RDC : une situation pas encore normalisée [en]

RDC
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 24 juillet 2019

Merci Monsieur le Président.

Je remercie d’abord chaleureusement la représentante spéciale du Secrétaire général, Mme Leila Zerrougui, ainsi que mon collègue koweïtien Mansour Al Otaibi, pour leurs interventions et leurs présentations.

Comme nous le notions au cours de la dernière réunion de ce Conseil, la République démocratique du Congo connaît un climat d’optimisme depuis les élections du 30 décembre. Le Président Tshisekedi a marqué sa volonté de répondre au souhait de changement exprimé par les Congolais lors des scrutins et plusieurs mesures ont été prises pour satisfaire ce souhait. Plusieurs opposants sont rentrés au pays, des prisonniers d’opinion ont été libérés, le pays connaît une certaine ouverture de l’espace politique.

Sur le plan sécuritaire, le Président Tshisekedi s’est engagé à travailler à mettre un terme aux conflits dont souffre le pays, à l’est en particulier, et aux affrontements intercommunautaires qui ont touché certaines régions récemment. Plusieurs groupes rebelles ont annoncé vouloir déposer les armes et retourner à la vie civile.

La France est donc encouragée par ces développements et elle forme le vœu que la voie tracée ces derniers mois puisse être poursuivie, en matière de libertés publiques comme de réconciliation nationale.

La prise en charge des combattants souhaitant démobiliser est une urgente nécessité pour éviter qu’ils ne soient tentés par un retour dans la brousse et renoncent à la vie civile. Le Conseil de sécurité a donné pour mandat à la MONUSCO d’assister les autorités congolaises en ce sens, mais la Mission ne pourra le faire sans leur leadership déterminé.

De nouvelles étapes dans la vie institutionnelle du pays doivent être franchies très prochainement et elles seront autant d’occasions de confirmer les orientations qui ont été prises. Je pense en particulier au gouvernement, dont la formation facilitera un réengagement des partenaires et, en 2020, à l’organisation des premières élections locales de l’histoire de la République démocratique du Congo.

Sur le plan régional, le président Tshisekedi a pris des initiatives louables pour relancer l’accord-cadre pour la paix et la sécurité dans la République démocratique du Congo et de ses voisins. Les rencontres entre chefs d’État des Grands Lacs ces derniers mois sont positives. La France encourage les pays de la zone à répondre à cet appel et à se mobiliser pour mettre pleinement en œuvre l’accord-cadre, à l’approche du prochain sommet de suivi prévu à l’automne à Kinshasa.

Mais la situation n’est pas encore normalisée. Plusieurs défis restent à relever :

  • • Tout d’abord à l’est, l’action prédatrice des groupes armés se poursuit, financée par l’exploitation illégale des ressources naturelles. Des efforts ont été engagés, avec l’appui de la MONUSCO ; c’est positif. L’annonce de la rotation des forces armées congolaises, dont certaines sont restées beaucoup trop longtemps au front, est très encourageante et j’espère qu’elle se concrétisera prochainement. La pérennisation de la professionnalisation de l’armée et de la police est cruciale. Mais l’engagement militaire sera toujours insuffisant sans dialogue politique, à l’échelon provincial comme national, pour convaincre ces groupes de désarmer. La restauration de l’État et le développement de ces régions seront essentiels à un retour durable de la paix. La France appelle donc la RDC comme l’ensemble des pays de la région à agir de manière concertée et déterminée pour mettre fin à ces conflits. Les femmes et les enfants sont les premières victimes des exactions commises par ces groupes. La France est déterminée à les protéger. C’est pourquoi le président Macron a mobilisé le G7 en soutien au fond du docteur Mukwege et de Nadia Murad en faveur des victimes de violence sexuelles dans les conflits.
  • Une action régionale coordonnée est aussi nécessaire pour assécher les finances de ces groupes et mettre fin à leurs trafics. Les travaux du comité de sanctions ont démontré la nécessité de s’y attaquer fermement et collectivement si nous voulons faire cesser leurs exactions. La région tirera un bénéfice sans égal d’une formalisation du secteur minier et des échanges, bénéfices économiques et de paix. Après tout, l’Europe s’est construite après la 2e guerre mondiale sur la collaboration régionale dans le secteur minier. Les ressources naturelles peuvent être un facteur de paix quand la volonté politique est au rendez-vous.
  • L’épidémie d’Ebola continue de sévir à l’est du pays et doit absolument être maîtrisée. Je tiens à saluer ici l’engagement exemplaire des autorités congolaises, de l’OMS, et des acteurs humanitaires dans la lutte contre cette épidémie, ainsi que l’appui apporté par la MONUSCO. La France se félicite de la nomination de David Gressly comme coordinateur des interventions d’urgence des Nations Unies pour la lutte contre l’Ebola. Nous connaissons tous ses qualités pour l’avoir vu à l’œuvre dans le passé au sein de la MONUSCO. Je voudrais à nouveau, au nom de la France, condamner fermement les attaques contre tous les personnels humanitaires qui viennent en aide aux malades et qui doivent continuer à recevoir notre plein soutien.
  • Précisément la situation humanitaire reste très préoccupante. Les tensions en Ituri et dans les Kivus notamment ont provoqué des mouvements de populations. Les financements pour venir en appui à ces déplacés ne sont pas au rendez-vous. La France appelle donc les partenaires de la RDC à se mobiliser pour fournir les ressources nécessaires.

Dans tous ces secteurs, la France continuera de se tenir aux côtés de la RDC. Lors de sa visite sur place le 20 mai, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé la relance d’un partenariat de long terme entre la France et la RDC, doté de 300 millions d’euros sur cinq ans, dans trois domaines prioritaires. L’éducation tout d’abord, avec l’augmentation de notre aide aux écoles de formation. La santé ensuite, en poursuivant notre coopération avec des hôpitaux de référence, ainsi qu’en faisant davantage dans la lutte contre Ebola. C’est ainsi que le Professeur Lévy a été nommé envoyé spécial en charge de la lutte contre l’épidémie. L’appui à la stabilisation, enfin, via la formation de cadres de haut niveau et notre soutien à la réforme du secteur de la sécurité.

Je voudrais terminer en saluant l’action exemplaire de Mme Zerrougui et de l’ensemble de ses équipes à la MONUSCO. Le Conseil a mandaté la MONUSCO pour protéger les civils et appuyer le gouvernement dans la lutte contre les groupes armés. Avec une implication déterminée des autorités congolaises et de celle ses voisins, dans le cadre d’une approche combinant pressions militaires, si nécessaire, et dialogue, la normalisation de la situation dans l’ensemble du pays est possible. Vous pouvez compter sur le soutien de la France pour y parvenir.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 24/07/2019

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