Syrie : l’urgence d’une solution politique [en]

Syrie
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Chargée d’Affaires a.i.
Conseil de sécurité - 29 août 2019

Madame la Présidente,

Je tiens d’abord à remercier Mark Lowcock et Geir Pedersen pour leurs présentations, comme toujours précises et très utiles. Je me réjouis tout particulièrement de voir Geir Pedersen parmi nous et qu’il soit pleinement rétabli.

La tragédie syrienne est entrée depuis plusieurs mois dans un nouvel acte de la stratégie impitoyable du régime syrien : après l’horreur de la destruction d’Alep fin 2016, après celle de la bataille de la Ghouta en 2018, nous assistons à un scénario similaire à Idlib, alors même que, par ailleurs, les éléments peuvent se mettre en place pour avancer sur le processus politique, seul à même de mettre un terme à la dynamique infernale de la violence. Il y a donc une triple urgence aujourd’hui : i) imposer un strict respect des règles de la guerre ; ii) faire cesser les hostilités ; iii) et amorcer enfin la solution politique du conflit, en conformité avec la résolution 2254 et le Communiqué de Genève.

Madame la Présidente,

1/ Tout d’abord, il y a urgence à faire taire les armes à Idlib et à éviter que la Syrie ne devienne le théâtre d’une nouvelle escalade et d’un nouvel embrasement.

La France est particulièrement préoccupée par l’intensification significative de l’offensive des forces pro-régime à Idlib au cours des dernières semaines. Nous appelons les signataires de l’accord de cessez-le-feu, et en premier lieu la Russie, à revenir au strict respect de leurs engagements et à assurer un cessez-le-feu effectif dans le Nord-Ouest en vue du gel des fronts et d’un cessez-le-feu cette fois à l’échelle nationale, conformément à la résolution 2254.

Nous accueillons à cet égard favorablement le dialogue américano-turc sur le Nord-Est et les premières mesures mises en œuvre en vue d’établir un mécanisme de sécurité, qui constitue une avancée en faveur d’une indispensable désescalade des tensions à l’Est. Il est essentiel que tous les efforts se concentrent dans la lutte contre Daech, qui continue de représenter une menace majeure pour notre sécurité. Nous y poursuivons, pour notre part, notre action dans le cadre de la Coalition internationale contre Daech en vue de la stabilisation durable de ces territoires libérés.

Madame la Présidente,

2/ Deuxièmement, et ceci est d’une égale urgence, le respect du droit international humanitaire s’impose à tous et n’est pas négociable.

Je tiens à rappeler ici deux priorités absolues :

i) d’une part, la protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux.

La France condamne avec la plus grande fermeté les frappes du régime et de ses alliés qui continuent à viser de manière indiscriminée les populations et les infrastructures civiles dans le Nord-Ouest. Il est particulièrement inacceptable que les infrastructures de santé, y compris celles ayant fait l’objet d’une « déconfliction », ainsi que les écoles, continuent à être la cible d’attaques. Et nous réitérons notre plein soutien à l’enquête interne lancée par le Secrétaire général des Nations unies à ce sujet. La lutte contre le terrorisme ne peut justifier le sacrifice des populations civiles, et a fortiori d’enfants. Ces crimes ne doivent pas rester impunis.

ii) d’autre part, la garantie d’un accès humanitaire immédiat, sûr, complet, durable et sans entraves à l’ensemble du territoire syrien.

Il essentiel que l’aide humanitaire parvienne en priorité aux populations qui en ont le plus besoin et ceci par les voies les plus rapides et les plus directes. Nous appelons de nouveau ceux qui en ont les moyens à exercer les pressions nécessaires sur le régime pour qu’il garantisse un accès humanitaire sans entraves dans l’ensemble des zones sous son contrôle et permettent donc aux travailleurs humanitaires d’agir en respect des principes cardinaux de neutralité, d’indépendance, d’impartialité et d’humanité, et ceci notamment au Sud-Ouest et dans la Ghouta orientale. Il est également primordial que les Nations unies puissent avoir accès aux déplacés et aux réfugiés qui sont de retour chez eux. Il est aussi essentiel que des progrès tangibles et significatifs soient accomplis sur la question des personnes détenues et disparues, et je souscris à cet égard à toutes les recommandations que Geir Pederson vient de formuler.

Madame la Présidente,

3/ Ceci sera la troisième priorité sur laquelle je souhaite insister aujourd’hui : l’urgence de la situation à Idlib ne doit pas nous faire oublier l’urgence politique. Nous le savons tous, nous le répétons, seule une solution politique inclusive pourra stabiliser durablement la Syrie et permettre à terme aux réfugiés de retourner dans leur pays.

Et nous réitérons à cet égard notre plein soutien aux efforts de l’Envoyé spécial en vue de relancer un processus politique, sous l’égide des Nations unies, et sur la base de tous les éléments de la résolution 2254.

Il est plus que jamais nécessaire de finaliser un paquet constitutionnel crédible et équilibré tant dans la composition du comité que dans ses règles de procédure et de réunir le comité constitutionnel, à Genève, sous l’égide des Nations unies, dans les meilleurs délais. L’Envoyé spécial nous a indiqué que nous sommes proches du but, et nous appelons donc les parties, sous la supervision des Nations unies, à achever sans délai sa constitution. Cependant, si le blocage du régime devait se poursuivre, il appartiendra à l’Envoyé spécial de nous dire si le comité constitutionnel peut véritablement permettre d’engager une discussion politique.

Pour autant, le comité constitutionnel ne peut être le seul vecteur du processus politique. Pour que le processus ne reste pas dans l’ornière, nous devons nous saisir dès à présent des autres aspects de la résolution 2254, d’abord en nous montrant attentifs à la préparation des élections syriennes. Celles-ci, devront être libres et transparentes, et devront se tenir conformément à la résolution 2254 sous la supervision des Nations unies et devront permettre à l’ensemble des Syriens d’y participer, y compris les réfugiés. Pour sortir de la tragédie syrienne, il est essentiel de redonner aux Syriens la possibilité de s’exprimer librement sur l’avenir de leur pays.

Pour faire émerger cette solution politique que nous appelons tous de nos vœux, la France apporte son plein soutien également aux efforts de l’Envoyé spécial qui visent à rapprocher le « Small Group » des « garants d’Astana » au sein d’un même forum international. Nous espérons que les prochaines semaines permettront d’avancer sur ce sujet.

Madame la Présidente,

Vous connaissez enfin nos positions sur la reconstruction, la levée des sanctions, la normalisation, qui sont aussi celles de l’Union européenne et qui demeurent inchangées.

Nous appelons chacun des membres du Conseil de sécurité à prendre leurs responsabilités pour mettre fin au drame qui se poursuit sous nos yeux à Idlib. Et nous les invitons à appuyer le projet de résolution annoncé par les co-plumes humanitaires, la Belgique, le Koweït et l’Allemagne. Nous n’avons que trop et tragiquement tardé. Il n’y a plus de temps à perdre.

Je vous remercie.

Dernière modification : 09/09/2019

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