Répondre à l’urgence humanitaire en Syrie [en]

Syrie humanitaire
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 25 juin 2019

Point de méthode en début de réunion

Monsieur le Président,

Je voudrais faire un point de méthode. La France n’a pas objecté à la participation du Centre russe pour la réconciliation comme intervenant lors de cette réunion. Nous voulons cependant rappeler que les briefings humanitaires mensuels visent à permettre au Conseil de sécurité d’obtenir une information objective de la situation sur le terrain, sur la base des informations collectées par les acteurs humanitaires impartiaux et les agences des Nations unies, comme le fait OCHA tous les mois. La participation de la société civile permet d’éclairer le Conseil sur la réalité des difficultés rencontrées.

Bien qu’il soit invité à parler au titre de l’article 39, le centre russe pour la réconciliation n’est ni un acteur humanitaire, ni une agence onusienne. C’est une émanation du ministère de la défense russe, qui est une partie active au conflit, et dont les informations que nous allons entendre doivent être prises comme telles.

Je vous remercie.

Intervention en séance

Monsieur le Président,

Je voudrais d’abord remercier nos briefeurs, en commençant par Mark Lowcock pour sa présentation très utile et en saluant le travail remarquable de ses équipes pour répondre à l’urgence humanitaire en Syrie. Je souhaite également remercier le directeur exécutif de SAMS pour sa présentation très éclairante, dont le constat est sans appel : nous sommes bel et bien en train d’assister à une nouvelle catastrophe humanitaire dans le Nord-Ouest syrien. Nous avons pris note également des éléments communiqués par le Centre russe pour la réconciliation.

Dans ce contexte, nous devons plus que jamais concentrer nos efforts sur trois priorités : i) la préservation du cessez-le-feu à Idlib ; ii) le respect du droit international humanitaire ; et iii) la recherche d’une solution politique durable.

1. La préservation du cessez-le-feu à Idlib est un impératif absolu - c’est mon premier message.

Face au nouveau drame qui se déroule dans le Nord-Ouest, nous devons tout faire pour éviter qu’Idlib ne devienne un nouvel Alep  : les vies de plus de trois millions de civils, dont un million d’enfants, sont en jeu. Nous condamnons fermement les frappes qui ont visé de manière indiscriminée la ville d’Idlib et sa population ces derniers jours. Le risque d’escalade est à son paroxysme, comme le montrent les attaques du régime contre les patrouilles turques ce mois-ci.

Nous appelons les signataires de l’accord de cessez-le-feu à tenir leurs engagements et à assurer un cessez-le-feu effectif dans le Nord-Ouest en vue du gel des fronts et d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale, conformément à la résolution 2254. La Russie, en particulier, doit exercer toutes les pressions nécessaires sur le régime pour qu’il revienne aux lignes de front agréées à Sotchi. Les discussions entre la Turquie et la Russie doivent également se poursuivre pour permettre une désescalade immédiate de la situation. L’Iran doit aussi y contribuer. Et nous espérons que les prochaines échéances internationales permettront de réaliser des avancées substantielles et durables sur Idlib.

Par ailleurs, je le répète ici, la France se montrera d’une extrême fermeté en cas de nouvel usage d’armes chimiques, et se tient prête à réagir.

2. Le respect du droit international humanitaire s’impose à tous et n’est pas négociable - c’est mon deuxième message.

Je tiens à rappeler ici deux priorités absolues :

i) La première est l’impératif de protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux : il est inacceptable que les infrastructures de santé - en particulier celles qui ont fait l’objet d’une « déconfliction » - ainsi que les écoles continuent à être la cible d’attaques dans le Nord-Ouest. Nous condamnons fermement à cet égard l’attaque par le régime d’une ambulance le 20 juin à Maaret al Numan. Les attaques contre les hôpitaux et les personnels de santé, qui s’inscrivent dans la stratégie militaire du régime afin de reconquérir par la force des zones qui échappent à son contrôle, sont constitutives de crimes de guerre. Ces crimes ne resteront pas impunis, pour faire écho à ce qu’a dit mon collègue allemand. Nous prenons note par ailleurs de la lettre adressée par les Nations Unies à la Russie et attendons les réponses de cette dernière. Nous devrons en tirer toutes les conséquences pour le système de déconfliction des Nations unies.

ii) Avec la protection des civils, l’autre urgence est la garantie d’un accès humanitaire immédiat, sûr, complet, durable et sans entraves à l’ensemble du territoire syrien. Je rappelle que l’aide humanitaire doit pouvoir parvenir en priorité aux populations qui en ont le plus besoin. Dans ce contexte, l’architecture humanitaire (« Whole of Syria ») mise en place par les Nations unies pour répondre, par les voies les plus efficaces, aux besoins des Syriens les plus vulnérables, doit être conservée.

Il est ainsi urgent qu’un nouveau convoi d’aide puisse être immédiatement déployé dans le camp de Rukban - c’est vital. Nous appelons en outre ceux qui en ont les moyens à exercer les pressions nécessaires sur le régime pour qu’il garantisse un accès humanitaire sans entraves dans l’ensemble des zones sous son contrôle, en particulier dans les territoires qu’il a reconquis en 2018, au Sud-Ouest et dans la Ghouta orientale. Il est inacceptable que seuls 60% des demandes d’accès formulées auprès du régime syrien durant les mois d’avril-mai aient donné lieu à une autorisation. Je pense enfin au camp d’Al Hol auquel il est essentiel que les Nations Unies puissent avoir un accès durable, le plus direct et efficace possible, afin d’apporter de l’aide aux 73 000 personnes qui s’y trouvent.

3. La troisième priorité, inséparable des deux autres, est le lancement d’un processus politique durable sous l’égide des Nations unies.

Nous n’épargnerons aucun effort pour soutenir l’Envoyé spécial dans la mise en place d’une solution politique sur la base de tous les éléments de la résolution 2254 et du communiqué de Genève. Il est essentiel que ce Conseil en fasse de même à l’occasion de nos consultations avec Geir Pedersen jeudi.

Je pense bien entendu au Comité constitutionnel, mais également à la question électorale, qui est centrale. Nous devons réfléchir dès à présent, sur la base de la résolution 2254, aux conditions qui garantiront que le scénario n’est pas écrit à d’avance, comme par le passé, que les élections seront libres et régulières, que l’ensemble des Syriens, y compris les réfugiés, pourront avoir librement voix au chapitre et que les Nations unies seront impliquées dans la supervision du processus. L’Envoyé spécial dispose de tout notre soutien pour avancer sur ce chemin.

Seule la mise en place d’un processus politique crédible rendra possible le retour des réfugiés en Syrie, qui doit s’effectuer dans des conditions sûres et dignes et sous l’égide des Nations unies. Ces conditions ne sont aujourd’hui à l’évidence pas réunies. Il est en tout état de cause primordial que les Nations unies puissent avoir un accès libre au territoire syrien afin assurer le suivi de ces retours en toute transparence.

Vous connaissez enfin nos positions sur la reconstruction, la levée des sanctions et la normalisation, qui sont aussi celles de l’Union européenne et qui demeurent inchangées.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/06/2019

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