Préserver les fondamentaux de la stabilité régionale en Afrique de l’Ouest et au Sahel [en]

UNOWAS
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 24 juillet 2019

Je remercie à mon tour le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mohammed Ibn Chambas, pour son intervention comme toujours très précise.

Monsieur le Président,

La situation en Afrique de l’Ouest mérite aujourd’hui toute notre attention. L’UNOWAS constitue à cet égard un outil précieux, au regard de son rôle en matière de prévention des conflits, de consolidation de la paix, mais également de soutien aux diverses initiatives régionales. Son rôle s’inscrit pleinement dans la vision du Secrétaire général en faveur d’une action sur l’ensemble du continuum de paix. Nous souhaitons donc que la revue stratégique annoncée au cours des prochains mois veille à ce que l’UNOWAS bénéficie bien de tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de son importante mission.

Monsieur le Président,

La dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire au Sahel fait peser un risque sans précédent sur la stabilité de l’Afrique de l’Ouest tout entière
. Les Etats du G5 sont aujourd’hui les premiers touchés. Mais d’autres feront prochainement face aux mêmes défis si des réponses adéquates ne sont pas urgemment apportées. C’est donc dans une véritable course contre la montre pour la stabilisation du Sahel que nous sommes aujourd’hui collectivement engagés. Elle passe par une mise en œuvre urgente de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, par une lutte déterminée contre les groupes terroristes qui sévissent dans la région, ainsi que par la bonne gouvernance et la création de perspectives économiques durables pour les populations. Davantage doit également être fait, dans le Bassin du Lac Tchad, pour soutenir une mobilisation continue des Etats de la Force multinationale mixte et s’assurer que son action soit conduite selon des modalités qui lui assurent le plein soutien des populations.

Seule une approche combinant des efforts sur les volets politique, sécuritaire et du développement est à même de changer la donne à moyen terme. Les Nations unies ont un rôle central à jouer pour aider les Etats de la région à définir des réponses adéquates sur tous ces aspects. Au Burkina Faso, la France appuie pleinement le processus engagé en ce sens à l’initiative du Secrétaire général. Nous espérons que la réponse des Nations unies sera ambitieuse et à la hauteur des attentes des autorités burkinabè, tant dans le domaine de l’aide humanitaire et du développement que ceux de la formation des forces de sécurité burkinabè, du respect des droits de l’Homme, de la promotion de l’Etat de droit ou encore du soutien à la lutte contre le terrorisme.

Monsieur le Président,

Au-delà de notre mobilisation sur ces foyers de crise, il importe plus que jamais de préserver les fondamentaux de la stabilité régionale en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Cela passe tout d’abord par la tenue de processus électoraux crédibles, transparents et inclusifs. En Guinée-Bissau, il est essentiel que les autorités respectent leur engagement à organiser les élections présidentielles en novembre prochain, selon des modalités conformes à celles préconisées par la CEDEAO et par ce Conseil. Dans d’autres pays comme le Togo, le Bénin et la Guinée, il est important que les concertations entre l’ensemble des acteurs se poursuivent afin de renforcer l’inclusivité et l’acceptabilité des processus électoraux à venir. Une attention tout particulière doit enfin être apportée au renforcement de la représentation des femmes dans les sphères de responsabilité, qui est aujourd’hui loin d’être satisfaisante dans les pays de la région.

Le respect des droits de chacun et la lutte contre l’impunité est également un facteur essentiel de stabilité. Les multiples exactions commises contre les populations civiles dans les diverses zones de conflit de la région ne doivent pas rester sans réponse, quels que soient ceux qui en sont à l’origine. Les processus de justice transitionnelle en cours, notamment au Mali et en Gambie, doivent être menés à leur terme pour créer les conditions d’une réconciliation durable. La coopération avec la Cour Pénale Internationale doit également être pleine et entière. La protection des enfants dans les conflits, ainsi que la situation des déplacés internes et des réfugiés, de plus en plus nombreux dans la zone doivent faire l’objet de toute notre attention et l’UNOWAS a indiscutablement un rôle à jouer pour suivre ces questions.

La stabilité va également de pair avec l’accompagnement dans la durée des pays en sortie de crise. La poursuite de la mobilisation de la communauté internationale en faveur du Libéria, au lendemain de la fermeture de la MINUL, est notamment essentielle pour assurer le succès de la transition démocratique remarquable qui s’y est déroulée il y a un an et demi.

Monsieur le Président,

Je conclurai mon intervention en soulignant que le lien entre climat et sécurité se matérialise de plus en plus clairement dans les pays du Sahel. Les effets du changement climatique y créent des tensions sur les ressources avec un impact direct sur les populations. Or, la gestion durable de ces ressources, telles que l’eau ou les terres arables, est une des conditions essentielles pour le maintien de la stabilité dans une zone comme le Sahel, marquée par des vulnérabilités politiques et sociales et par d’importants déplacements forcés de populations. La mise en œuvre des objectifs du développement durable et de l’accord de Paris, ainsi que l’instauration d’un dialogue régional autour des questions climatiques et environnementales revêtent à cet égard un caractère essentiel. Il importe que l’UNOWAS prenne pleinement en compte ces considérations dans son travail quotidien.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 24/07/2019

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