L’accord de paix revitalisé est la seule option pour mettre fin au conflit [en]

MINUSS
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 8 mars 2019

Je tiens tout d’abord à remercier le Représentant spécial du Secrétaire général David Shearer, pour son propos à la fois encourageant et clairvoyant. Je suis également très heureuse que nous ayons pu entendre Mme Angelina Jial. Son témoignage de terrain et son engagement personnel exceptionnel sont précieux. Votre intervention, Madame, a une résonance particulière en cette journée internationale des droits des femmes. J’ai noté avec intérêt les explications historiques du représentant permanent de la Russie sur la journée du 8 mars et ses propos encourageants sur les efforts déployés par la Russie pour la promotion des droits de femmes et leur autonomisation. En France, c’est une grande cause nationale.

Les interventions de mes collègues ont été très riches, la mienne sera concentrée sur quatre priorités.

1/ La première, c’est qu’il ne faut pas laisser passer l’opportunité historique que l’accord de paix revitalisé présente au Soudan du Sud.

Comme vous l’avez bien montré, Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général, le Soudan du Sud a connu des développements importants depuis la signature de l’accord de paix revitalisé : les affrontements ont diminué, le cessez-le-feu est globalement respecté, la confiance entre les parties se renforce, leur engagement est plus solide qu’en 2015 et l’opposition commence à revenir à Djouba.

L’accord de paix revitalisé est aujourd’hui la seule option pour mettre fin au conflit. Dès sa signature, la France l’a salué, et nous continuons à pleinement le soutenir.

Mais, comme le Représentant spécial du Secrétaire général l’a également très bien dit, beaucoup reste encore à faire, et la mise en œuvre de l’accord dans sa phase pré-transitionnelle prend du retard. Or, il ne faut pas laisser passer cette occasion historique. Plus les parties tarderont à prendre à bras-le-corps les questions difficiles, plus le processus risquera de s’essouffler, notamment parce que les combattants sur le terrain s’impatienteront.

Pour accélérer les efforts, nos attentes sont triples :

Premièrement, les parties doivent entrer dans le cœur des négociations, notamment s’agissant des arrangements sécuritaires et du découpage des frontières intérieures.

Deuxièmement, il est également impératif de respecter les quotas de femmes prévus par l’accord, et de leur permettre de participer de façon active et significative au processus de paix, à tous les niveaux et sur tous les sujets. Nous savons que les processus de paix qui associent les femmes sont plus solides, comme la représentante du Royaume-Uni nous l’a rappelé tout à l’heure. Notre Conseil doit aussi évaluer leurs réussites à l’aune de ce critère.

Troisièmement, il faut que la mobilisation de la région se poursuive, afin de convaincre les parties d’accepter de faire des concessions. Les efforts de l’IGAD ont été et sont cruciaux. La MINUSS à un rôle à jouer pour accompagner cette dynamique, notamment, comme vous le proposez Monsieur Shearer, en apportant de l’expertise et des conseils en synergie et en appui des efforts de l’IGAD.

2/ Deuxième priorité que je souhaitais souligner, c’est que le niveau de violences, y compris sexuelles, est inacceptable et que nous devons tout faire pour y mettre fin.

Malgré la baisse des affrontements liés au conflit, les violences intercommunautaires et les violences sexuelles n’ont pas diminué. Je souhaite rappeler à cet égard que la commission sur les droits de l’Homme au Soudan du Sud, mandatée par le Conseil des droits de l’Homme, a indiqué dans un tout récent rapport que ces violences, par leur nature et leur niveau, étaient susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

La France appelle à cesser toutes les formes de violences et à assurer que les responsables soient traduits devant la justice. Vous nous avez parlé, Monsieur le Représentant spécial, des cours de justice mobiles. Nous pensons que ce sont des initiatives très utiles et nous vous encourageons à continuer de soutenir ce genre de projets. La mise en place de la Cour hybride pour le Soudan du Sud, trop longtemps attendue, doit également intervenir rapidement, avec l’appui de l’Union africaine.

Nous pensons enfin que le Conseil de sécurité doit recourir systématiquement aux sanctions pour punir et contraindre ceux qui commettent des violences sexuelles, d’autant qu’il s’agit maintenant d’un critère autonome de mise sous sanctions. C’est un outil de dissuasion efficace.

3/ Troisième priorité, nous devons intensifier nos efforts pour répondre aux besoins humanitaires, alors que la sécurité alimentaire continue de se détériorer.

Tout doit être fait pour répondre aux besoins humanitaires croissants et garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave sur l’ensemble du territoire. La réduction du nombre d’incidents criminels est une évolution encourageante. Nous devons continuer à marteler l’obligation de protéger le personnel humanitaire et rappeler qu’il n’y a pas d’alternative à la lutte contre l’impunité.

4/ Enfin, quatrième priorité, le retour des déplacés doit être facilité, en prenant toutes les précautions qui s’imposent.

Comme le Représentant spécial nous l’a indiqué, de plus en plus de déplacés veulent rentrer et la population des camps de protection a commencé à diminuer. C’est évidemment une évolution encourageante et nous soutenons votre proposition d’encourager la MINUSS à faciliter le retour des déplacés, mais avec les précautions qui s’imposent. Il faut en effet s’assurer que ces retours sont sûrs, bien informés, volontaires et dignes. Il faut également associer étroitement les acteurs humanitaires et les déplacés eux-mêmes à ce processus. Et dans cet esprit, la France encourage la MINUSS à poursuivre l’organisation de voyages, pour les déplacés, dans leurs zones d’origine, pour leur permettre de décider, en toute conscience, si leur projet de retour est suffisamment sûr.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/03/2019

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