Syrie : la France appelle à un cessez-le-feu à Idlib [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 19 septembre 2019

Monsieur le Président,
Je tiens d’abord à remercier Madame Mueller pour sa présentation. Je souhaite également saluer de nouveau l’engagement remarquable de l’ensemble des personnels humanitaires en Syrie.

Nous devons plus que jamais concentrer nos efforts sur trois axes.

1. Le premier, c’est la mise en œuvre du cessez-le-feu à Idlib qui doit être une priorité absolue.
Nous sommes très inquiets de la reprise des frappes aériennes la semaine dernière, après l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral le 31 août dernier. Nous continuerons de suivre attentivement l’évolution de la situation sur le terrain et d’appeler à la stricte mise en œuvre du mémorandum de Sotchi, un an après sa signature entre la Turquie et la Russie.
Tout doit être fait pour assurer un cessez-le-feu effectif dans le Nord-Ouest en vue du gel des fronts et d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale, conformément à la résolution 2254. Nous soutenons à cet égard le projet de résolution présenté par l’Allemagne, la Belgique et le Koweït.

2. Le deuxième axe, c’est le respect du droit international humanitaire qui s’impose à tous et qui n’est pas négociable.
Je tiens ici à rappeler deux exigences :

i) La première c’est la protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux.
La lutte contre le terrorisme, qui est un enjeu essentiel, personne ne le conteste, ne saurait être invoquée pour justifier les violations du droit international humanitaire.

C’est pourquoi nous saluons le lancement d’une enquête interne par le Secrétaire général des Nations unies sur les attaques contre les infrastructures « déconflictées » dans le Nord-Ouest, et lui réitérons notre plein soutien. Je le répète, la lutte contre le terrorisme ne peut en aucun cas justifier le sacrifice de populations civiles, et a fortiori d’enfants. Elle ne justifie pas davantage les bombardements indiscriminés, la destruction délibérée d’hôpitaux et d’écoles. Les crimes commis à Idlib et dans le reste de la Syrie ne peuvent et ne doivent pas rester impunis. Ceux qui se rendent coupables de tels actes, auront un jour à en rendre compte devant la justice.

ii) La seconde exigence, c’est la garantie d’un accès humanitaire immédiat, sûr, complet, durable et sans entraves à l’ensemble du territoire syrien et au profit des populations qui en ont le plus besoin.

Pour cela, les violences doivent cesser les violences doivent cesser immédiatement à Idlib. Nous appelons de nouveau ceux qui en ont les moyens à exercer les pressions nécessaires sur le régime pour qu’il garantisse un accès humanitaire sans entraves dans l’ensemble de la Syrie, en particulier les zones sous son contrôle, dont les territoires qu’il a reconquis en 2018, dans le Sud-Ouest et dans la Ghouta orientale, mais aussi dans le camp de Rukban. Les garanties des accès humanitaires impliquent aussi, et c’est là un point essentiel, que les Nations Unies puissent avoir accès aux déplacés et aux réfugiés qui sont de retour chez eux.

3. Troisièmement, l’urgence de la situation à Idlib nous rappelle cruellement que seule une solution politique inclusive pourra pacifier et stabiliser durablement la Syrie et permettre aux réfugiés de retourner dans leur pays.

Nous réitérons notre plein soutien aux efforts de l’Envoyé spécial Geir Pedersen en vue de finaliser un accord équilibré sur le comité constitutionnel tant dans sa composition que dans ses règles de procédure. Nous prenons note des derniers développements encourageants fournis par le Secrétaire général et appelons au lancement par les Nations unies du comité constitutionnel dans les plus brefs délais, à Genève. La procrastination doit cesser.

Il est important qu’en parallèle l’Envoyé spécial travaille sur la base de tous les éléments de la résolution 2254, en particulier à la préparation des élections et les mesures de confiance. Nous souhaitons que la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale constitue une occasion d’accroitre la mobilisation en soutien au processus politique. En l’absence de tels progrès, et sans la perspective d’un règlement politique, la France et l’Union Européenne, ne sauraient participer au financement de la reconstruction. Celui-ci incombera au régime et à ses alliés.

Nous appelons chacun des membres du Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités pour mettre fin au drame qui se poursuit sous nos yeux et à Idlib. Et nous les invitons à voter en faveur du texte présenté par l’Allemagne, la Belgique, et le Koweït.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 19/09/2019

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