Syrie : l’aggravation de la crise humanitaire est extrêmement préoccupante [en]

Syrie humanitaire
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Chargée d’affaires a.i.
Conseil de sécurité - 29 janvier 2020

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier Mark Lowcock pour son intervention. Comme vous nous l’avez dit, Monsieur Lowcock, la priorité immédiate est que tout doit être fait pour mettre fin à l’offensive en cours à Idlib.

La France condamne fermement les bombardements intenses de l’aviation du régime et de ses alliés dans la province d’Idlib. La lutte contre les groupes terroristes ne peut servir de prétexte à des bombardements indiscriminés, qui touchent en premier lieu les civils. L’hôpital de Sarjeh, mais aussi les ambulances et infrastructures des Casques blancs, ont été la cible de frappes. Il est inacceptable et scandaleux que les infrastructures de santé et les écoles continuent d’être la cible d’attaques au mépris du droit international humanitaire. Le rapport, remis le 16 janvier dernier par la Commission internationale et indépendante d’enquête sur les violations des droits des enfants en Syrie, est édifiant : les forces gouvernementales attaquent délibérément des écoles, les utilisent à des fins militaires, se rendant ainsi non seulement coupables de crimes de guerre, mais aussi de ruiner l’avenir d’une génération privée d’éducation. Les responsables de ces violations auront à répondre de leurs actes.

Monsieur le Président,

L’aggravation de la crise humanitaire est extrêmement préoccupante : 3 millions de personnes, dont près de 80% sont des femmes et des enfants et près de 400 000 personnes nouvellement déplacées depuis décembre, sont exposées aux attaques quotidiennes du régime et de ses alliés.

Nous devons dans ce contexte concentrer nos efforts sur trois priorités :

Premièrement, une désescalade immédiate : nous appelons les signataires de l’accord de cessez-le-feu à Idlib, en premier lieu la Russie, à revenir au strict respect de leurs engagements et à assurer un cessez-le-feu effectif dans le Nord-Ouest en vue du gel des fronts ;

Deuxièmement, la protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, ainsi que des infrastructures civiles : le respect du droit international humanitaire n’est pas négociable. La commission d’enquête créée par le Secrétaire général sur les attaques dans le Nord-Ouest, à laquelle nous apportons tout notre soutien, doit permettre de faire toute la lumière sur ces incidents ;

Troisièmement, il faut la garantie d’un accès humanitaire sûr et sans entrave, à travers la poursuite de l’assistance transfrontalière. La France continuera à aider la population syrienne. A cet égard, une aide d’urgence supplémentaire de 5,27 millions d’euros a été débloquée en fin d’année au bénéfice de la population civile du Nord-Ouest syrien, à travers le Fonds humanitaire transfrontalier des Nations unies, qui est basé à Gaziantep.

Monsieur le Président,

Je souhaite aussi revenir sur les conséquences de la résolution 2504 sur l’aide humanitaire transfrontalière.

Ne nous leurrons pas. Mark Lowcock l’a souligné, la résolution que ce Conseil a adoptée le 10 janvier dernier qui était indispensable pour poursuivre l’assistance humanitaire à près de 3 millions de personnes, a également sérieusement réduit la capacité des Nations unies à apporter l’aide médicale et les médicaments indispensables aux personnes dans le besoin dans le Nord-Est syrien. Le chargement de 8 à 10 camions de l’OMS, dont le convoi aurait dû transiter par le point de al-Yaroubiyah à la mi-janvier, est en attente à Erbil. Rien ne justifie que ces médicaments et kits traumatologiques et chirurgicaux ne puissent parvenir, ni depuis l’Irak, ni depuis Damas, aux victimes qui de l’autre côté de la frontière en ont urgemment besoin. C’est pour elles une question de vie ou de mort.
Nous avons là une grave violation du principe d’impartialité de l’aide humanitaire, ce n’est pas acceptable.

Monsieur le Président,

Le mandat que le Conseil de sécurité a donné au Secrétaire général de présenter d’ici la fin du mois de février des options pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire, y compris des médicaments, dans le Nord-Est, est dans ce contexte essentiel. Nous en appelons à la responsabilité de tous pour prendre alors une décision qui tire les conséquences objectives de l’analyse des options qui nous seront présentées par le Secrétaire général. Dans l’immédiat, les parties, en particulier le régime syrien, doivent garantir aux acteurs humanitaires un accès plein, sûr et sans entrave aux populations dans le besoin, où qu’elles soient.

Par ailleurs, je souhaite rappeler notre déception que le mécanisme n’ait été renouvelé que pour une durée de six mois, alors que les opérations humanitaires ont besoin de prévisibilité et de stabilité pour être planifiées et conduites de manière efficace. Nous devons réexaminer la pertinence de revenir à un mandat d’un an quand nous renouvellerons le mécanisme en juillet prochain.

Enfin Monsieur le Président,

Je conclurai en soulignant que l’offensive en cours à Idlib compromet la recherche d’un règlement politique négocié, alors que nous savons tous qu’une solution politique inclusive et durable, conforme à la résolution 2254 de ce Conseil est indispensable pour stabiliser durablement la Syrie et mettre fin aux atroces souffrances des civils.

Nous reviendrons sur ce point crucial cet après-midi

Je vous remercie.

Dernière modification : 29/01/2020

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