Syrie : l’aide humanitaire doit être assurée [en]

Syrie humanitaire
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 14 novembre 2019

Madame la Présidente,

Je tiens tout d’abord à remercier Mark Lowcock pour sa présentation, et notamment d’avoir partagé avec nous son évaluation du fonctionnement du mécanisme d’assistance transfrontalière.

Le premier point que je voudrais soulever est que tout doit continuer d’être fait pour assurer un accès humanitaire sur l’ensemble du territoire syrien.

Je ne reviendrai pas sur les chiffres mentionnés par M. Lowcock, ils parlent d’eux-mêmes : l’aide humanitaire transfrontalière est indispensable et irremplaçable. Le fait que le nombre de bénéficiaires de cette aide continue de croître le montre clairement, a fortiori alors que les hostilités se poursuivent dans le Nord-Est et dans le Nord-Ouest de la Syrie.

La France appelle les membres du Conseil à faire preuve d’unité et de responsabilité pour préserver cet acquis essentiel, à travers un nouveau renouvellement technique de la résolution 2165. Il n’y a pas d’alternative pour venir en aide aux millions de personnes dans le besoin, alors que le régime de Bachar el-Assad continue d’utiliser l’aide humanitaire à des fins politiques.

La population syrienne s’apprête à affronter les rigueurs d’un nouvel hiver de guerre. Cette année, comme les précédentes, il est impératif de pouvoir accéder aux populations par les routes les plus directes et les moyens les plus rapides dans l’ensemble du territoire syrien. La survie d’hommes, de femmes et d’enfants en dépend.

Cela implique également de conserver l’architecture de l’aide Whole of Syria et de maintenir le rôle du BCAH à Amman qui est crucial. Le développement d’une première allocation du Fonds humanitaire transfrontalier pour le Nord-est syrien doit à cet égard être encouragé et représente une étape majeure dans la réponse aux besoins des plus de 700 000 déplacés de la région.

Nous en appelons une fois encore aux acteurs ayant de l’influence sur Damas pour garantir un accès humanitaire sûr, complet et sans entrave sur l’ensemble du territoire syrien, y compris dans les zones dont le régime a récemment repris le contrôle et où l’accès reste particulièrement insuffisant, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil et au droit international humanitaire.

Deuxième point que je voudrais souligner devant vous et que nous répétons inlassablement, est que le respect du droit international humanitaire s’impose à tous. Il n’est pas négociable.

La protection des civils doit être une priorité absolue. Nous condamnons avec fermeté les attaques, notamment par le régime, contre les civils et les infrastructures civiles, en particulier humanitaires et médicales. Nous sommes très préoccupés par les informations faisant état de nouvelles frappes sur quatre structures médicales la semaine dernière à Idlib. L’intensification des combats dans le Nord-Ouest ces dernières semaines est inacceptable. Le bureau d’enquête créé par le Secrétaire général sur ces attaques auquel nous apportons notre plein soutien doit permettre de faire toute la lumière sur ces incidents. Tout doit être fait pour rétablir le cessez-le-feu à Idlib.

Dans le Nord-Est, il est essentiel de progresser dans trois directions : la poursuite de la lutte contre le terrorisme, la protection des populations civiles et la pleine mise en œuvre de la réponse humanitaire. La poursuite des hostilités souligne par ailleurs que les conditions ne sont pas réunies pour permettre le retour des réfugiés dans des conditions respectueuses du droit international.

La lutte contre le terrorisme est un enjeu crucial pour nous tous. Personne ne le conteste. Mais elle ne saurait être invoquée pour justifier les violations flagrantes du droit international humanitaire dont nous sommes témoins. Ceux qui se rendent coupables de tels actes devront rendre des comptes devant la justice. Nous appelons à la coopération de toutes les parties avec la commission d’enquête, et avec le mécanisme international indépendant et impartial d’enquête sur la Syrie.

Le troisième point, Madame la présidente, que je voudrais réitérer est notre soutien au processus politique syrien, qui est la seule voie pour sortir de la guerre.

Au-delà de la réponse humanitaire, seule une solution politique inclusive pourra mettre fin aux souffrances du peuple syrien.
La résolution 2254 demeure notre feuille de route et elle doit être mise en œuvre dans toutes ses composantes.

Le lancement du comité constitutionnel est un point de départ mais il convient d’avancer en parallèle sur les autres volets du processus politique. Cela implique de créer un environnement sûr et neutre. Cela signifie aussi que les armes doivent se taire sur la totalité du territoire. Cela passe également par des mesures de confiance, en particulier la libération des personnes détenues et enlevées. En outre, toute la lumière doit être faite sur le sort des personnes victimes de disparitions forcées.

Un tel environnement est indispensable pour la tenue d’élections libres et régulières sous la supervision des Nations Unies auxquelles devront participer toutes les Syriennes et tous les Syriens, y compris celles et ceux qui ont dû fuir la guerre.

Madame la Présidente, tous ces éléments constituent les fondamentaux d’une solution politique crédible. Avant que cette solution ne soit fermement engagée, la France, comme ses partenaires de l’Union européenne, ne participera pas au financement de la reconstruction.

Je vous remercie.

Dernière modification : 15/11/2019

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