Sahel et bassin du lac Tchad : il faut en faire davantage, agir plus rapidement [en]

Afrique de l’Ouest
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 16 décembre 2019

Madame la Présidente,

Je vous remercie d’avoir choisi de traiter de la question des violences intercommunautaires et de l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest, et je remercie aussi nos deux intervenants pour leur présentation.

La situation au Sahel et autour du bassin du lac Tchad est très alarmante. Des violences graves entre communautés sont rapportées presque quotidiennement et la menace terroriste ne cesse de s’étendre. Je souhaiterais, à ce titre, exprimer les condoléances de la France après l’attaque qui a frappé l’armée nigérienne le 11 décembre.

Les populations civiles sont les premières victimes de cette situation, notamment les femmes et les enfants. La situation humanitaire s’aggrave, en particulier au Burkina Faso. La menace s’étend jusqu’aux Etats du golfe de Guinée.

Nous connaissons tous les causes profondes de cette instabilité. Les fragilités économiques, les faiblesses des États, le développement des trafics, ou encore les impacts du changement climatique exacerbent des antagonismes entre communautés parfois anciens. Mais ces tensions sont aussi instrumentalisées à leur profit par des groupes criminels et terroristes, dans un contexte de diffusion massive d’armes légères.

La situation ne cesse de se dégrader, malgré différents soutiens. Il y a donc urgence à réagir. La France appelle à un sursaut collectif et à la mobilisation de tous.

Au Conseil de sécurité et plus généralement aux Nations unies, nous devons continuer à encourager les Etats concernés à améliorer leur gouvernance et favoriser la cohésion sociale. Au Mali, la mise en œuvre de l’accord de paix est impérative. Il y a eu trop de retard et il faut maintenant que les choses avancent sérieusement. La résolution 2480 a identifié des objectifs clairs, et nous rappelons que tous ceux qui s’opposeraient à la mise en œuvre de l’accord de paix s’exposent à des sanctions.

La solution appartient d’abord aux États concernés. C’est à eux de développer des stratégies politiques, alliant sécurité, réponse humanitaire et développement. Personne ne pourra se substituer à eux. Mais leurs moyens sont limités. Nous devons donc continuer de les aider.

Il est indispensable de poursuivre la lutte contre le terrorisme. La France demeure engagée en ce sens avec l’opération Barkhane. A la suite du Sommet du G5 Sahel hier à Niamey, le président Macron rencontrera les présidents des cinq pays de la région début 2020 pour redéfinir le cadre politique et opérationnel de notre action commune. Le Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel, initiative franco-allemande, doit permettre de renforcer les capacités des pays de la région. Il sera officiellement lancé d’ici la fin du premier trimestre 2020.

Nous devons soutenir les initiatives régionales. Je pense en particulier à la force conjointe du G5 Sahel, qui a vu récemment le rythme et l’efficacité de ses opérations augmenter. Elle ne pourra pas inscrire son action dans la durée sans un soutien international adéquat, notamment sur les plans logistique et financier. Les Nations Unies doivent contribuer à ce soutien. La France encourage par les donateurs n’ayant pas encore mis en œuvre leurs engagements au profit de cette force à le faire au plus vite.

Cet effort est essentiel mais la lutte militaire n’est qu’une partie de la réponse. Si elle est menée sans mesures de prévention, de réconciliation, de justice, et de développement, elle est vouée à l’échec.

Face aux violences entre communautés, il est important de prévenir les antagonismes et la radicalisation violente et de traiter, ces sentiments lorsqu’ils sont installés. Certains mécanismes traditionnels de résolution des conflits ont fait leurs preuves, et il est utile de les soutenir. Il faut traiter la problématique de la transhumance et les conflits entre éleveurs et agriculteurs. La communication est essentielle. À cette fin, la France soutient depuis plusieurs années les radios communautaires au Mali et finance des programmes de formation des journalistes.

Il importe, de re-légitimer la présence de l’État. Les populations sont souvent en colère contre des pouvoirs centraux dont les actions ne leur bénéficient pas. Il convient donc aider les États à installer des services publics dans les zones reculées et à y mener des projets de développement durables. Il existe, au Sahel et autour du bassin du lac Tchad, un potentiel agricole sous-exploité. Au Burkina Faso, l’Agence française de développement met en œuvre, depuis plusieurs années, des actions d’appui au secteur rural et au système éducatif. Les avancées sont réelles : le taux de scolarisation en primaire est ainsi passé de 46 % en 2001 à 86 % en 2016. Nous avons donc la possibilité de réussir, et de traiter les causes profondes.

Nous devons également consentir un effort financier massif, en phase avec les objectifs de l’Agenda 2030 et de l’accord de Paris. La France y prend sa part. Nous contribuons à hauteur d’1,6 milliard d’euros au portefeuille de projets de l’Alliance Sahel. Nous constatons des actions louables de la part des Nations unies et d’autres partenaires, notamment l’Union européenne qui est le premier bailleur au Sahel et je l’en félicite. Mais il faut en faire davantage, agir plus rapidement, et plus efficacement.

Madame la Présidente,

Je conclurai en insistant à nouveau sur l’urgence qui s’attache à venir en aide au Sahel et à l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. La situation se détériore inexorablement. Elle menace la paix et la sécurité internationales et nous ne pouvons plus nous permettre de laisser cette évolution se poursuivre.

Je vous remercie.

Dernière modification : 25/02/2020

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