Redoubler d’efforts pour parvenir à une paix durable en Afghanistan [en]

Afghanistan - Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité – 26 juin 2018

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de remercier chaleureusement le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies M. Tadamichi Yamamoto pour son exposé très éclairant, en particulier sur les efforts de paix et le processus électoral. Je tiens également à remercier les Secrétaires généraux adjoints, M. Vladimir Voronkov et M. Yuri Fedotov, pour leurs interventions concernant la lutte contre le terrorisme et le trafic de stupéfiants en Afghanistan, où le conflit est l’illustration tragique de la combinaison persistante de facteurs locaux et globaux, qu’il s’agisse du terrorisme, du trafic de drogue, des évolutions négatives du climat ou du non-respect des droits fondamentaux, en particulier ceux des enfants et ceux des femmes. La France s’associe au discours qui sera prononcé tout à l’heure par l’Union européenne.
Pour ma part, je formulerai aujourd’hui quatre observations :

1/- Ma première remarque porte sur la situation sécuritaire encore très instable en Afghanistan et qui appelle une poursuite des efforts de protection des civils. La France condamne dans les termes les plus fermes les attentats suicides perpétrés les 16 et 17 juin derniers par le groupe terroriste dénommé « Etat islamique au Khorasan » dans la province du Nangarhar. Ce type d’attaques asymétriques, qu’elles soient menées par l’ « Etat islamique au Khorasan » ou par les taliban, est devenu la première cause de mortalité chez les civils, comme le Secrétaire général l’a relevé dans son rapport trimestriel. Dans ce contexte, il faut faire encore davantage pour protéger les femmes et les enfants, qui sont particulièrement vulnérables en cas de résurgence des violences. L’an dernier, presque une victime sur trois, en Afghanistan, était un enfant. La mise en œuvre du plan d’action mérite d’être saluée, mais beaucoup reste encore à accomplir, par exemple s’agissant de la détention des enfants, de leur recrutement par les parties au conflit et par les forces de police ou encore des mariages précoces et forcés. La France réitère tout son soutien au gouvernement afghan dans sa lutte contre l’ « Etat islamique au Khorasan » et contre l’insurrection talibane. Nous devons en particulier éviter que des combattants terroristes étrangers fuyant l’Irak et la Syrie ne viennent trouver refuge en Afghanistan.

La France demeure par ailleurs très préoccupée par le trafic de stupéfiants qui continue d’alimenter l’économie illicite, de financer l’insurrection taleb ainsi que les groupes terroristes, et menace la santé de nombreux Afghans. Comme M. Fedotov vient de le souligner, les évolutions sont préoccupantes, avec une augmentation sans précédent de la production d’opium depuis l’année dernière. La France appelle les autorités afghanes à redoubler d’efforts dans ce domaine, avec le soutien de la communauté internationale et des Nations unies. Nous espérons que ce sujet crucial pour l’avenir du pays sera évoqué lors de la Conférence de Genève sur l’Afghanistan, au mois de novembre prochain. A cet égard, l’Initiative du Pacte de Paris demeure un cadre privilégié d’échange entre tous les pays concernés par le trafic de stupéfiants produits en Afghanistan.

Monsieur le Président,

2/- Mon deuxième point est que la gravité de la situation sécuritaire et le coût humain du conflit doivent inciter à redoubler d’efforts pour parvenir à une paix durable en Afghanistan. Ces dernières semaines, nous avons observé des signaux encourageants. Les cessez-le-feu observés au moment de l’Aïd-el-Fitr à l’initiative du gouvernement afghan ont fait souffler un vent d’espoir au sein de la population afghane qui s’est mise en marche pour la paix. La France salue la prolongation unilatérale du cessez-le-feu par les forces afghanes, mais elle regrette que les taliban n’aient pas répondu par la positive à l’offre du Président Ghani d’étendre leur cessez-le-feu au-delà de l’Aïd. La France souligne à cet égard l’importance du « processus de Kaboul sur la paix et la sécurité » et appelle les taliban à s’engager dans des négociations directes comme le président Ghani l’a proposé. Nous rappelons dans le même temps l’exigence de la communauté internationale que les taliban renoncent à toute forme de violence. Enfin, l’amélioration de la dynamique régionale doit être également saluée et encouragée.

Monsieur le Président,

3/- Concernant le processus électoral, et il s’agit là de ma troisième remarque, la France salue les efforts de préparation pilotés par la Commission électorale indépendante afghane. A ce jour, près de 7 millions d’inscriptions ont été enregistrées sur les listes électorales, un chiffre encourageant, quoique toujours insuffisant. Nous appelons le gouvernement afghan à poursuivre ces efforts, avec le soutien de la MANUA et de ses partenaires internationaux, afin de mener des élections libres, crédibles et transparentes à l’échéance prévue. La Commission électorale indépendante doit continuer à œuvrer pour assurer la participation la plus large de la population aux élections. Nous sommes à cet égard préoccupés par le manque de candidatures dans certaines provinces. Il est également essentiel de rappeler que les femmes puissent pleinement participer au processus électoral, que ce soit en tant qu’électrices ou en tant que candidates. Pour améliorer durablement la participation politique des femmes, un soutien, y compris financier, au plan d’action national pour l’agenda « femmes, paix et sécurité » est aujourd’hui nécessaire.

Monsieur le Président,

4/- Enfin, ma quatrième et dernière remarque porte sur le soutien international indispensable à l’Afghanistan. En renouvelant le mandat de la MANUA en mars dernier, notre Conseil a réitéré son engagement indéfectible pour la restauration de la paix en Afghanistan. Aussi je souhaite, pour conclure, saluer l’engagement exceptionnel du personnel de la MANUA, qui travaille avec courage et persévérance dans des conditions particulièrement difficiles.

Je vous remercie.

Dernière modification : 27/06/2018

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