Syrie : le risque d’une escalade généralisée ne doit pas être pris à la légère [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 19 février 2020

Monsieur le Président,

Je remercie Messieurs Pedersen et Lowcock pour leurs interventions. La poursuite de la mobilisation de l’ensemble des Nations Unies sous le leadership du Secrétaire général est essentielle.

La France en appelle à un sursaut collectif pour mettre fin à la catastrophe humanitaire sans précédent à laquelle nous assistons à Idlib.

Les chiffres effroyables que nous a rappelés à l’instant Monsieur Lowcock parlent d’eux-mêmes : ce qui se déroule en ce moment est bien la plus grave crise humanitaire depuis le début du conflit syrien. Depuis le 1er décembre, la nouvelle offensive des forces pro-régime a fait près de 400 victimes civiles, ainsi que près de 900 000 déplacés. Des nourrissons et des enfants meurent de froid dans des camps de déplacés à la frontière turque. La menace des bombes du régime et de ses alliés est permanente. Les hôpitaux, les écoles, mais aussi les camps de personnes déplacées sont désormais la cible d’attaques. Après les sièges d’Alep et de la Ghouta, il ne semble plus y avoir de limites aux souffrances que le régime est prêt à infliger à son propre peuple.

La France réitère donc sa condamnation des bombardements du régime et de ses alliés contre les civils. Même la guerre a des règles. Elles sont fondées sur les principes essentiels d’humanité. Le droit international humanitaire et le respect de ce droit n’est pas une option mais une obligation pour tous. Cela implique aussi de garantir l’accès à l’ensemble des personnes dans le besoin à travers la poursuite de l’aide transfrontalière.

Le risque d’une escalade généralisée ne doit pas être pris à la légère : tout doit être fait pour l’écarter. Cela aurait en effet des effets désastreux au plan humanitaire et cela contribuerait à renforcer les groupes terroristes.

Il est de notre responsabilité collective d’unir nos efforts pour parvenir à un cessez-le-feu durable à Idlib. Face à l’incapacité des garants d’Astana à faire taire les armes, il faut que nous puissions agir collectivement.

C’est le devoir du Secrétaire général et c’est aussi celui de ce Conseil. J’appelle l’envoyé spécial du Secrétaire général à œuvrer lui aussi à la mise en place d’un cessez-le-feu durable à Idlib, en ligne avec le mandat que lui donne la résolution 2254. Nous l’appelons à présenter à ce Conseil des propositions concrètes à cette fin.

Les membres de ce Conseil qui ont une influence directe sur le régime syrien doivent tout faire pour mettre immédiatement un terme au massacre en cours à Idlib. La lutte contre le terrorisme ne justifie nullement cela.

Deuxièmement, je souhaite faire part de la profonde inquiétude de la France face à l’impasse totale du processus politique. Plus de quatre mois après le lancement du comité constitutionnel, le processus est complètement bloqué. Il est plus que jamais urgent que les Nations unies s’attellent aux autres sujets qui sont au cœur de la résolution 2254 car l’adoption d’une nouvelle constitution ne pourra à elle seule mettre un terme au conflit en Syrie.

La France dénonce l’obstruction systématique du régime syrien. L’offensive à Idlib ne laisse aucun doute sur ses intentions : reprendre par la force, quel qu’en soit le prix, le contrôle de la Syrie sans rien négocier. C’est hélas la stratégie aveugle qu’il poursuit depuis 2011 et ce au prix de 6 millions de réfugiés et 4 millions de déplacés internes.

La France reste déterminée à soutenir l’Envoyé spécial dans ses efforts et l’invite à dire clairement à ce Conseil quand il estimera ne plus être en mesure de faire avancer les travaux du Comité constitutionnel. Les Nations Unies doivent également prendre pleinement sous leur responsabilité les discussions sur les détenus, dans le prolongement de la tenue les 17 et 18 février à Genève du groupe de travail sur ce sujet.

Les paramètres du règlement politique sont connus, ils ont été définis par la résolution 2254 et le communiqué de Genève. Il s’agit de mettre en place un environnement sûr et neutre, notamment à travers des mesures de confiance, incluant des libérations de détenus. Il s’agit aussi de préparer la tenue d’élections libres et transparentes, supervisées par les Nations Unies et auxquelles tous les Syriens pourront prendre part, en Syrie comme à l’étranger.

Sans règlement politique crédible, la position de la France sur la reconstruction et sur les sanctions restera inchangée. C’est aussi la position de l’Union européenne. La Syrie sera reconstruite aux frais de la Russie et de l’Iran uniquement.

La France continuera de se mobiliser en faveur de la lutte contre l’impunité en apportant son appui aux mécanismes d’enquête des Nations Unies. C’est essentiel pour briser le cycle de la violence et créer les conditions d’une paix durable.

En conclusion Monsieur le Président, je souhaite réitérer l’appel de mon pays à tous ceux qui ont des leviers d’influence sur les autorités de Damas, en particulier la Russie, pour œuvrer en faveur d’une solution politique durable, en lien avec les membres de ce Conseil. Ce Conseil doit pouvoir sortir de sa paralysie. C’est la condition essentielle pour lutter efficacement contre les terroristes, permettre le retour des réfugiés et parvenir à une paix durable en Syrie. Je vous remercie.

Dernière modification : 19/02/2020

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