Pour une transition inclusive vers la paix au Soudan [en]

Soudan
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Chargée d’Affaires a.i.
Conseil de sécurité - 26 août 2019

Madame la Présidente,

Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement M. Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, et M. Smaïl Chergui, commissaire à la paix et la sécurité de l’Union africaine, pour leurs interventions importantes. La France se réjouit de l’étroite coordination entre l’ONU et l’Union africaine sur le Darfour.

1/ A mon tour, je voudrais commencer par saluer l’ouverture d’une page importante de l’Histoire du Soudan.

Une étape majeure a été franchie avec la signature, le 17 août dernier, de la déclaration constitutionnelle, que notre Conseil a appuyée dans une déclaration à la presse, et qui définit le cadre de la transition. Nous appelons les parties à respecter cette déclaration constitutionnelle, dans le même esprit de compromis et de réconciliation que celui qui a prévalu à sa signature.

La France adresse tous ses vœux de réussite aux nouvelles autorités soudanaises, notamment au Premier ministre et au conseil de souveraineté, dans les missions essentielles qu’ils devront remplir : conclure un accord de paix avec les groupes armés, organiser des élections libres et démocratiques en 2022 et relancer l’économie et bâtir un Etat de droit. La France renouvelle sa disponibilité à accompagner le peuple soudanais dans ce nouveau chapitre de son histoire.

La France salue la médiation menée avec succès par l’Union africaine et par le Premier ministre éthiopien et souhaite que cet investissement diplomatique se poursuive avec la mobilisation continue de l’Union africaine, de l’IGAD, de la Ligue arabe, de l’OCI, des Nations Unies et de tous les amis du Soudan, qui est essentielle durant cette phase de transition.

Les femmes et les jeunes soudanais ont été remarquables par leur mobilisation, par leur inventivité, par leur courage, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie. Ils ont été le moteur de cette révolution et nous leur devons d’assurer qu’ils soient pleinement associés à la transition. Nous saluons à cet égard le quota de 40 pour cent de femmes qui est prévu par la déclaration constitutionnelle pour leur composition du Conseil législatif de transition.

Enfin, nous gardons tous en mémoire les victimes, notamment celles qui sont tombées le 3 juin. Les crimes qui ont été commis ne doivent pas rester impunis ; leurs auteurs doivent être poursuivis et jugés conformément aux règles de l’Etat de droit.

Madame la Présidente,

2/ Dans ce contexte, et ce sera mon deuxième point, nous avons une opportunité inédite de construire une paix durable au Darfour.

Un des grands défis de la transition sera de négocier un accord de paix global au Darfour. La France salue l’engagement pris par les nouvelles autorités soudanaises dans le document constitutionnel de régler le conflit au Darfour dans les six mois et appelle tous les groupes armés à s’engager de bonne foi avec les nouvelles autorités vers l’édification de cette paix durable.

Nous le savons, le Darfour reste une région fragile. Les civils continuent de souffrir des affrontements résiduels dans le Djebel Marra. Les déplacés sont régulièrement victimes d’exactions, notamment de violences sexuelles. De plus, les causes profondes du conflit, notamment l’accès à la terre et l’avenir des 2 millions de déplacés, n’ont pas été vraiment réglées.

Au-delà, je voudrais rappeler l’importance de lutter contre l’impunité au Darfour : des violations graves, y compris contre les enfants, et y compris des violences sexuelles, ont été commises de longue date et continuent d’être commises. Toutes les parties au conflit ont l’obligation de coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale et son Procureur, conformément à la résolution 1593 de ce Conseil.

3/ Enfin, et ce sera mon dernier point, il est temps d’engager un dialogue avec les nouvelles autorités, sur la présence des Nations unies au Soudan.

En juin dernier, nous avons décidé de suspendre pendant quatre mois le processus de retrait de la MINUAD, car nous n’avions pas d’interlocuteur fiable ni reconnu par la communauté internationale. Nous avions également de réelles préoccupations sur l’usage des camps de la MINUAD transférés aux autorités soudanaises.

Désormais, nous avons de nouvelles autorités légitimes et crédibles, avec lesquelles nous pouvons travailler, en attendant la formation d’un gouvernement à la fin du mois. Il nous faut avoir un dialogue franc et constructif avec elles sur le calendrier et sur les conditions du retrait de la MINUAD. Il est impératif que nous ayons la garantie que les sites transférés soient utilisés à des fins civiles, conformément aux accords conclus entre les Nations unies et le Soudan.

La question majeure que nous devons nous poser aujourd’hui est celle de la présence des Nations unies après le départ de la MINUAD. La stratégie politique de l’ONU et de l’Union africaine sur le mécanisme de suivi, qui nous sera rendue dans un mois, sera à cet égard essentielle.

Comme Jean-Pierre Lacroix l’a souligné, nous entrons dans une phase de consolidation de la paix, dont nous savons tous les défis. La France considère que nous devons continuer d’accompagner la paix au Darfour après le départ des casques bleus, comme cela a été le cas dans d’autres pays. L’équipe-pays ne pourra pas tout faire. Nous sommes donc favorables à la mise en place d’une mission politique spéciale, dont les missions seraient définies en prenant pleinement en compte les priorités des Soudanais. Cette mission politique pourrait accompagner la mise en œuvre de l’accord de paix, le retour des déplacés, le règlement des questions foncières et des conflits intercommunautaires, ainsi que la protection des femmes et des enfants. Elle pourrait également poursuivre le renforcement des capacités de l’administration et des forces de sécurité au Darfour.

Nous sommes également favorables à une présence substantielle du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme au Darfour après le départ de la MINUAD. En effet, après une opération de maintien de la paix qui aura duré plus d’une décennie, il est essentiel d’assurer le soutien continu des Nations unies pour accompagner le pays en matière de droits de l’Homme. Nous avons cette responsabilité morale envers les populations qui y vivent.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/08/2019

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