Un cessez-le-feu à l’échelle nationale est le seul moyen de faciliter la réponse au COVID-19 [en]

Syrie (situation humanitaire)
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 29 avril 2020

Monsieur le Président,

Je remercie Mark Lowcock pour sa présentation.

Le risque de propagation de la pandémie de COVID-19 en Syrie est extrêmement préoccupant, notamment dans le Nord-Ouest et le Nord-Est.

Un cessez-le-feu immédiat, durable et à l’échelle nationale est le seul moyen de faciliter la réponse au COVID-19.

Permettez-moi d’exprimer la ferme condamnation par la France de l’horrible attentat terroriste qui a frappé un marché à Afrin hier. De nombreuses victimes étaient des civils, y compris des enfants. C’est déchirant. Je tiens à exprimer nos sincères condoléances aux familles et à toutes les personnes touchées par cette attaque.

Je tiens également à renouveler le plein soutien de la France à l’appel du Secrétaire général des Nations Unies et de son Envoyé spécial à un cessez-le-feu immédiat à l’échelle nationale. Il est urgent de le mettre en œuvre. Nous appelons toutes les parties - et en particulier le régime syrien qui n’a pas répondu à l’appel du Secrétaire général - à œuvrer activement en ce sens. Comme l’a dit l’ambassadeur de Rivière ce matin, les Nations Unies doivent être au centre de ces efforts, conformément à la résolution 2254.

Un cessez-le-feu à l’échelle nationale est d’autant plus nécessaire que la mise en œuvre de l’accord russo-turc à Idlib reste fragile et incertaine.

Monsieur le Président,

Toutes les parties, en particulier le régime syrien, doivent garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave à toutes les personnes dans le besoin.
Cela est plus nécessaire que jamais pour faciliter la réponse au COVID-19.

Les efforts des agences des Nations Unies et de leurs partenaires pour répondre aux besoins humanitaires de la population et à la pandémie de COVID doivent être soutenus et renforcés. La France a déjà alloué 4 millions d’euros pour la réponse au COVID dans le Nord-Ouest.

Dans le contexte de la pandémie, le mécanisme d’aide humanitaire transfrontalière n’a jamais été aussi pertinent, tant dans le Nord-Ouest que dans le Nord-Est. La France reste déterminée à préserver ce mécanisme qui sauve des vies.

Dans le Nord-Ouest, l’intensification de l’acheminement de l’aide humanitaire par les deux points de passage doit absolument se poursuivre.

Dans le Nord-Est, la perte du point de passage d’Al Yarubiyah prive la population de l’accès le plus direct et le plus sûr à l’aide médicale. Le Nord-Est de la Syrie a besoin d’une assistance transfrontalière par le biais d’un point de passage dédié. L’élargissement de l’accès transfrontalier est une urgence absolue pour répondre aux besoins, en particulier pour lutter contre la pandémie de COVID.

Jusqu’à aujourd’hui, aucun progrès n’a été réalisé concernant l’accès « crossline » (depuis Damas) au Nord-Est : le régime syrien met 3 à 4 mois pour autoriser l’acheminement d’aide médicale en provenance de Damas. Cela est inacceptable.

Nous regrettons également qu’il n’y ait pas encore d’accord pour fournir une aide vitale et urgente à des milliers de personnes dans le camp de Rukban.

Nous rejetons toute instrumentalisation de l’aide humanitaire. À cet égard, permettez-moi de rappeler que les sanctions européennes sont des outils pour lutter contre les violations des droits de l’Homme et les violations du droit international. Ces sanctions ont précisément été conçues pour ne pas entraver l’aide humanitaire aux Syriens, quelle que soit leur affiliation, et n’entravent pas la réponse au COVID-19 aujourd’hui.

Soyons clairs : le régime syrien a systématiquement détruit les infrastructures médicales depuis le début du conflit et il continue à entraver l’accès humanitaire. Il ne fait aucun doute qu’il porte la responsabilité première de la situation humanitaire désastreuse, qui est exacerbée aujourd’hui par la pandémie COVID-19.

Monsieur le Président,

Pour finir, je souhaiterais saluer la publication d’un résumé du rapport du bureau d’enquête (BoI).

Nous soutenons la pleine mise en œuvre des recommandations de ce bureau d’enquête pour garantir un mécanisme de déconfliction qui ne mette pas en danger le personnel et les installations médicales et humanitaires. Nous soutenons également la communication du rapport complet au mécanisme international, impartial et indépendant (IIIM) et à la commission d’enquête, afin de poursuivre l’enquête sur les incidents et de traduire leurs auteurs en justice.

Enfin, comme indiqué ce matin, seule une solution politique permettra de mettre un terme à la tragédie humanitaire en Syrie.

Je vous remercie.

Dernière modification : 29/04/2020

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