Nouvelle étape en Haïti avec la transformation de la MINUJUSTH en BINUH [en]

MINUJUSTH
Intervention de Mme Sheraz Gasri, conseillère juridique à la mission permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 15 octobre 2019

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier le secrétaire général adjoint M. Lacroix de sa présentation et à saluer la présence parmi nous du ministre péruvien des affaires étrangères M. Gustavo Meza-Cuadra, à qui nous souhaitons tous nos vœux de succès dans ses nouvelles responsabilités.

La relation entre l’ONU et Haïti connait aujourd’hui une nouvelle étape importante avec la transformation de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) en Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Je souhaite à cet égard remercier la MINUJUSTH pour l’action menée au cours des deux dernières années, dans un contexte souvent difficile, afin de renforcer l’Etat de droit, notamment dans les secteurs de la justice et du système pénitentiaire, pour soutenir la Police Nationale d’Haïti, et pour promouvoir les droits de l’homme. Cette action, qui faisait suite à celle de la MINUSTAH depuis 2004, a été conduite avec un engagement constant de toutes les équipes de la MINUJUSTH qui doit être salué. Je souhaite à cet égard féliciter Mme La Lime pour son action et la féliciter également pour sa nomination à la tête du BINUH hier.

Nous devons être lucides sur la gravité de la crise que traverse Haïti depuis plus d’un an. Le rapport du Secrétaire général rend compte précisément des multiples dimensions de cette crise préoccupante. Les institutions politiques du pays ne fonctionnent plus, notamment du fait de l’absence de gouvernement et Haïti va au-devant d’une crise constitutionnelle avec le report des élections législatives. La violence est généralisée. La corruption est endémique. Les Haïtiens sont touchés de plein fouet par la détérioration de la situation économique et demandent un meilleur accès aux services de base. Face à cette situation, des vagues de manifestations ont régulièrement lieu depuis les émeutes de juillet 2018. Elles donnent lieu à des violences inacceptables que nous condamnons fermement.

La résolution de cette crise est entre les mains des Haïtiens mais la communauté internationale doit continuer de soutenir Haïti sur ce chemin exigeant, notamment au travers de l’action du BINUH à partir de demain. Face aux difficultés systémiques auxquelles Haïti fait face, la France est persuadée que l’issue réside dans un dialogue national inclusif associant tous les acteurs du monde politique comme celui des affaires et de la société civile. Il est de la responsabilité du président Jovenel Moïse de mettre en place ce dialogue véritable. La Représentante spéciale du Secrétaire général aura pour première priorité de contribuer à ce processus par sa mission de bons offices. La France est prête à soutenir ce dialogue en lien avec d’autres organisations comme l’Union européenne, qui s’exprimera tout à l’heure, ou l’Organisation internationale de la Francophonie. Le BINUH devra également conseiller les autorités haïtiennes dans les autres domaines clés pour le rétablissement de la stabilité politique, notamment l’organisation des élections, la promotion des droits de l’homme, le soutien à la police nationale. Il effectuera ce travail avec l’appui de l’équipe pays des Nations unies en Haïti et en prenant en compte les leçons que l’ONU tire de sa présence de terrain en Haïti depuis plus de 25 ans, notamment au travers du groupe consultatif ad hoc du Conseil économique et social. Et je tiens à cet égard à saluer la présence de la présidente du Conseil économique et social parmi nous. La lutte contre la corruption et l’impunité, au cœur des revendications des manifestants, doit également faire l’objet d’une priorité absolue. C’est en menant ce combat que les politiques haïtiens pourront renouer un dialogue de confiance avec la population.

Monsieur le Président,

Le Conseil de sécurité maintiendra toute sa vigilance en ce qui concerne la situation à Haïti. Il l’a montré en se réunissant en session de consultations fermées le 3 octobre dernier. A cet égard, nous souhaitons que le Conseil puisse exprimer publiquement sa préoccupation au sujet de la situation actuelle, son soutien au dialogue politique inclusif ainsi qu’à la transition entre la MINUJUSTH et le BINUH. Ce Conseil continuera de prendre en compte l’évolution des réalités sur le terrain pour déterminer les formes les plus adéquates de soutien de la communauté internationale à Haïti. Je souhaite enfin, pour finir, réaffirmer que la France se tient plus que jamais aux côtés d’Haïti et des Haïtiens pour faire face aux défis de la crise actuelle et pour construire l’environnement de stabilité et de prospérité auquel ils aspirent.

Je vous remercie.

Dernière modification : 15/10/2019

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