Pyongyang doit mettre fin aux violations

Situation en Corée du Nord - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 9 décembre 2016

Je souhaiterais commencer par remercier le Vice-Secrétaire général Jan Eliasson et le Sous-Secrétaire général Andrew Gilmore pour leurs présentations. Je voudrais saisir cette occasion pour exprimer à Jan Eliasson la profonde reconnaissance de la France pour son engagement exemplaire sur tous les fronts, à commencer par celui des droits de l’Homme, qui est pour nous une source d’inspiration et d’admiration.

Avant toute chose, je souhaite saluer la décision prise une nouvelle fois, par ce Conseil, de permettre ces présentations sous un point dédié de l’ordre du jour. Car cette situation - qui reste l’une des plus graves au monde - justifie la pleine attention et la mobilisation du Conseil de sécurité. Il en va de sa responsabilité, alors que certains des crimes commis peuvent être constitutifs de crimes contre l’humanité. Ces violations, par leur gravité et par leur caractère systématique, sont l’expression d’un totalitarisme absolu, qui s’affranchit du respect de la règle de droit. Le rapport de la commission d’enquête internationale en février 2014 a permis de jeter la lumière sur - je cite : « la gravité, l’échelle et la nature de violations qui révèlent un Etat unique en son genre dans le monde contemporain ». Le régime nord-coréen a choisi de privilégier la répression et le développement de ses capacités nucléaires et balistiques au détriment du développement économique et du bien-être de sa population. En ce sens, il représente une menace pour la région, et au-delà, une menace pour la paix et la sécurité internationales. C’est une raison supplémentaire pour que le Conseil de sécurité se saisisse de cette situation.

Les présentations que nous avons entendues montrent que cette situation est restée inchangée depuis la publication du rapport de la commission d’enquête : des exécutions en nombre, des dizaines de milliers de prisonniers politiques, le recours systématique à la torture, à l’esclavage, à la famine, aux enlèvements, aux déplacements de populations, au trafic d’êtres humains, et de femmes en particulier, et enfin la limitation de l’accès aux services de premières nécessité, car les ressources de l’Etat ont été détournées à des fins militaires… Et je ne saurais bien sûr être exhaustif ici.

Je voudrais insister plus particulièrement sur trois points :

D’une part, il existe un droit - le droit à la liberté d’opinion et d’expression - dont l’exercice permet de vérifier le respect de tous les autres droits. Or en Corée du Nord, les crimes sont commis à l’ombre de la censure, et de l’interdiction de toute forme d’expression critique. Les témoins de cette tragédie sont réduits au silence : absence de défenseur des droits, absence de presse libre, absence de médias internationaux. Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme n’a pas davantage accès. C’est tout un peuple, soumis à une éducation de la soumission, qu’on aliène, ou bien qu’on emprisonne et qu’on tue sur son propre territoire.

En ce sens, il faut saluer la tenue de cette réunion du Conseil de sécurité, l’existence maintenant d’un bureau du Haut-commissariat à Séoul chargé de suivre la situation en Corée du Nord, la résolution annuelle de l’Assemblée générale, et l’organisation d’événements aux Nations unies. Tout cela contribue à maintenir la vigilance de la communauté internationale, en dépit de l’hermétisme des autorités.

Deuxième point, je voudrais évoquer le sort des victimes de disparitions forcées, de ces familles qui attendent des nouvelles de leurs proches depuis des années. Le drame des disparitions forcées, que la France s’attache à combattre, est sans commune mesure en Corée du Nord. Il s’étend également à d’autres pays, et notamment au Japon, dont les autorités attendent toujours que soient menées les enquêtes promises par les autorités nord-coréennes. Nous encourageons tous les Etats, dont les ressortissants ont pu être enlevés par ce même régime, à ratifier la convention sur les disparitions forcées qui a été adoptée il y a 10 ans. La Convention, le groupe de travail et le comité sur les disparitions forcées procurent aux Etats l’assistance technique requise pour lutter contre ce fléau.

La France soutient également l’appel vibrant du Haut-commissaire aux droits de l’Homme, avant-hier (7 décembre) pour répondre à la souffrance de ces familles, séparées parfois depuis plus de 60 ans, depuis la guerre de Corée.

Je souhaiterais également, c’est mon troisième point, attirer l’attention sur la situation des travailleurs nord-coréens à l’étranger, esclaves modernes d’un régime qui détourne la majorité de leurs revenus pour alimenter ses programmes nucléaire et balistique, en violation des engagements internationaux de la Corée du Nord, notamment eu égard aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Ces travailleurs, répartis dans de nombreux pays du monde, vivent dans des conditions qui violent clairement les normes internationales en matière de droits de l’Homme. Nous devons travailler ensemble afin de mettre un terme à l’utilisation de ces hommes et de ces femmes au service d’un projet qui met gravement en danger la sécurité internationale et régionale et qui porte atteinte à leurs droits et à leurs libertés les plus fondamentaux.

Monsieur le Président,

Le régime de Pyongyang doit faire face à ses responsabilités. Elles sont claires : -(i) mettre fin aux violations, -(ii) libérer les prisonniers politiques, - (iii) enfin juger et réparer. A cet égard je voudrais réaffirmer toute l’importance de la lutte contre l’impunité et saluer le travail du groupe d’experts indépendants sur l’impunité, dont nous lirons avec attention les recommandations. Toutes les options devront être explorées collectivement, y compris le renvoi de la situation à la Cour pénale internationale, y compris des sanctions fondées sur des motifs de violations des droits de l’Homme.

A l’issue de sa visite à Séoul fin novembre, le rapporteur spécial sur les droits de l’Homme en Corée du Nord a plaidé « pour une approche centrée sur la personne », dans le traitement de la situation en Corée du Nord.

Je voudrais pour conclure attirer l’attention du Conseil sur les voix de ceux qui au péril de leur vie ont traversé les frontières et nous apportent leur témoignages sur l’oppression qui écrase au quotidien le peuple nord-coréen. Le Conseil de sécurité ne doit ménager aucun effort pour trouver les leviers nécessaires afin qu’enfin la situation change concrètement, pour la sécurité et le bien de ces personnes, de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants qui subissent au quotidien les violations et la peur. Je vous remercie.

Dernière modification : 09/12/2016

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