Situation humanitaire en Syrie : l’engrenage mortifère doit être stoppé [en]

Briefing sur la situation humanitaire en Syrie
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Chargée d’affaires a.i.
Conseil de sécurité - 28 août 2018

Madame la Présidente,

Je tiens tout d’abord à remercier le Directeur des opérations du Bureau du coordinateur pour les affaires humanitaires, M. John Ging, pour son intervention qui met à nouveau en lumière la gravité de la situation humanitaire en Syrie et le risque qu’elle s’aggrave encore si le régime menait une offensive d’envergure à Idlib.

Madame la Présidente,

C’est une évidence de le rappeler, la violence engendre la violence. L’engrenage mortifère en Syrie doit être stoppé. Dans cet esprit, je soulignerai notamment quatre points :

1/ La France est très préoccupée par les signes annonciateurs d’une offensive militaire de grande ampleur à Idlib. Une telle logique militaire compromet les espoirs de sortie de crise et fait courir le risque d’un nouveau drame humanitaire dans le Nord de la Syrie, doublé d’une crise migratoire en Turquie. Or la protection des civils et des infrastructures doit être garantie : les vies de 2,2 millions de personnes sont en jeu. Cette logique violente aggraverait également les menaces sur la sécurité régionale puisqu’elle entraînerait la dispersion de combattants djihadistes, également présents dans la région d’Idlib. Les bombardements, qui se sont intensifiés ces dernières semaines doivent cesser immédiatement. Nous devons collectivement dissuader le régime syrien de mener à bien sa stratégie d’écrasement et notamment d’employer des armes chimiques, c’est le message que la France a passé la semaine dernière avec ses partenaires américains et britanniques.

Le maintien du dialogue est à ce titre essentiel, et le président de la République, Emmanuel Macron, est en contact étroit avec le président Erdoğan et le président Poutine sur cette question. Nous appelons les garants de la zone de désescalade à Idlib à maintenir le cessez-le-feu et à respecter, et faire respecter, pleinement le droit humanitaire.

2/ Plus largement, il faut immédiatement garantir un accès humanitaire complet, sûr et sans entraves sur l’ensemble du territoire syrien. Les acteurs humanitaires doivent pouvoir accéder, en sécurité, à toutes les populations dans le besoin, y compris dans la Ghouta orientale et à Quneitra. Nous déplorons qu’aucun réel progrès n’ait été constaté sur ce plan, y compris dans les zones prioritaires qui ont changé de contrôle. Seuls 11% des besoins de convoiement identifiés par l’ONU ont été couverts aux mois de juillet et août. C’est aussi insuffisant qu’inacceptable. Nous rappelons le caractère crucial de l’aide apportée par les convois transfrontaliers, autorisés par la R.2393. L’aide qui transite par la Turquie est vitale, et aucune alternative n’existe pour apporter chaque jour de l’aide à près de 2 millions de personnes dans le Nord-ouest. Nous appelons également à l’augmentation de l’aide qui passe par Al-Yarubiyeh, entre l’Irak et la Syrie.

3/ Mon troisième point porte sur le retour des réfugiés. A ce stade, les conditions pour un retour sûr, digne et volontaire ne sont malheureusement pas remplies. Leur sécurité, s’ils décidaient de rentrer en Syrie, n’y est pas assurée : depuis janvier, il y a eu près d’1 million de déplacés internes supplémentaires en Syrie. Ceux qui rentrent sont par ailleurs exposés à des risques d’expropriation, d’exactions, d’enrôlement forcé, voire de persécution par le régime. La loi numéro 10 rend irréversibles les déplacements de population et fait partie d’une stratégie d’ingénierie démographique. Elle constitue donc une entrave majeure au retour des réfugiés et des déplacés. Nous demandons, comme nos partenaires de l’Union européenne dans leurs ensemble, son abrogation ainsi que des dédommagements et un travail de fond sur les restitutions de propriétés et la conscription.

4/ Je souhaiterais enfin rappeler que la situation humanitaire ne sera durablement rétablie qu’en cas d’avancée crédible et irréversible du processus politique mené par les Nations unies. Le régime syrien ne montre jusqu’à présent aucune volonté pour négocier la transition politique. Or, faute de transition politique conforme à la résolution 2254, il n’y aura pas de réconciliation nationale et la majorité des réfugiés ne reviendront pas. Nous le rappelons également très clairement : en l’absence de réelle transition politique, les Etats membres de l’Union européenne et ses institutions ne financeront pas la reconstruction.

En conclusion, madame la Présidente, nous sommes à la croisée des chemins pour enfin réussir à entrer dans un processus sérieux pour parvenir à une solution politique inclusive. La France travaille activement en ce sens en s’employant à rapprocher les acteurs du conflit. L’annonce par M. Staffan de Mistura du lancement du comité constitutionnel est une opportunité que nous devons saisir pour avancer vers une telle solution. La France poursuivra ses efforts pour protéger les civils syriens et pour que le processus politique débouche sur de réels changements constitutionnels et sur des élections véritablement libres, transparentes et inclusives.

Je vous remercie.

Dernière modification : 29/08/2018

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