Il faut soutenir la transition soudanaise [en]

Soudan / MINUAD
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 17 octobre 2019

Je tiens d’abord aussi à remercier chaleureusement le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, M. Jean-Pierre Lacroix, pour son intervention sur les évolutions importantes qu’a connu le Soudan dans les dernières semaines. Je salue également l’Ambassadeur du Soudan et sa délégation qui incarnent le nouveau visage de votre pays que nous voulons appuyer.

1/ Ceci me conduit au premier message que je voulais souligner : il faut soutenir la transition soudanaise. C’est une évidence.

Nous souhaitons que la transition soit un succès, afin de répondre aux attentes légitimes de la population soudanaise.

Cette transition réussira si elle parvient à mener à bien les deux priorités fixées par le Premier ministre Abdallah Hamdok : faire la paix et relancer l’économie. Nous devons pleinement nous mobiliser pour aider le gouvernement du Soudan à réussir dans ces deux domaines.

Le Président de la République française a assuré au Premier ministre soudanais, M. Hamdok qui s’est rendu en France à la fin du mois dernier, que nous étions déterminés à accompagner le Soudan dans ce moment crucial de son histoire. Nous allons ainsi fournir un soutien économique de 60 millions d’euros pour la période de transition. Nous souhaitons aussi accélérer le traitement de la dette extérieure soudanaise et nous accueillerons, en France, une conférence des bailleurs. Il est enfin indispensable de retirer le Soudan de la liste des Etats soutenant le terrorisme.

Par ailleurs, nous invitons l’ensemble des groupes rebelles à prendre part aux discussions de paix qui ont débuté à Djouba il y a trois jours, le 14 octobre. Et c’est dans cet esprit que nous avons facilité une rencontre entre le Premier ministre soudanais et Abdelwahid Nour, le 29 septembre dernier, à Paris.

Nous saluons enfin la signature entre le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme et les autorités soudanaises d’un accord qui permettra l’ouverture de plusieurs bureaux au Soudan, et notamment au Darfour. C’est une étape importante pour le renforcement de l’Etat de droit au Soudan. Nous soutenons les efforts des autorités soudanaises en matière de promotion des droits de l’Homme, d’accès à la justice et de lutte contre l’impunité. Nous les appelons à cet égard à ouvrir un nouveau chapitre dans leurs relations avec la Cour pénale internationale et à coopérer avec la Procureure Fatou Bensouda.

Monsieur le Président,

2/ Dans ce contexte, et c’est le deuxième message que je voudrais souligner aujourd’hui, afin d’accompagner au mieux le processus de paix au Soudan, il est souhaitable, comme mes collègues du Royaume-Uni et de l’Allemagne viennent de l’indiquer, de ne pas précipiter le départ de la MINUAD.

La France prend note de l’appel des autorités soudanaises à ne pas créer de vide sécuritaire au Darfour pendant les négociations de paix. Elles ont également demandé aux partenaires internationaux d’accompagner le processus de paix puis la mise en œuvre de l’accord.

Dans ce contexte, nous considérons que la recommandation du Secrétaire général et du Président de la Commission de l’Union africaine de maintenir, pour six mois, les effectifs de la MINUAD, est pleinement justifiée. En effet, le désengagement de la MINUAD au beau milieu des négociations risquerait de fragiliser le processus de paix.

Nous soutenons également la recommandation de recentrer le mandat de la mission sur le processus de paix et sur les fonctions de liaison avec l’Etat. Mais la protection des civils et le soutien à l’acheminement de l’aide humanitaire doivent rester aussi des missions prioritaires pour la MINUAD, jusqu’à la fin de son mandat.

3/ Enfin, ceci sera mon troisième et dernier message, nous sommes favorables à un mécanisme de suivi ambitieux après le départ de la MINUAD

Nous devrons continuer d’accompagner la paix au Darfour après le départ des casques bleus, comme cela a été le cas dans d’autres pays.

Nous comprenons bien que les autorités soudanaises ont besoin de plus de temps pour déterminer leurs attentes concernant le mécanisme de suivi et nous espérons que la structure tripartite pourra faire des recommandations plus précises au Conseil de sécurité en décembre, comme cela a été annoncé.

Par ailleurs, nous saluons les recommandations du Secrétaire général et du Président de la Commission de l’Union africaine concernant la stratégie politique de l’ONU et de l’UA au Soudan. Nous considérons nous aussi que l’ONU et l’UA pourraient accompagner le processus de négociation, mais aussi la mise en œuvre de l’accord, notamment les arrangements sécuritaires et la recherche de solutions sûres, dignes et durables pour les déplacés et les réfugiés. Enfin, l’appui de l’ONU et de l’UA à l’élaboration d’une nouvelle constitution et à la préparation des élections, serait tout à fait pertinent également. Je vous remercie.

Dernière modification : 18/10/2019

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