Promouvoir la sécurité au Kosovo [en]

Kosovo/MINUK
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 10 juin 2019

Monsieur le Président,

Je remercie à mon tour le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Zahir Tanin, ainsi que Miguel de Serpa Soares, le conseiller juridique, pour leurs exposés. Je souhaite remercier également le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Serbie, M. Dacic et l’ambassadrice du Kosovo aux Etats-Unis, Mme Citaku, pour leurs interventions.

Sur la méthode, et ceci est valable pour toutes les réunions du Conseil, je souhaite rappeler la demande maintes fois réitérée par ce Conseil que les interventions des briefers ne dépassent pas les 15 minutes de prise de parole.

Monsieur le Président,

Nous voici vingt ans après la fin du conflit au Kosovo et le déploiement de la force militaire de l’OTAN, la KFOR, et le Kosovo vit en paix. Une paix certes fragile au vu des nombreuses tensions entre les communautés, mais une paix qui doit inciter à redoubler d’efforts pour répondre aux aspirations des peuples.

C’est en gardant à l’esprit cet objectif que je souhaiterais souligner brièvement trois points.

1. Premier point, je tiens à saluer le rôle de la MINUK. Celle-ci continue utilement à promouvoir la sécurité, la stabilité et les droits de l’Homme au Kosovo.

La France est consciente des enjeux de stabilité qui perdurent dans les Balkans occidentaux et s’est récemment dotée d’une stratégie nationale pour accroître son soutien à la stabilisation durable de la région, à son développement économique et social et au renforcement de l’Etat de droit. Cette stratégie nationale de la France prévoit des mesures concrètes en matière de développement économique et social, avec l’intervention de l’Agence française de développement ; dans le domaine de la sécurité, avec plusieurs actions, notamment une initiative franco-allemande pour lutter contre les trafics d’armes légères et de petit calibre ; et dans les domaines de la justice et de la défense, avec des coopérations renforcées.

Cependant, si nous devons soutenir la stabilisation des Balkans occidentaux, la responsabilité principale incombe d’abord aux pays de la région, comme la Macédoine du Nord et la Grèce en ont fait la démonstration avec l’accord historique de Prespa, que je tiens à saluer une nouvelle fois.

2. J’en viens ainsi à mon deuxième point qui est de regretter l’absence de dialogue entre Belgrade et Pristina, depuis novembre dernier et le niveau élevé des tensions entre les deux parties. Ce n’est pas soutenable.

Cette situation de blocage explique la démarche du Président de la République Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel d’inviter le Kosovo, la Serbie, les pays de la région et l’Union européenne à un sommet, à Berlin, le 29 avril, comme le représentant de l’Allemagne vient de le rappeler. L’enjeu était de convaincre les deux parties de reprendre le dialogue. Les efforts se poursuivent pour atteindre cet objectif.

Monsieur le Président,

Pour parvenir à la reprise d’un vrai dialogue, comme M. Jurgen Schulz vient de l’expliquer, il est essentiel que chaque partie s’abstienne de toute nouvelle action, déclaration ou mesure susceptible d’exacerber les tensions. Je renouvelle à cet égard notre demande que la taxe de 100%, imposée par le gouvernement du Kosovo sur les produits en provenance de Serbie et de Bosnie-Herzégovine, soit levée ou, a minima, suspendue.

L’opération de la police du Kosovo le 28 mai dernier a été évoquée par plusieurs intervenants et je le ferai à mon tour brièvement. La France soutient naturellement la lutte contre la criminalité organisée et la corruption au Kosovo, dans le plein respect des règles d’un Etat de droit, dont nous soutenons et encourageons l’édification. Compte tenu du contexte local, notamment au Nord du pays, il est néanmoins essentiel que ces opérations soient proportionnées. Par ailleurs, nous tenons à souligner l’importance du respect des privilèges et immunités de l’ensemble du personnel des Nations unies tels qu’ils ont été définis dans la convention sur les privilèges et immunités des Nations unies de 1946 et du personnel de la MINUK, tel que vient de le rappeler le conseil juridique. Nous étudierons avec attention les résultats de l’enquête interne menée par la MINUK.

3. Enfin, dernier et troisième point, M. le Président, je voudrais souligner le rôle de l’Union européenne dans la région des Balkans occidentaux.

A nos yeux, la stabilité de la région est, au premier chef, une affaire européenne. L’Union européenne mène ainsi une médiation, médiation qui a vocation à reprendre une fois que les deux parties seront prêtes à relancer le dialogue. Des succès ont déjà été enregistrés. Je pense en particulier à la conclusion de nombreux accords techniques entre la Serbie et le Kosovo au début des années 2010 facilitée par l’Union européenne. L’enjeu est désormais d’aboutir à la conclusion d’un accord global et juridiquement contraignant entre les deux parties.

Monsieur le Président,

L’avenir européen de la Serbie et du Kosovo dépend en grande partie de la conclusion d’un tel accord. S’y ajoutent de nombreuses réformes pour renforcer l’Etat de droit, qui est au cœur du projet européen. La responsabilité première des perspectives européennes respectives de la Serbie et du Kosovo incombe avant tout aux responsables politiques de ces pays. Seule la normalisation complète des relations entre Pristina et Belgrade permettra de concrétiser cet avenir européen, qui est un avenir partagé. Monsieur le vice-premier ministre, Madame l’ambassadrice, la France vous encourage à redoubler d’efforts pour y parvenir. Vous pourrez toujours compter sur le soutien fraternel de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 11/06/2019

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