Sécurité et performance des casques bleus : la formation est un élément crucial [en]

Sécurité et performance des casques bleus
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 07 mai 2019

Madame la Présidente,

Je remercie chaleureusement la présidence indonésienne pour ce débat important, qui porte sur un élément crucial de la réussite des opérations de maintien de la paix. Je voudrais aussi saluer tout particulièrement la présence parmi nous de la Ministre indonésienne des Affaires étrangères, dont la participation pour présider ce débat illustre l’engagement déterminé de l’Indonésie sur ce sujet essentiel qui nous réunit aujourd’hui. Merci Madame la Ministre.

Je voudrais également adresser mes plus sincères remerciements au Secrétaire général des Nations unies, au général commandant la MONUSCO et à M. Bjorn Holmberg pour leurs contributions précieuses.

Madame la présidente, on ne soulignera jamais assez combien nous avons besoin de casques bleus bien formés, bien équipés et bien au fait du mandat qu’ils ont à mettre en œuvre, afin de maximiser l’efficacité des opérations de maintien de la paix. Au Mali par exemple, des équipements adéquats auraient permis d’éviter plusieurs décès parmi les casques bleus, et l’amélioration en cours de la qualité des équipements est donc une priorité de premier plan. Sur de nombreux théâtres d’opération, une meilleure formation préalable des officiers d’Etats-major est nécessaire. Plus largement, une meilleure interopérabilité de ces Etats-majors permettrait aussi d’apporter une réponse plus efficace aux menaces contre les civils et renforcerait la sécurité des casques bleus eux-mêmes. Au-delà des effectifs de militaires et de policiers, c’est l’ensemble des personnels des opérations de maintien de la paix qui doit être formé, en particulier le leadership des missions. Les opérations de maintien de la paix contemporaines sont complexes, multidimensionnelles et requièrent un travail intégré entre les volets civils et militaires. Dans les pays en sortie de crise, où l’autorité de l’Etat doit être restaurée, cette collaboration étroite doit s’étendre à l’équipe pays des Nations unies et aux partenaires bilatéraux et multilatéraux. C’est donc un nouvel écosystème dans lequel évoluent les OMP, et auxquelles elles doivent s’adapter. La formation est un élément crucial pour y parvenir.

Des progrès importants ont été faits ces dernières années et la conférence ministérielle sur le maintien de la paix du 29 mars, à laquelle a participé le Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Monsieur Jean-Yves Le Drian, a démontré que les Etats membres étaient prêts à faire les efforts nécessaires pour renforcer l’efficacité des opérations de maintien de la paix du futur. La plupart d’entre nous ont pris des engagements forts en souscrivant à la déclaration commune d’engagement de l’initiative pour le maintien de la paix en septembre dernier. La France apporte et apportera son plein et entier soutien à cette initiative A4P, qui est d’ores et déjà un succès important pour les Nations Unies et pour son Secrétaire général. La formation relève avant tout de notre responsabilité nationale à tous, en tant que pays contributeurs de troupes, et nous devons collectivement faire les efforts nécessaires en ce sens. La France souhaite faire sa part du travail et, au-delà de la formation de ses propres troupes, mène un effort significatif pour appuyer d’autres pays contributeurs de troupes dans la formation de leurs contingents.

Nous devons maintenant œuvrer à la mise en œuvre de la déclaration d’engagement de la manière la plus rapide et la plus complète possible. L’échec des négociations du comité spécial pour les opérations de maintien de la paix ne doit pas nous arrêter. Il nous faut poursuivre ensemble la dynamique de mobilisation autour de l’initiative A4P. Nous devons profiter de la réunion des chefs d’Etat-major organisée en juillet prochain et de la conférence sur le maintien de la paix en environnement francophone, qui se tiendra cet automne au Maroc, pour avancer résolument dans cette voie. De plus, le lancement et le développement du mécanisme de coordination - Light Coordination Mechanism - à des fins de déconfliction mérite toute notre attention. Ce mécanisme doit en effet permettre au secrétariat d’être pleinement informé des différentes actions de formation conduites par les états pourvoyeurs, au profit des pays contributeurs de troupes.

