Pour des enfants sur le banc des écoles et non sur les champs de bataille.

Enfants dans les conflits armés
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Réunion du Conseil de sécurité en format Arria – 12 février 2019

Je voudrais commencer par remercier chaleureusement la Belgique d’avoir pris l’initiative de cette réunion importante qui nous rassemble aujourd’hui, en cette journée particulière qui est celle des enfants soldats. J’en profite pour saluer plus largement le leadership de la Belgique en tant que présidente du groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits armés.

Vous savez combien l’agenda « enfants et conflits armés » est cher à la France qui, depuis 20 ans, a œuvré sans relâche à la mise en place par le Conseil de sécurité de mécanismes ambitieux et effectifs de protection des enfants, avec bien sûr l’ensemble de ses partenaires, membres du Conseil, Etats affectés, ONU et la société civile. L’important à présent est de consolider et de renforcer encore cet acquis. C’est pourquoi la réunion en format Arria que nous organisons aujourd’hui est si importante car elle est l’occasion de nous pencher sur ce qui fonctionne mais aussi sur ce qui pourrait, ce qui devrait être amélioré. C’est la raison pour laquelle nous sommes particulièrement heureux de parrainer cette réunion.

Je voudrais remercier bien sûr chaleureusement également la Représentante spéciale Virginia Gamba pour sa présentation mais aussi pour son engagement et son travail dans cette perspective.

Permettez-moi de remercier également les autres co-parrains : la Côte d’Ivoire, dont le représentant va revenir sur son expérience qu’il est important pour ce Conseil d’avoir à l’esprit, la Guinée Equatoriale et la RCA – et je remercie particulièrement le représentant de la République Centrafricaine pour son intervention importante. Nous saluons la ratification par la RCA du Protocole facultatif à la Convention des droits de l’enfant relatif à l’implication d’enfants dans les conflits armés (OPAC). Nous saluons également bien sûr la signature de l’accord de paix et de réconciliation en RCA le 6 février dernier à Bangui, qui constitue à nos yeux une étape importante pour aboutir à une paix durable en RCA et dont la pleine mise en œuvre revêt une importance cruciale.

Je voudrais remercier Madame Ben Zakour Man pour son intervention et la féliciter pour son travail, ainsi que plus largement toute l’équipe de la protection de l’enfance de la MINUSCA, qui a réalisé - permettez-moi de le dire - un travail formidable, en lien avec l’équipe-pays et la représentante spéciale bien sûr, notamment en œuvrant pour la signature d’un plan d’action avec le Mouvement patriotique pour la Centrafrique, le 30 mai dernier. La signature de ce plan d’action a représenté une avancée majeure, tout comme l’émission d’ordres de commandement par le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FRPC) et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), en 2017, qui interdisent le recrutement d’enfants. Au total et dans le contexte difficile que nous connaissons, nous avons pu observer la libération de plus de 1000 enfants, séparés des groupes armés, en 2018. C’est un acquis, un mouvement important qu’il faut à la fois saluer et qu’il faut consolider et prolonger.

Ces résultats montrent, s’il en était besoin, à quel point les conseillers pour la protection de l’enfance sont indispensables et à quel point il faut préserver leur expertise, qui constitue un savoir bien particulier, au sein des opérations de maintien de la paix. C’est mon premier message : il faut préserver et si possible renforcer ces fonctions, à chaque fois que cela est nécessaire.

Je remercie également M. Khadraoui pour son intervention.

Cher Hichem, votre exposé le montre : l’engagement auprès des parties, notamment auprès des groupes armés, est indispensable. Il est au cœur de la mise en œuvre de cet agenda.

Dans cette perspective, nous nous réjouissons, Madame la Représentante spéciale, de votre future visite en RCA, au mois de mars. Mars sera aussi comme vous le savez le mois de notre présidence du Conseil de sécurité et nous souhaiterions vous inviter à briefer le Conseil de sécurité pour présenter les conclusions de votre visite à cette occasion.

Le cas de la RCA nous montre à quel point il est essentiel d’empêcher le recrutement et ensuite le re-recrutement des enfants, en cas de reprise des tensions. Ces tensions ont aussi pour effet d’accroître le nombre d’enlèvements d’enfants.

Encore une fois les plans d’action sont de ce point de vue absolument essentiels. Nous rappelons qu’ils doivent être complets, prévoyant des réponses aux six violations graves lorsque la situation l’exige.

Nous avons également souhaité intégrer cet aspect particulier dans le mandat de la MINUSCA, en 2017, dans le cadre de la résolution 2387. Ce texte a ensuite été maintenu dans la résolution 2448, adoptée par ce Conseil. Nous avons en outre souhaité faire du recrutement d’enfants un critère de désignation à part entière dans le régime de sanctions sur la RCA. Il serait donc utile je crois pour le Conseil d’intégrer ces éléments dans d’autres mandats et dans d’autres régime de sanctions, lorsque cela est pertinent.

En RCA, les groupes armés doivent immédiatement cesser toutes les violations graves commises contre les enfants, conformément aux engagements qu’ils ont pris en signant l’accord de paix. Nous avons donc maintenant un levier supplémentaire et l’arrêt de ces violations contre les enfants sera un premier test de leur bonne foi. Il est essentiel d’être totalement mobilisé sur ce sujet.

Il est essentiel, par conséquent, d’agir sur tous les fronts de la prévention à la réintégration, en passant bien entendu par la séparation des enfants recrutés et utilisés par des parties aux conflits.

La France y est particulièrement attentive dans le cas de la RCA où elle a notamment financé, l’année dernière, un projet d’appui à la réinsertion sociale de cinquante jeunes associés aux groupes armés par le biais de la formation professionnelle.

Dans ce contexte, la stratégie complète articulée par notre Ministre des affaires étrangères lors du débat ouvert du mois d’Octobre 2017 propose à cet effet une feuille de route, construite autour des principes et engagements de Paris, qui sont représentatifs de l’approche holistique que je crois nous partageons tous.

Nous appelons donc les Etats qui ne l’ont pas encore fait à endosser ces principes. Et je me réjouis que la République Dominicaine, membre de ce Conseil, et peut-être un autre Etat membre, s’engagent aujourd’hui – l’annonce sera faite, je le crois, cet après-midi, à l’occasion de l’évènement que nous organiserons avec Save the Children - nous espérons vous y voir nombreux. Nous appelons également les Etats qui ne l’ont pas encore fait à signer et ratifier le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, dit « OPAC », dont nous avons célébré les 18 ans l’an passé.

Voilà en quelques mots le menu particulièrement chargé, qui de notre point de vue doit constituer notre feuille de route pour l’avenir. Si nous voulons avancer, je crois qu’il est essentiel d’avoir des réunions comme nous en avons aujourd’hui et notamment d’entendre ceux qui sur le terrain, au quotidien, vivent les engagements que nous nous efforçons de prendre et de promouvoir.

Soyez assurés que la France reste et restera pleinement engagée pour protéger et libérer les enfants de la guerre, faisant tout pour assurer leur juste place qui est sur le banc des écoles et non sur les champs de bataille.

Un grand merci encore à chacune et chacun d’entre vous.

Dernière modification : 12/02/2019

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