SYRIE : La situation humanitaire est désastreuse et le droit international piétiné [en]

SYRIE POLITIQUE ET HUMANITAIRE

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE, REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 27 octobre 2020

Monsieur le Président,

Je remercie Messieurs Lowcock et Pedersen pour leurs interventions. Force est de constater qu’ils ne nous apportent aucune bonne nouvelle.

En dépit des efforts de l’envoyé spécial, le processus politique est complètement dans l’impasse.

Un an après sa création le bilan du Comité constitutionnel est quasi-nul. Les masques tombent et nous ne devons pas nous leurrer : ce processus est devenu une fin en soi permettant au régime et à ses soutiens de gagner du temps. C’est bien regrettable, mais c’est ainsi, en dépit de l’engagement et de la patience de Geir Pedersen. Le refus du régime de s’engager de bonne foi dans les négociations n’a que trop duré. Il est plus urgent que jamais que les parties entament enfin des discussions de substance sur la constitution.

J’encourage donc M. Pedersen à travailler sur tous les éléments de la résolution 2254, en réponse à l’appel des Ministres du « Small Group » le 22 octobre.

Il faut en priorité mettre en place un environnement neutre et sûr. Cela passe par des progrès sur le dossier des détenus mais aussi par une cessation des hostilités à l’échelle nationale conformément aux résolutions 2532 et 2254. La France condamne la reprise des bombardements dans le Sud et l’Ouest d’Idlib et appelle le régime et ses alliés à ne pas reprendre une nouvelle offensive. Nous sommes également très préoccupés par la résurgence de Daech en Syrie, où l’action de la coalition internationale reste plus que jamais nécessaire.

Il faut en parallèle travailler à la préparation d’élections libres et régulières, sous la supervision des Nations Unies et que l’ensemble des Syriens puissent y participer, y compris les déplacés internes, les réfugiés et ceux issus de la diaspora. La France ne reconnaîtra pas les résultats d’élections qui ne respecteront pas ces dispositions fixées par la résolution 2254. Nous ne serons pas dupes des tentatives du régime visant à se légitimer.

La situation humanitaire demeure quant à elle, désastreuse. Et le droit international est piétiné. La protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, doit être une priorité absolue. Et nous condamnons fermement les attaques indiscriminées émanant du régime et de ses alliés, qui ont visé les populations ainsi que des infrastructures civiles.

Le nombre de victimes civiles ne cesse de s’accroître. Ces violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’Homme ne resteront pas impunies. La France y veillera.

Il est indispensable de garantir un accès humanitaire complet, notamment à la province d’Idlib et au Sud de la Syrie, mais également au Nord-Est où les obstacles en matière d’acheminement de l’aide médicale sont alarmants. Nous déplorons la réduction progressive des points de passage pour l’acheminement de l’aide. Cela est d’autant plus grave dans un contexte de propagation de la pandémie de COVID-19, d’aggravation de l’insécurité alimentaire et alors que la population syrienne s’apprête à affronter la rigueur d’un nouvel hiver de guerre.

Monsieur le Président,

En l’absence de tout progrès significatif sur le volet politique, la France et ses partenaires ne dévieront pas de leur ligne sur les sanctions, la reconstruction et le retour des réfugiés.

Nous nous félicitons à cet égard de l’adoption de sanctions par l’Union européenne à l’encontre de sept nouveaux ministres du gouvernement syrien. Ces sanctions ciblent spécifiquement des individus coupables de violations des droits de l’Homme ou qui tirent profit de leurs liens avec le régime et de l’économie de guerre. L’instrumentalisation de la question des sanctions pour masquer la responsabilité du régime syrien dans cette tragédie ne trompe personne.

Les Ministres du Small Group se sont également engagés le 22 octobre à ne pas financer le retour des réfugiés s’il n’a pas lieu conformément aux normes établies par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Les conditions pour le retour sûr, digne et volontaire des réfugiés syriens ne sont à ce stade pas réunies. Seul un processus politique crédible permettra le retour. Les Nations Unies devront en assurer le contrôle : aucune conférence ne peut y parvenir. Nous nous opposerons à toute tentative visant à politiser le sujet du retour des réfugiés au détriment de l’intérêt de ces derniers.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 27/10/2020

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