Soudan du Sud : nous devons faire preuve de volontarisme, de lucidité et d’exigence [en]

FISNUA
Intervention de M. Antoine Michon, coordinateur politique à la Représentation permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 20 septembre 2018

Je remercie le Secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix et l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Nicholas Haysom pour leurs présentations éclairantes.

Monsieur le Président,
Cette réunion intervient à un moment important pour le Soudan et pour le Soudan du Sud. La situation sur le terrain dans la région d’Abyei est stable. L’amélioration des relations entre les deux pays est sensible. Et la signature de l’accord de paix actant la revitalisation de l’accord de 2015 pour la résolution du conflit au Soudan du Sud fait naître un espoir, même si nous sommes tous conscients qu’il convient de rester prudents s’agissant de sa mise en œuvre. Dans ce contexte, nous devons faire preuve de volontarisme mais aussi de lucidité et d’exigence.

Je souhaite à cet égard aborder deux points : d’abord dire, un mot sur la mise en œuvre des demandes formulées par ce Conseil sur la démarcation des frontières ; et ensuite, revenir sur les propositions du Secrétaire général concernant l’évolution de la force intérimaire pour la zone d’Abyei.

1/ Ce conseil dans ses dernières résolutions a fixé des objectifs précis aux parties concernant la démarcation de la frontière.

A la lumière des éléments exposés par Jean-Pierre Lacroix, le constat lucide que nous faisons, c’est que les progrès accomplis ne sont pas à la hauteur de nos attentes.

Ces progrès existent. Je note en particulier la délivrance des autorisations pour les patrouilles de la FISNUA ou encore la réunion envisagée samedi du mécanisme conjoint pour les questions de politique et de sécurité.

Mais le bilan est globalement décevant, notamment s’agissant de la mise en place des bases d’opération du mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière. Ou encore s’agissant de l’ouverture des couloirs de passage à la frontière.

Nous sommes conscients des contraintes qui pèsent sur les parties : avec une saison des pluies qui rend le travail difficile et les efforts de paix au Soudan du Sud qui ont mobilisé les énergies. Mais nous encourageons fortement les parties à faire plus et plus vite pour avancer sur la démarcation des frontières.

2/ Dans ce contexte, la FISNUA doit continuer de jouer un rôle essentiel, mais les recommandations formulées par le Secrétaire général doivent nous permettre d’adapter la force intérimaire à l’évolution de la situation.
Et je voudrais à cet égard insister sur quatre points.

Le premier, c’est que le choix de renforcer la posture politique de la FISNUA, qui est proposé, doit être soutenu. En effet, stabiliser Abyei et la frontière est essentiel ; c’est une des grandes réussites de la FISNUA. Mais il est aussi nécessaire que la FISNUA contribue davantage au règlement politique de la question d’Abyei et des autres litiges frontaliers. Naturellement, il ne s’agit en aucun cas de se substituer à l’action du panel de haut niveau de l’Union africaine et de l’envoyé spécial du Secrétaire général, qui ont tout notre soutien.

Deuxième point, la montée en puissance de la composante policière, qui est proposée, répondrait au défi de la hausse de la criminalité dans la région. C’est un enjeu essentiel car il faut veiller à ne pas laisser s’installer une culture de l’impunité, en particulier s’agissant des agressions sexuelles.

Troisième point, le redéploiement et la réduction globale de la composante militaire, qui sont proposés, vont également dans le bon sens. Ils doivent être conduits de façon raisonnée pour préserver la stabilité d’Abyei et de la frontière. Et la ligne de crête qui doit être la nôtre, c’est bien sûr de chercher à améliorer l’efficience de la force, mais sans courir le risque de la fragiliser et de mettre en péril la stabilité de la région.

Enfin, dernier point, je voudrais insister sur les relations avec les acteurs locaux et les populations. Nous pensons que la FISNUA doit en effet soutenir les initiatives locales qui sont utiles pour le processus politique. Il est important que l’équipe pays soit encouragée à développer des projets axés sur la réconciliation et le développement, c’est dans l’esprit et conforme à l’approche de pérennisation de la paix qui est portée par le Secrétaire général et qui doit irriguer toute notre action.

Pour conclure, je souhaite féliciter et remercier chaleureusement l’envoyé spécial pour l’excellent travail qu’il a accompli et lui souhaiter beaucoup de succès dans ses nouvelles fonctions.

Dernière modification : 20/09/2018

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