Au Conseil de sécurité, la France met déjà en application ses engagements en matière de maintien de la paix. Ainsi, sur les mandats où nous tenons la plume, nous nous efforçons d’être exemplaires, afin d’enclencher une dynamique positive. Nous avons déjà mis en pratique une grande partie de ces engagements : nous consultons systématiquement les pays contributeurs de troupes tout au long de l’année – et pas seulement au moment du renouvellement du mandat -, nous organisons des visites d’évaluation sur le terrain en amont de chaque renouvellement, nous consultons l’Etat hôte et nous travaillons à prioriser autant que possible les mandats.

Sur la question des formations et du renforcement des capacités, la France est particulièrement mobilisée dans le domaine de la formation des pays contributeurs de troupes francophones :
-  La France soutient six centres de formations aux OMP en Afrique, trois en Amérique latine et un en Asie, qui contribuent à renforcer les capacités des futurs contingents déployés en OMP.
-  Nous renforçons également les compétences de ces contingents dans des domaines spécialisés comme le déminage, la santé, la police judiciaire, la logistique, ou encore la protection civile grâce à notre réseau d’écoles nationales à vocation régionale et notre réseau de 320 experts insérés au plus près des forces de défense et de sécurité dans de nombreux pays.
-  A travers ces différentes actions, nous nous engageons à former l’an prochain plus de 30 000 militaires africains pour leur permettre de servir dans des OMP. C’est un effort à la fois considérable et directement opérationnel .
-  Nous mettons aussi l’accent sur les formations dites de « rafraichissement » durant les missions pour assurer un suivi des instructions réalisées. La France vient ainsi de réaliser une expérimentation avec une équipe de formation mobile au profit d’un bataillon guinéen de la MINUSMA.
-  Enfin, pour la 5ème année consécutive, et en coordination avec le Département des Opérations de paix, la France organisera une formation des formateurs des Nations unies à Paris, au profit d’une quarantaine d’officiers d’état-major francophones.

Je tiens également à souligner ici l’importance cruciale du multilinguisme, qui est au cœur de l’ADN de l’ONU mais aussi de l’efficacité des opérations de maintien de la paix. La maîtrise par les casques bleus de la langue des pays où sont déployées les OMP est essentielle en effet pour que les casques bleus puissent être en contact étroit avec les populations et les autorités locales, qui est lui-même une condition du succès. C’est pourquoi nous apportons un soutien particulier à la formation en français des futurs contingents à travers la méthode « En avant ! » qui propose une méthode d’apprentissage du français adaptée aux environnements des OMP. Nous organisons également des cours en français au profit de 7500 stagiaires par an et nous fournissons des traductions de documents de référence. Dans cette dynamique, la France, en association avec l’Organisation internationale de la Francophonie, a publié au mois de mars un guide pratique en français, « Etre acteur des Opérations de Paix », que la Ministre française des Armées est venue co-présenter ici à New York, et qui est un outil pédagogique important destiné à promouvoir la présence de contingents francophones dans les OMP.

Je voudrais conclure, Madame la présidente, en soulignant combien la protection, la participation et l’autonomisation des femmes sont au cœur des priorités de la France pour tout ce qui concerne les OMP. Aujourd’hui la France est la 4ème nation la plus féminisée au monde s’agissant des forces armées. Toutes nos opérations militaires en cours, à titre national comme au sein des OMP, comptent au moins 7% de femmes et nous souhaitons bien sûr aller plus loin dans nos engagements. C’est pourquoi la Ministre française des armées, Madame Florence Parly, a lancé en mars un nouveau plan en faveur de la mixité dans les forces armées pour encourager les candidatures féminines et valoriser leur rôle. Ce plan vise notamment à doubler le nombre de femmes officiers généraux, d’ici à 2025.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 07/05/2019

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