Syrie : seul un processus politique crédible permettra le retour des réfugiés [en]

Syrie
Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 24 avril 2019

Monsieur le Président,

Je souhaite d’abord remercier Ursulla Mueller pour sa présentation très éclairante et saluer le travail remarquable qu’elle effectue avec ses équipes pour répondre à l’urgence humanitaire en Syrie.

Je tiens également à saluer tout particulièrement la présence parmi nous de Nujeen Mustapha et la remercier chaleureusement d’avoir fait le voyage pour venir témoigner devant ce Conseil. Votre courage Madame est une source d’inspiration et d’admiration pour nous tous, et votre intervention nous rappelle à la fois la nécessité de mieux répondre aux besoins des personnes en situation de handicap et l’urgence absolue de mettre fin à ces huit années de conflit.

Nous devons plus que jamais rester pleinement mobilisés autour de trois priorités essentielles  : i) la préservation du cessez-le-feu à Idlib ; ii) la garantie des accès humanitaires et iii) une solution politique durable en Syrie.

1. Première priorité : la préservation du cessez-le-feu à Idlib et le respect des lignes de front à l’échelle du pays.

Une offensive à Idlib aurait des conséquences humanitaires, migratoires et sécuritaires désastreuses dans toute la région et au-delà. C’est pourquoi nous appelons la Turquie et la Russie à intensifier leurs efforts pour préserver l’accord de cessez-le-feu, conformément aux engagements réitérés lors du Sommet quadripartite d’Istanbul. Dans le même temps, nous devons mener une réflexion commune pour apporter une réponse coordonnée à la menace représentée par la présence de groupes terroristes dans cette région.

Dans le Nord-Ouest comme dans le reste du pays, la protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, doit être une priorité absolue pour l’ensemble des parties prenantes. Il est inacceptable que les hôpitaux et les écoles continuent à être la cible d’attaques. On le ne répètera jamais assez : les attaques contre les hôpitaux et les personnels de santé sont constitutives de crimes de guerre et leurs auteurs devront répondre de leurs actes.

Dans le Nord-Est, une intervention militaire, d’où qu’elle vienne, aurait des conséquences humanitaires terribles. L’ensemble des acteurs doit donc s’en abstenir.
Toutes les parties doivent enfin respecter leurs obligations telles qu’elles découlent du droit international humanitaire. Cet impératif, faut-il le répéter, n’est pas négociable.

2. Deuxième priorité : la garantie des accès humanitaires.

Je tiens à rappeler ici un chiffre consternant : sur les 338 demandes d’accès formulées auprès du régime syrien durant les mois de février et de mars, seule la moitié a donné lieu à une autorisation. Cela est tout simplement inacceptable.

Nous en appelons une fois encore aux acteurs ayant de l’influence sur le régime pour qu’ils garantissent un accès humanitaire immédiat, sûr, complet, sans entraves et durable sur l’ensemble du territoire syrien, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et au droit international humanitaire. Dans un tel contexte, l’architecture humanitaire (« Whole of Syria ») mise en place par les Nations Unies pour répondre aux besoins des Syriens les plus vulnérables est plus que jamais pertinente et doit être conservée.

Il est indispensable notamment qu’un nouveau convoi d’aide puisse être déployé immédiatement dans le camp de Rukban. Nous devons également veiller à ce que le retour des déplacés de Rukban soit volontaire, sûr et digne, dans le respect du droit international humanitaire et en étroite coordination avec les Nations Unies.

Il est par ailleurs impératif d’accroître la réponse humanitaire dans le Nord-Est pour faire face à l’afflux de personnes déplacées. La France continuera à prendre toute sa part à cet effort ; elle a débloquée des financements d’urgence pour soutenir la réponse humanitaire dans cette région. Nous devons également tout faire pour qu’un accès humanitaire sûr et sans entraves au camp d’al Hole soit pleinement garanti.

3. Troisième priorité : le lancement d’un processus politique durable sous l’égide des Nations Unies, à Genève.

Nous continuerons à soutenir la mise en place d’une solution politique sur la base de tous les éléments de la résolution 2254 et du communiqué de Genève et à appuyer résolument les efforts de l’Envoyé spécial en ce sens. Le comité constitutionnel, pour autant qu’un accord équilibré sur sa composition et ses règles de fonctionnement soit trouvé, doit contribuer à la mise en place d’une telle solution. Il reviendra donc à Geir Pedersen de nous dire, le moment venu, si tel est le cas.

Seule la mise en place d’un processus politique crédible rendra possible le retour des réfugiés en Syrie, qui doit s’effectuer dans des conditions sûres et dignes et sous l’égide des Nations Unies. Le faible nombre de retours en Syrie montre sans ambiguïté que les conditions - en premier lieu politiques et sécuritaires - d’un tel retour ne sont pas réunies aujourd’hui. Il est primordial que les Nations Unies puissent avoir un accès libre au territoire syrien pour assurer le suivi de ces retours en toute transparence.

Monsieur le Président,

Après toutes ces années d’échec du Conseil de sécurité en Syrie, ce serait une nouvelle et lourde faute morale et politique de tourner la page aujourd’hui et de regarder ailleurs, par lassitude ou par lâcheté. D’abord parce que ce serait une grave erreur de jugement de considérer que la tragédie syrienne est derrière nous. Ensuite parce que notre conviction est qu’il existe aujourd’hui, pour la première fois peut-être depuis huit ans, une étroite mais réelle fenêtre d’opportunité pour mettre un terme au conflit. C’est dire la responsabilité qui est la nôtre, comme membres du Conseil de sécurité, face à cette crise qui est existentielle aussi pour les Nations Unies.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 02/05/2019

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