une telle décision fragiliserait plus encore la stabilité d’une région minée par les crises, et la relation d’Israël avec ses voisins arabes.

Nous devons donc nous mobiliser pour dissuader toute décision d’annexion, qui ne serait ni dans l’intérêt des Palestiniens, ni dans celui des Israéliens.

La France appelle le gouvernement israélien à s’abstenir de toute mesure unilatérale susceptible de conduire à l’annexion.

La France ne reconnaîtra aucune modification des lignes de juin 1967, sauf celles agréées par les deux parties, conformément au droit international, aux résolutions de ce Conseil et aux paramètres sur lesquels repose la solution des deux Etats.

Comme l’a dit le ministre Le Drian, compte tenu de sa gravité, une décision d’annexion ne saurait rester sans réponse. En particulier, l’annexion ne serait pas sans conséquences sur les relations de l’Union européenne avec Israël.

A défaut de pouvoir relancer immédiatement le processus de paix, notre responsabilité collective – et en premier lieu la responsabilité de ce Conseil, qui a défini et endossé les paramètres de résolution du conflit – est de préserver les conditions d’une négociation future et la possibilité d’un accord entre les parties.

Le conflit israélo-palestinien ne se résoudra pas par des décisions unilatérales. La France avec ses partenaires européens continuera de promouvoir la voie de la négociation, et plus largement le multilatéralisme et la défense d’un ordre international fondé sur la règle de droit. Nous nous tenons prêts à prendre toute notre part dans la relance d’un processus politique ambitieux et la reprise de négociations crédibles, fondés sur le droit international, les résolutions pertinentes de ce Conseil et les paramètres internationalement agréés.

Ces paramètres sont clairs et bien connus : deux Etats, vivant en paix et en sécurité le long de frontières sûres et reconnues, avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Une annexion, quelle qu’en soit le périmètre, serait un pas sans doute irréversible dans la direction inverse : celle de l’Etat unique, qui mettrait un terme aux aspirations nationales des Palestiniens et au projet démocratique israélien.

Nous devons collectivement mettre en garde contre cette perspective, et réaffirmer notre disposition à accompagner les parties sur la voie des deux Etats, qui est la seule susceptible de conduire à une paix juste et durable dans la région.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/06/2020

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