Préserver les fondamentaux de la stabilité régionale en Afrique de l’Ouest et au Sahel [en]

UNOWAS
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 10 janvier 2018

Je remercie le Représentant spécial du Secrétaire Général pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel pour son intervention comme toujours très éclairante.

Monsieur le Président,

L’UNOWAS constitue un outil précieux pour permettre aux Nations Unies de jouer son rôle dans le domaine de la prévention des conflits mais également de la consolidation de la paix, conformément à la vision du Secrétaire général en faveur d’une action, qui pour être durablement efficace, doit porter sur l’ensemble du continuum de paix. Nous souhaitons que la revue stratégique annoncée au cours des prochains mois soit l’occasion de veiller à ce que l’UNOWAS bénéficie bien de tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Prévenir les crises plutôt que les guérir, constitue le meilleur moyen d’éviter des souffrances bien sûr, mais également de réaliser des économies collectives.

Monsieur le Président,

I- Quelques remarques d’abord sur la réponse aux crises immédiates :

1. La dégradation de la situation sécuritaire dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest constitue un développement alarmant qui doit continuer de nous mobiliser. C’est le cas au Sahel tout d’abord, où la menace terroriste s’étend géographiquement et s’accompagne d’un accroissement dangereux des tensions intercommunautaires, au Centre du Mali mais désormais aussi au Nord-Est du Burkina Faso. C’est également le cas autour du Bassin du Lac Tchad, où la recrudescence des attaques de Boko Haram menace à nouveau certains territoires récemment libérés de son emprise.

2. La réponse à ces menaces et à ces crises repose à chaque fois sur une approche intégrée combinant efforts sur les volets politique, sécuritaire et du développement. C’est un point que nous avons souvent répété parce qu’il est essentiel. Au Sahel, la France est engagée pour accompagner la mise en œuvre par les parties maliennes de l’accord de paix (ce qui passe à court terme par la mise en œuvre d’ici le mois de mars prochain des mesures prioritaires identifiées par la résolution 2423). La France est engagée pour participer à la lutte contre les groupes terroristes (à travers l’opération Barkhane mais également à travers notre soutien à la force conjointe du G5 Sahel) ainsi que pour soutenir la mise en œuvre de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel (à travers la mobilisation de l’Alliance Sahel pour apporter une aide plus rapide, mieux coordonnée et plus ciblée aux populations les plus vulnérables). Dans le Bassin du Lac Tchad, davantage doit être fait pour soutenir une mobilisation continue des Etats de la Force multinationale mixte et s’assurer que son action soit conduite selon des modalités qui lui assurent le plein soutien des populations.

3. Les Nations Unies ont un rôle central à jouer pour aider les Etats de la région à définir des réponses adéquates et cohérentes sur tous ses aspects. Un travail doit être mené à brève échéance afin de s’assurer que les moyens mis en œuvre par le système onusien sur le terrain sont bien en phase avec les besoins des pays les plus touchés par les violences actuelles. Ce travail nous semble particulièrement urgent et nécessaire dans le cas du Burkina Faso.

Monsieur le Président,

II - Au-delà de notre mobilisation sur ces foyers de la crise, il importe plus que jamais de préserver les fondamentaux de la stabilité régionale en Afrique de l’Ouest et au Sahel, et je voudrais souligner trois messages principaux à ce titre.

1. Cela passe tout d’abord par la tenue de processus électoraux crédibles, transparents et inclusifs, comme le Représentant spécial vient de nous le rappeler. Au Nigéria, nous nous félicitons de l’engagement pris par l’ensemble des acteurs à respecter le résultat des urnes et à s’abstenir de toute violence, dans le cadre du travail de prévention réalisé par les acteurs de la région et par l’UNOWAS. En Guinée-Bissao, il est essentiel que les autorités respectent cette fois-ci leur engagement à organiser les élections législatives le 10 mars prochain, comme demandé par la CEDEAO et par ce Conseil. Dans d’autres pays comme le Togo et comme la Guinée, il est important que les concertations entre l’ensemble des acteurs se poursuivent afin de renforcer l’inclusivité et l’acceptabilité des processus électoraux à venir. Une attention toute particulière doit enfin être apportée au renforcement de la représentation des femmes dans les sphères de responsabilité, qui est aujourd’hui loin d’être satisfaisante dans les pays de la région.

2. Le respect des droits de chacun et la lutte contre l’impunité est également un facteur essentiel de stabilité. Les multiples exactions commises contre les populations civiles dans les diverses zones de conflit de la région ne doivent pas rester sans réponse, quels que soient ceux qui en sont à l’origine. Les processus de justice transitionnelle en cours, notamment au Mali et en Gambie, doivent être menés à leur terme pour créer les conditions d’une réconciliation qui soit durable. La protection des enfants dans les conflits doit faire l’objet de toute notre attention et l’UNOWAS a indiscutablement un rôle à jouer pour suivre cette question.

3. La stabilité va également de pair avec l’accompagnement dans la durée des pays en sortie de crise. La poursuite de la mobilisation de la communauté internationale en faveur du Libéria, au lendemain de la fermeture de la MINUL, est notamment essentielle pour assurer le succès de la transition démocratique remarquable qui s’y est déroulée il y a tout juste un an.

Monsieur le Président,

Je conclurai mon intervention, comme le Représentant de l’Allemagne avant moi, en soulignant que le lien entre climat et sécurité se matérialise de plus en plus clairement dans les pays du Sahel. Les effets du changement climatique y créent des tensions sur les ressources avec un impact direct sur les populations. Or, la gestion durable de ces ressources, telles que l’eau ou les terres arables, est une des conditions essentielles pour le maintien de la stabilité dans une zone comme le Sahel, marquée par des vulnérabilités politiques et sociales. La mise en œuvre des objectifs du développement durable et la mise en œuvre de l’accord de Paris, ainsi que l’instauration d’un dialogue régional autour des questions climatiques et environnementales revêtent à cet égard un caractère essentiel. C’est tout l’enjeu de la réunion de la commission climat du Sahel qui se tiendra début février à Niamey. L’UNOWAS a toute sa place pour apporter un soutien actif à cette dynamique.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/05/2019

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