Soudan du Sud : l’augmentation des violences intercommunautaires est très inquiétante [en]

SOUDAN DU SUD

INTERVENTION A TITRE NATIONAL
DE MME ANNE GUEGUEN
REPRESENTANTE PERMANENTE ADJOINTE DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 23 juin 2020

Je voudrais à mon tour remercier David Shearer et Edmund Yakani pour leurs exposés très éclairants. Je souhaite revenir sur trois points : la pandémie de COVID-19, l’augmentation des violences intercommunautaires et la nécessaire poursuite du processus de paix.

Tout d’abord, les conséquences de la pandémie de COVID au Soudan du Sud, et notamment sur un système de santé déjà très fragile, comme David Shearer l’a souligné, sont extrêmement préoccupantes. La population sud-soudanaise, qui souffre déjà d’une grave crise humanitaire et d’un manque d’accès aux soins de base, est particulièrement vulnérable, nous le savons tous.

Cependant les mesures de lutte contre la COVID ne doivent pas avoir pour conséquence de limiter l’accès humanitaire ni la mobilité de la MINUSS. Les violations de l’accord des statuts des forces (SOFA) au cours de ces derniers mois, ainsi que les récentes attaques contre le personnel humanitaire, ne sont pas tolérables. La protection des civils, y compris celle des personnels humanitaires et médicaux, est une obligation qui s’impose à tous. Nous appelons également le gouvernement à prendre des mesures pour combattre les discours de haine et d’appel à la violence qui visent le personnel onusien.

Deuxièmement, l’augmentation des violences intercommunautaires depuis le début de l’année est également très inquiétante. Ces violences intercommunautaires aggravent la crise humanitaire, en poussant notamment de nouveaux déplacés sur les routes. Les violences sexuelles et les violences contre les enfants qui sont perpétrées sont insupportables et doivent faire l’objet d’un traitement judiciaire. La mise en place de la cour hybride, prévue par l’accord, et avec l’appui de l’Union africaine, doit contribuer à lutter contre l’impunité et à réduire l’ampleur de ces violences.

Dans ce contexte, je voudrais saluer les efforts de la MINUSS pour accroitre sa mobilité et pour se déployer au mieux dans ces zones de conflits, notamment à travers des bases temporaires. Les actions de prévention des conflits au niveau des communautés sont également plus que jamais pertinentes.
Je voudrais aussi rappeler que le régime de sanctions reste indispensable pour lutter contre ces violences, limiter la prolifération des armes et dissuader les auteurs de violations des droits de l’Homme.

Troisièmement, la France appelle enfin le gouvernement de transition à ne ménager aucun effort pour mettre en œuvre l’accord de paix revitalisé. Le processus de paix doit se poursuivre, malgré les contraintes fortes liées à la pandémie de COVID. Un accord sur la répartition des sièges de gouverneurs est urgent, car, nous le savons, le manque d’autorités au niveau local favorise les violences intercommunautaires. Des progrès sur les arrangements sécuritaires sont également attendus. Par ailleurs, ce processus de paix doit progresser dans le respect des libertés fondamentales, notamment pour les journalistes et la société civile. Il doit aussi associer pleinement les femmes et les jeunes. C’est la condition sine qua non d’une paix durable.

Je voudrais, avant de conclure, témoigner le soutien et la reconnaissance de la France à tout le personnel des Nations unies, ainsi qu’à l’ensemble du personnel humanitaire et médical, déployés au Soudan du Sud. Dans cette période particulièrement difficile, leur travail est plus que jamais nécessaire et admirable.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/06/2020

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