La communauté internationale doit rester mobilisée en soutien à la RCA [en]

RCA/MINUSCA
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Réunion du Conseil de sécurité – 21 février 2019

Madame la Présidente,

Je remercie la Présidence de Guinée équatoriale pour l’organisation de cette réunion qui intervient à un moment particulièrement important pour la RCA, deux semaines après la signature de l’accord de paix le 6 février dernier. Je souhaiterais saluer la présence très appréciée de Madame la Ministre des Affaires étrangères de la RCA et remercier tous nos intervenants pour leurs présentations très éclairantes. Je souhaiterais aussi adresser nos remerciements chaleureux et appuyés au Représentant spécial, M. Parfait Onanga, pour son engagement exemplaire et pour le travail tout à fait remarquable qu’il a effectué durant près de trois ans et demi à la tête de la MINUSCA. Au nom de la France, Monsieur le Représentant spécial, je tiens à vous exprimer ici notre profonde gratitude. Permettez-moi également d’adresser toute notre reconnaissance au Commissaire Smaïl Chergui, non seulement pour sa présence aujourd’hui mais pour sa contribution importante à la conclusion de l’accord de paix.

Madame la Présidente,

La France salue la signature de l’accord pour la paix entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés qui a eu lieu à Bangui le 6 février dernier, après deux semaines de négociations à Khartoum conduites dans le cadre de l’Initiative africaine de paix, sous les auspices de l’Union africaine et avec le soutien des Nations unies. Cet accord constitue une étape importante pour aboutir à une paix durable en RCA et à la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire centrafricain. Pour le dire autrement, cet accord peut et doit marquer un nouveau départ pour la RCA.

Dans ce cadre, la France salue l’engagement des parties centrafricaines dans les négociations, comme elle salue le rôle décisif joué par l’Union africaine et les Nations unies, dont le partenariat exemplaire à une nouvelle fois montré toute son efficacité, ainsi que l’appui apporté par les pays de la région.

Madame la Présidente,

Nous entendons déjà les sceptiques, qui font valoir que de nombreux autres accords sont déjà restés lettre morte. Mais la principale différence avec les autres accords c’est l’engagement unanime des acteurs centrafricains et des partenaires de la RCA en appui de cet accord. La volonté politique est là, elle est forte et c’est un formidable motif d’espoir, même s’il ne s’agit évidemment pas de sous-estimer les difficultés qui demeurent sur la route. L’enjeu de la période qui vient c’est donc bien de saisir cette opportunité historique.

La signature de cet accord de paix est un premier pas décisif sur le chemin de la paix. Tous les efforts doivent désormais se concentrer sur sa pleine mise à œuvre. C’est pourquoi il est indispensable que les parties centrafricaines, et notamment les groupes armés, mettent en œuvre leurs engagements immédiatement et de bonne foi. Dans ce contexte, nous voyons trois priorités immédiates :

1/ Le premier test sera l’arrêt des violences commises par les groupes armés contre les populations civiles, les personnels humanitaires et la MINUSCA. Les exactions commises par les groupes armés depuis le mois d’octobre dernier, qui ont fait plus de 100 morts à Alindao, Bakouma ou encore Ippy, sont inacceptables. Les attaques menées contre les forces de défense et de sécurité centrafricaines et la MINUSCA à Bambari, au cours desquelles les forces françaises ont été amenées à réaliser une démonstration de force à la demande des Nations unies, sont tout aussi injustifiables. Les groupes armés doivent donc déposer les armes, cesser toute forme d’activités déstabilisatrices, notamment le recrutement et l’utilisation d’enfants, et savoir qu’ils devront répondre des violences - y compris les violences sexuelles - auxquelles ils se livrent devant la justice, notamment devant la Cour pénale spéciale. Je salue à ce titre la coopération de la RCA avec la Cour pénale internationale.

2/ Madame la Présidente, nous espérons également que la mise en œuvre de cet accord permettra de répondre aux aspirations exprimées par le peuple centrafricain à l’occasion du Forum de Bangui de mai 2015, en particulier en ce qui concerne les exigences de justice, d’inclusivité et de réconciliation nationale. Nous saluons les engagements pris à cet égard par le Président Touadéra ainsi que la mise en place d’un mécanisme de suivi de la mise en œuvre de l’accord, au niveau national et local, qui constitue une innovation importante par rapport aux précédents accords de paix signés en RCA. Il est essentiel, et je voudrais souligner ce point, que les femmes puissent pleinement y participer.

3/ Enfin, le rôle de la communauté internationale pour soutenir la mise en œuvre de cet accord sera décisif, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan financier et technique. Dans ce contexte, la France réitère tout son soutien au Président Faustin-Archange Touadéra et restera pleinement engagée aux côtés de la RCA pour soutenir la mise en œuvre de l’accord. Dans ce cadre, la France a décidé d’augmenter sa contribution à l’aide bilatérale à la RCA y compris à travers le financement de projets à impacts rapides profit des populations centrafricaines. Il est essentiel que les populations concernées voient rapidement les premiers bénéfices tangibles du nouveau chapitre qu’ouvre l’accord de paix. Il apparaît également indispensable que les pays de la région soutiennent et accompagnent la mise en œuvre de l’accord de paix. Il est enfin absolument nécessaire que l’ensemble des partenaires de la RCA coordonnent leurs actions sur le terrain et agissent de façon transparente afin contribuer au succès de la paix et à son enracinement.

Madame la Présidente,

Avant de conclure mon intervention, je souhaiterais rappeler le plein soutien de la France à la MINUSCA et exprimer notre appui total au nouveau Représentant spécial, Monsieur Mankeur Ndiaye, dans l’exercice de son importante mission.

Nous le savons tous, la MINUSCA opère dans un environnement difficile. C’est une raison supplémentaire de l’appuyer résolument et de lui donner les moyens nécessaires à sa mission, alors qu’elle joue un rôle indispensable pour la stabilisation de la RCA. Je pense notamment à la protection des civils, à l’appui à la délivrance de l’aide humanitaire ou encore au soutien au redéploiement des forces armées centrafricaines formées par la mission européenne EUTM-RCA - et je souhaiterais une nouvelle fois saluer le travail et le rôle central de cette mission européenne dans l’appui à la réforme du secteur de la sécurité. L’implication de la MINUSCA sera également décisive, aux côtés des autres partenaires de la RCA, dans le soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix.

Je souhaiterais enfin rendre hommage aux Casques-bleus qui ont payé un lourd tribut à leur engagement en RCA et saluer l’ensemble des efforts entrepris par la MINUSCA pour accroitre sa mobilité, améliorer sa performance opérationnelle, rechercher la pleine sécurité de son personnel par des capacités d’évacuation médicale efficaces mais aussi poursuivre le travail engagé pour prévenir les cas d’exploitation et d’abus sexuels et s’assurer qu’ils ne restent pas impunis.

Madame la Présidente,

Je souhaiterais conclure mon intervention en rappelant l’importance pour ce Conseil et pour la communauté internationale de rester mobilisés et unis en soutien à la RCA et à la MINUSCA. C’est la boussole qui guide la France et qui doit orienter chacun des membres de ce Conseil.

Je vous remercie.

Dernière modification : 28/02/2019

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