Serbie/Kosovo : La normalisation des relations dépend du dialogue entre les parties [en]

Kosovo/MINUK
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 07 février 2019

Monsieur le Président,

Je remercie à mon tour le Représentant spécial M. Zahir Tanin, pour son exposé clair et synthétique et je souhaite remercier également le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Serbie, M. Dacic, et l’ambassadrice du Kosovo aux Etats-Unis, Mme Citaku, pour leurs interventions. Je souhaiterais rappeler très respectueusement que, conformément aux méthodes de travail du Conseil, ces interventions ne devraient pas dépasser 5 minutes, comme cela est rappelé dans le paragraphe 22 de la note 507.

Monsieur le Président, il est clair, comme la Représentante du Royaume-Uni l’a éloquemment rappelé, qu’il s’agit d’une question qui s’enracine dans un passé historique de violences traumatiques mais que le Kosovo a réalisé de remarquables progrès au cours de la dernière décennie qui doivent être consolidés. Aujourd’hui nous devons redoubler d’efforts pour dépasser les blessures du passé et les difficultés qui subsistent.

Au vu de la situation décrite dans l’intervention du Représentant spécial et dans le rapport du Secrétaire général et au vu des tensions qui ont été perceptibles dans les exposés des Représentants de la Serbie et du Kosovo, je souhaiterais souligner brièvement trois points.

1/ Le premier concerne la MINUK. Les efforts constants de la MINUK pour promouvoir la sécurité, la stabilité et le respect des droits de l’Homme au Kosovo et dans la région doivent être reconnus. La France salue, notamment, les activités de la MINUK en matière de rapprochement des communautés et de promotion de l’agenda femmes, paix et sécurité en lien avec ONU-femmes. La présence et la participation des femmes dans l’espace politique et des institutions doivent à cet égard faire l’objet d’une attention renforcée et les efforts de lutte contre les violences faites aux femmes, évoqués par le Représentant spécial, doivent également être poursuivis et encouragés.

Monsieur le Président,

Près de 20 ans après l’adoption de la résolution 1244, nous devons continuer à être attentifs à la question du recentrage des actions de la MINUK, en tenant compte de la situation sur le terrain, de la performance de cette OMP et des initiatives menées par les autres acteurs régionaux et internationaux. Je pense en particulier à la mission de l’Union européenne sur l’État de droit, EULEX Kosovo. La note du Président du Conseil sur la fréquence de nos réunions va également dans cette direction.

2/ Deuxième point, la normalisation des relations entre Pristina et Belgrade qui dépend du dialogue entre les deux parties mené sous l’égide de l’Union européenne. Nous soutenons à ce titre le travail de médiation conduit par la Haute représentante Federica Mogherini.

J’ai exprimé nos positions sur le dialogue et les difficultés auxquelles il fait face lors de notre réunion le 17 décembre dernier. Ces positions demeurent pleinement valables. Je tiens à rappeler aujourd’hui que la France regrette que plusieurs incidents et décisions unilatérales évoqués dans le rapport du Secrétaire général aient pesé sur le dialogue entre Belgrade et Pristina ces derniers mois. Je pense en particulier à la décision du gouvernement du Kosovo d’imposer une taxe de 100% sur les produits en provenance de Serbie et de Bosnie-Herzégovine. Je renouvelle notre demande que cette taxe soit si possible annulée ou, a minima, suspendue. Il est important de favoriser les échanges dans les deux sens. Nous souhaitons que le dialogue, qui est bloqué à l’heure actuelle, reprenne dans les meilleurs délais. Nous souhaitons également que les engagements pris en matière de sécurité soient respectés.

La France appelle les deux parties à faire preuve d’esprit de compromis et de volonté politique. Nous encourageons les responsables politiques, dans les deux Etats, à créer les conditions propices à la conclusion d’un accord global et définitif, qui constituerait une étape majeure dans la stabilisation durable des Balkans occidentaux et pour progresser sur la voie d’une perspective européenne. Il est essentiel que chaque partie s’abstienne de toute action, déclaration et mesure susceptible de porter atteinte à l’esprit de normalisation.

La France entend pour sa part poursuivre son soutien à la coopération régionale, et je pense en particulier à l’initiative franco-allemande sur le contrôle des armes légères et de petit calibre.

3/ Enfin, mon troisième point porte sur l’avenir européen du Kosovo et de la Serbie. Au vu des valeurs qui sont au cœur du projet européen, nous soulignons l’importance des réformes nécessaires à la consolidation et au renforcement de l’État de droit. Au Kosovo, EULEX contribue à cet objectif, en mettant l’accent sur l’efficacité, la déontologie et le caractère multi-communautaire du système judiciaire kosovar.

Pour conclure Monsieur le Président, je souhaiterais rappeler que la responsabilité première des perspectives européennes respectives de la Serbie et du Kosovo incombe avant tout aux responsables politiques de ces pays. Seule la normalisation complète des relations entre Pristina et Belgrade permettra de concrétiser cet avenir européen, qui est un avenir partagé. Je vous remercie.

Dernière modification : 13/02/2019

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