Syrie : La France ne reconnaîtra pas les résultats du simulacre d’élections parlementaires [en]

SYRIE

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 23 juillet 2020

Monsieur le Président,

Je remercie l’Envoyé spécial Geir Pedersen et Mme Wafa Mustafa pour leurs interventions.

Il est urgent de relancer un processus politique crédible, afin de ramener la Syrie et la région sur le chemin de la stabilité.

La France ne reconnaîtra pas les résultats du simulacre d’élections organisées dans les zones contrôlées par le régime le 19 juillet. Pour être légitime, toute élection doit remplir les critères fixés par la résolution 2254 : être libre et transparente, se dérouler sous la supervision des Nations Unies, permettre à tous les Syriens y compris de la diaspora d’y participer. Les récentes élections parlementaires n’ont rempli aucun de ces critères et ont privé de leur vote des millions de Syriens déplacés et réfugiés.

Le seul processus politique légitime se tient à Genève, sous l’égide des Nations Unies. Nous appelons à la reprise des discussions dans les meilleurs délais pour préparer la troisième réunion du comité constitutionnel. La poursuite du blocage des travaux par le régime est inacceptable. Il sera de la responsabilité de ce Conseil d’en prendre acte si ses travaux sont de nouveau bloqués.

Le comité constitutionnel ne pourra seul mettre en place une transition politique crédible. Tous les éléments de la résolution 2254 doivent être mis en œuvre pour répondre aux attentes de la population syrienne. Mme Mustafa nous a rappelé l’importance de progresser sur la question des détenus et des personnes disparues. Ce Conseil doit s’unir en réponse à son appel et à celui de l’Envoyé spécial à libérer les prisonniers et à faciliter l’accès aux centres de détention.

La mise en place d’un cessez-le-feu sous l’égide des Nations Unies reste plus que jamais nécessaire.

L’instabilité croissante, notamment dans les zones reconquises par le régime et dans le Nord-Ouest, ainsi que la résurgence de Daech dans le centre du pays, sont inquiétantes. La pandémie de COVID-19 se propage, y compris dans le Nord-Ouest, alors que l’accès humanitaire à cette région s’est réduit faute d’accord du Conseil.

La trêve dans le Nord-Ouest doit être préservée, et une cessation immédiate des hostilités et une pause humanitaire doivent être mises en oeuvre conformément à la résolution 2532, qui a endossé l’appel du Secrétaire général. C’est la condition pour unir nos efforts dans la lutte contre les groupes terroristes listés par ce Conseil, dans le plein respect du droit international humanitaire.

Dans le contexte actuel, la priorité demeure de répondre aux besoins humanitaires immenses de la population partout en Syrie. C’est ce à quoi la France et l’Union européenne se sont de nouveau engagées lors de la conférence de Bruxelles IV. La France regrette le non-renouvellement du mécanisme d’aide transfrontalière pour le point de passage de Bab al Salam, qui constituait un accès vital pour 1,3 million de personnes dans la région d’Alep. Nous continuerons à aider les Syriens et à nous assurer que cette aide n’est pas détournée et manipulée par le régime.

La crise économique en Syrie est le fruit de la gestion économique désastreuse, de la corruption chronique et de la destruction par le régime de son propre pays. Les sanctions européennes visent des individus et des entités qui participent à la répression et profitent des retombées du conflit. Elles sont assorties de dispositifs permettant de préserver l’aide humanitaire et médicale.

La France comme l’Union européenne ne financeront pas la reconstruction tant qu’un processus politique crédible ne sera pas enclenché. La France continuera d’apporter son plein appui aux mécanismes de lutte contre l’impunité et salue à cet égard le dernier rapport de la Commission d’enquête internationale sur Idlib.

Je vous remercie.

Dernière modification : 23/07/2020

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