Prévention et résolution des conflits en Afrique

Réunion du Groupe de travail spécial du Conseil de sécurité sur la prévention et la résolution des conflits en Afrique
Intervention de M. Antoine Michon, coordinateur politique de la France auprès des Nations unies
29 mai 2019

Monsieur le Président,

Je souhaiterais tout d’abord vous remercier pour l’organisation de cette réunion et vous assurer du plein soutien de la France durant votre présidence du Groupe de travail spécial sur la prévention et la résolution des conflits en Afrique. Je souhaiterais également remercier nos intervenants pour leurs présentations très éclairantes.

Je voudrais rappeler qu’on évoque l’exploitation illicite des ressources naturelles, on pense bien sûr aux minerais, qui sont un facteur évident de conflit en RDC et en RCA et qui ont déjà été citées. Je pense aussi au pétrole. Mais je ne voudrais pas oublier l’exploitation inégale de la forêt, qui est aussi un sujet important, l’exploitation illégale des espèces menacées et je pense notamment aux rhinocéros et aux éléphants, dont le commerce illégal de défenses nourrissent aussi les groupes armés et les groupes terroristes dans certains cas. Je pense bien sûr aussi à la lutte pour les terres et pour les pâturages qui est une source de conflit de plus en plus importante entre les communautés, notamment en Afrique de l’Ouest.

Les intervenants l’ont bien dit le problème ce ne sont pas les ressources naturelles, c’est leur exploitation illicite qui intervient dans un contexte particulier. Quand les processus de décision concernant l’exploitation des ressources ne sont pas inclusifs, quand la distribution des revenus, générés par ces ressources, est soit inexistante ou au moins est très inégale, et aussi quand la gestion des entreprises impliquées, qu’elles soient nationales ou multinationales, est opaque et ne respecte pas les lois locales, dans ces cas-là les risques de conflits augmentent.

Alors je pense qu’ici, sur les causes, tout le monde est plutôt d’accord. Ce qui peut être utile pour ce groupe de travail, c’est de travailler sur les recommandations et sur les exemples de bonnes pratiques qui existent. De ce point de vue-là notre mission c’est bien sûr, et cela a été dit plusieurs fois, d’appuyer les gouvernements pour être sûr qu’ils affirment leur leadership sur la protection des ressources. Nous avons besoin d’une appropriation mais aussi d’une volonté politique. Il est bien sûr nécessaire de renforcer les capacités des gouvernements mais aussi de la société civile, un acteur important dans ces processus de décision, et des acteurs privés.

On a un exemple, que l’on aime citer, que est celui de l’Initiative pour la transparence des industries extractives et la France va accueillir la 8ème Conférence mondiale les 18 et 19 juin prochains. Et cette initiative favorise la transparence sur la chaîne de valeur extractive et l’octroi des droits d’extraction, et elle encourage une plus juste répartition des retombées économiques pour les populations.

On pense aussi qu’il est nécessaire de renforcer les cadres juridiques nationaux et internationaux qui permettent un développement concerté des secteurs concernés, d’assainir les circuits d’exportations, et d’assécher les revenus financiers des groupes armés. Et là bien sûr, je pense au Processus de Kimberley qui permet d’éviter que des diamants issus de zone de conflit ne puissent se retrouver sur le marché légal.

Je pense aussi à l’action menée dans la Région des Grands Lacs par la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), en particulier en matière de renforcement de la traçabilité des filières d’approvisionnement en minerais, grâce au mécanisme régional de certification qu’elle a mis en place avec le soutien de l’OCDE et du Groupe d’experts des Nations unies. Et notre conseil, puisque je parle des Nations unies, a aussi également un rôle et a à sa disposition un instrument qui est celui des sanctions ciblées qui peuvent, dans un certains cas, constituer des outils utiles pour dissuader les activités illégales, notamment lorsque des critères de désignation spécifiques sur l’exploitation illicite des ressources naturelles sont prévus. C’est le cas pour la RDC et la RCA dans les régimes de sanctions. Ces instruments pourraient être utilisées dans d’autres situations de conflits.

Je vous remercie.

Dernière modification : 06/06/2019

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