"Seul un multilatéralisme fort permettra de surmonter ensemble les nouveaux défis" [en]

PANDEMIES ET SECURITE

INTERVENTION DE M. JEAN-YVES LE DRIAN,
MINISTRE DE L’EUROPE ET DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 2 juillet 2020

Merci Heiko, merci, Monsieur le Président,
Monsieur le Président du CICR,
Madame la Commissaire de l’Union africaine,
Mes chers collègues,
Mesdames, Messieurs,

Je souhaiterais d’abord remercier mon ami Heiko Maas d’avoir pris l’initiative d’organiser cette réunion au début de la présidence allemande du Conseil de sécurité.

Je tiens également à saluer et à remercier le secrétaire général des Nations unies, le président du CICR et la commissaire de l’Union Africaine pour les affaires sociales pour le travail remarquable de leurs organisations respectives afin de surmonter collectivement cette crise sanitaire sans précédent.

Le Conseil de sécurité, qui assume en vertu de la Charte des Nations unies la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, et dont nous venons de célébrer le 75e anniversaire, doit prendre en compte l’effet déstabilisateur des pandémies. Il l’a fait en 2000 avec le VIH/SIDA, il l’a fait en 2014 et 2018 avec Ebola. Et c’est bien ainsi.

Je me réjouis par ailleurs qu’il ait pu, à l’unanimité et à travers la résolution qu’il a adoptée hier à l’initiative de la Tunisie, dont je salue le ministre Nourredine Erray, et à l’initiative aussi de la France, répondre à la menace que fait peser la pandémie de COVID-19 sur la paix et la sécurité internationales. Nous devons maintenant redoubler d’efforts ensemble pour mettre en œuvre cette résolution.
La France soutient l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu, appuyé également par près de 180 pays, par plus de 20 groupes armés, ainsi que de nombreuses organisations régionales et de la société civile. Cet appel-là doit aussi se traduire en actes. En Syrie, au Yémen, en Libye, au Sahel ou encore en Afghanistan, la situation reste extrêmement instable et les populations civiles continuent d’en payer le prix.

Je tiens à saluer le travail remarquable des casques bleus dans des conditions parfois très difficiles. Nous devons collectivement soutenir les opérations de maintien de la paix en leur permettant de mettre pleinement en œuvre leurs mandats. La France a récemment déployé une équipe de décontamination au sein de la FINUL au Liban, afin d’apporter une expertise et un soutien technique dans la lutte contre la pandémie, et sommes prêts à accueillir dans nos hôpitaux militaires des soldats étrangers engagés en opérations de paix, malades de la COVID-19 et nécessitant des soins urgents.

Sur le plan humanitaire, je souhaite aussi rendre hommage au travail mené par les personnels humanitaires et médicaux, notamment le personnel du CICR. La France, tant par son appui bilatéral que sa mobilisation dans les enceintes multilatérales, a répondu présente et restera pleinement active dans les semaines et mois à venir.

Nous devons, ensemble, continuer à soutenir la pleine mise en œuvre du Plan global de réponse humanitaire à la COVID-19 dans tous ses éléments, ce qui inclut le soutien à apporter aux déplacés internes et aux réfugiés ainsi que la défense des droits et de la santé sexuels et reproductifs des femmes, qui sont en première ligne de la réponse aux pandémies, et dont les droits doivent être préservés et renforcés. Ce sera l’un des objectifs du Forum Génération Égalité, qui sera organisé en France au 1er semestre 2021 en partenariat avec le Mexique et ONU Femmes. Cela constituera la prochaine grande étape internationale pour la promotion des droits des femmes.

Tout doit également être fait pour faciliter l’accès humanitaire aux populations vulnérables et pour s’assurer que les personnels humanitaires et médicaux ainsi que leurs infrastructures ne sont pas l’objet d’attaques. A cet égard, il nous faut poursuivre notre mobilisation en faveur du respect du droit international humanitaire. C’est le sens de l’Appel à l’action humanitaire porté par la France et l’Allemagne dans le cadre de l’Alliance pour le multilatéralisme, avec l’appui du CICR, et cet appel a été soutenu par 45 États.

Nous devons également renforcer l’accès à une information fiable et lutter plus efficacement contre les fausses rumeurs, les infomédies et les discours de haine qui peuvent prospérer sur les peurs collectives dans un contexte de crise mondiale.

Enfin, nous ne pouvons ignorer l’impact socio-économique considérable de cette crise. Les causes profondes des conflits n’en seront qu’aggravées : renforcement des inégalités, perte de confiance dans les institutions, tensions dans la répartition des ressources naturelles, désorganisation ou rupture des chaînes d’approvisionnement, crise climatique. Nous portons, à cet égard, une responsabilité collective : celle de repenser le monde d’après et d’atténuer autant que possible les conséquences économiques et sociales de cette crise. Pour cela, l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris sur le climat doivent demeurer notre cadre de référence. En effet, cette crise est venue confirmer, s’il en était besoin, la pertinence des objectifs du développement durable, en soulignant combien l’interaction pouvait être forte entre les enjeux de santé et les enjeux environnementaux.

Nous avons également besoin d’une architecture multilatérale de santé adaptée aux défis d’aujourd’hui. Cela suppose en particulier de renforcer au sein de l’OMS, seule organisation de santé publique universelle, notre capacité d’alerte collective pour être à même de réagir très rapidement à des crises d’envergure mondiale. Cela requiert également que les États exercent pleinement leurs responsabilités pour garantir la mise en œuvre effective du règlement sanitaire international qui fait encore trop souvent défaut. Il nous faut aussi travailler au renforcement des systèmes nationaux de santé et de leur résilience. Il nous faut poursuivre nos efforts pour faire de la couverture santé universelle une réalité. Autant de chantiers auxquels nous devrons nous atteler, en tirant toutes les leçons de la crise que nous traversons.

Nous l’avons rappelé le 26 juin dernier avec Heiko Maas lors de la dernière réunion de l’Alliance pour le multilatéralisme, seul un multilatéralisme fort permettra de surmonter ensemble ces nouveaux défis. Être multilatéraliste, ce n’est ni être dogmatique, ni être idéologue. C’est plaider pour la seule méthode efficace - car il n’y a pas d’alternative à l’unité et à la coopération pour répondre à nos problèmes communs. La France est déterminée à continuer à œuvrer en ce sens.

Je vous remercie.

Dernière modification : 03/07/2020

Haut de page