Syrie : "Il faut cesser d’instrumentaliser l’aide humanitaire" [en]

Syrie / aide humanitaire transfrontalière
Explication de vote de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Chargée d’Affaires a.i.
Conseil de sécurité - 10 janvier 2020

Monsieur le Président,

Il était essentiel que le mécanisme d’aide humanitaire transfrontalière pour la Syrie soit renouvelé aujourd’hui, date de son expiration. La France regrette vivement que la résolution que nous venons d’adopter en réduise la portée, en passant de 4 à 2 points de passage et d’une durée de 12 mois à une durée de 6 mois seulement.

Le Secrétaire général des Nations unies, le bureau de la coordination des affaires humanitaires, les agences humanitaires et les pays de la région n’ont eu de cesse de le souligner : il n’y a aujourd’hui pas d’alternative à ce mécanisme, dont la vie de 4 millions de Syriens dépend. Pourquoi ? Parce que le régime syrien continue d’instrumentaliser l’aide aux populations dans le besoin à des fins politiques, au mépris du droit international humanitaire et des principes humanitaires, en accordant les autorisations au compte-gouttes, en sélectionnant les bénéficiaires, en détournant l’aide. Cette donne-là n’a pas changé au cours des derniers mois.

Faut-il encore le rappeler : chaque jour, l’aide humanitaire transfrontalière permet d’apporter une assistance vitale à 2,7 millions de personnes dans le Nord-Ouest et 1,3 million de personnes dans le Nord-Est de la Syrie. Ces millions de personnes, sans cette aide, dépendraient entièrement du régime de Damas, plutôt que des Nations unies et des acteurs humanitaires, et se retrouveraient à sa merci.

Monsieur le Président,

Il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que le mécanisme que nous venons de renouveler n’est en aucun cas tributaire du consentement du régime syrien. C’est la raison d’être de la décision contraignante que notre Conseil adopte depuis 2014 et cela reste le cas aujourd’hui.

La France s’est ainsi engagée de bonne foi et activement dans les négociations menées par les co-plumes, dont je veux saluer les efforts et la volonté de trouver des compromis intelligents. Nous avons dialogué sans relâche, avec pragmatisme, avec toutes les parties prenantes afin de préserver ce mécanisme dans toutes ses composantes.

Nous déplorons vivement que le point de passage d’al-Yarubiya n’ait pu être maintenu. Ce point revêt une importance cruciale parce qu’il permet d’acheminer 40% de l’aide médicale dans le Nord-Est, aide qui ne peut parvenir à cette région via les convois acheminés depuis Damas. Nous regrettons que l’OMS se retrouve désormais dans l’impossibilité d’acheminer le convoi de 8 à 10 camions qui était prévu dans les prochaines semaines.

Alors que l’écrasante majorité du Conseil soutenait le renouvellement dans son intégralité de ce mécanisme vital pour le Nord-Ouest et pour le Nord-Est de la Syrie à travers le maintien de l’autorisation de passage par al-Yarubiyah, la Russie a de nouveau cédé aux exigences d’un régime criminel. C’est faire bien peu de cas des vies humaines qui sont en jeu. C’est aussi faire bien peu de cas des principes de neutralité, d’humanité, d’indépendance, et d’impartialité de l’aide humanitaire, qui doit pouvoir parvenir à tous, quel que soit son camp par les voies les plus directes et les plus efficaces. L’intransigeance de la Russie sur ce point est moralement et humainement incompréhensible et inacceptable.

Le mandat que le Conseil de sécurité vient de donner au Secrétaire général de présenter d’ici la fin du mois de février des options pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire, y compris des médicaments, dans le Nord-Est est dans ce contexte essentiel. Nous en appelons à la responsabilité de tous, et en premier lieu de la Russie, pour prendre alors une décision qui tire les conséquences de l’analyse des options qui nous seront présentées par le Secrétaire général.

Nous regrettons également que le mécanisme ne soit renouvelé que pour une durée de six mois, et non douze mois, alors que les opérations humanitaires ont besoin de prévisibilité et de stabilité pour être préparées et conduites de manière efficace et dans la durée.

Il est urgent de remettre le processus politique sur les rails. Mais il faut aussi cesser d’instrumentaliser l’aide humanitaire. La survie de millions de Syriens en dépend.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/01/2020

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