Syrie, la France octroie une aide d’urgence pour répondre aux besoins des civils [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 24 octobre 2019

Monsieur le Président,

Je tiens d’abord à remercier Mme Mueller, M. Khiari et Mme Marcaillou pour leurs présentations.

La situation dans le Nord-Est syrien constitue une source de préoccupation majeure.
Ce Conseil avait exprimé, il y a quelques jours, sa profonde préoccupation face au risque de renforcement de la menace terroriste et de détérioration de la situation humanitaire dans le Nord-Est.

Pour la France, ces préoccupations restent d’actualité.

L’Union européenne s’est exprimée de façon claire pour condamner l’action militaire unilatérale conduite par la Turquie. Car ce qui se joue dans le Nord-Est syrien est grave. Ce sont les résultats de plusieurs années de lutte efficace contre Daech conduite aux côtés des forces démocratiques syriennes qui sont en péril. Le risque de dispersion des terroristes et de renforcement des cellules clandestines de Daech est réel. Y répondre est notre priorité.

C’est pour cette raison que la France a appelé à la tenue, à brève échéance, d’une réunion ministérielle de la Coalition contre Daech.

L’impact de l’offensive sur la situation humanitaire est considérable. La France maintiendra autant que possible son assistance. Le Président de la République a décidé d’octroyer une aide d’urgence de 10M€ afin de répondre aux besoins. La France tient aussi à souligner le rôle déterminant des ONG déjà présentes au Nord-Est.

Pour sa part, l’Union européenne refusera de contribuer au financement d’actions de stabilisation et de développement si les conditions permettant le retour des réfugiés ne sont pas réunies.

Dans ce contexte, nous prenons note du mémorandum d’entente conclu mardi par la Turquie et la Russie. Notre priorité reste que la trêve soit prolongée et qu’une sortie de crise puisse se faire par des moyens diplomatiques. A cette fin, le Président de la République a fait part de sa volonté d’engager une discussion franche et exigeante avec la Turquie, en lien avec ses partenaires européens. Cette trêve doit en tout état de cause s’accompagner de progrès dans trois directions : la poursuite de la lutte contre le terrorisme, la protection des populations civiles et la reprise rapide du processus politique.

Le respect du droit international humanitaire s’impose à tous. Il n’est pas négociable.
La protection des civils doit être une priorité absolue. Nous condamnons les attaques contre les civils et les infrastructures civiles, en particulier humanitaires et médicales. L’intensification des combats dans le Nord-Ouest ces derniers jours est inacceptable. Tout doit être fait pour assurer le respect du cessez-le-feu à Idlib.

La lutte contre le terrorisme est un enjeu crucial. Personne ne le conteste. Mais elle ne saurait être invoquée pour justifier les violations du droit international humanitaire. Ceux qui se rendent coupables de tels actes devront rendre des comptes devant la justice. Nous appelons à la coopération de toutes les parties avec les différents mécanismes de lutte contre l’impunité mis en place par les Nations Unies.

Tout doit être fait pour garantir un accès humanitaire à l’ensemble du territoire syrien. Je tiens à rappeler le caractère indispensable et irremplaçable de l’aide humanitaire transfrontalière. Nous appelons ce Conseil à faire preuve d’unité et de responsabilité pour préserver cet acquis essentiel par un renouvellement de la résolution 2165. Il n’y a pas d’alternative pour apporter de l’aide aux millions de personnes qui en ont besoin.

Enfin, dans ce contexte difficile, nous devons rester mobilisés en soutien au processus politique syrien, qui reste la seule voie vers la paix.
La résolution 2254 demeure notre feuille de route. Elle doit être mise en œuvre dans tous ses éléments.

Ce Conseil a salué l’annonce de l’accord sur le comité constitutionnel. Il importe qu’il se réunisse à Genève pour commencer rapidement ses travaux. Nous soutenons les efforts de Geir Pedersen : c’est la première étape d’un véritable processus inter-syrien.

Le lancement du comité constitutionnel est un point de départ mais il convient d’avancer en parallèle sur les autres volets du processus politique.

Cela implique de créer un environnement sûr et neutre. Cela signifie que les armes doivent se taire sur l’ensemble du territoire. Cela passe également par des mesures de confiance, en particulier la libération des personnes détenues et enlevées. Toute la lumière doit être faite sur les disparitions forcées.

Un tel environnement est indispensable pour la tenue d’élections libres sous la supervision des Nations Unies auxquelles devront participer toutes les Syriennes et tous les Syriens, y compris celles et ceux qui ont dû fuir la guerre.

Tous ces éléments constituent les fondamentaux d’une transition politique crédible. Tant que cette transition ne sera pas fermement engagée, la France, comme ses partenaires de l’Union européenne, ne participera pas au financement de la reconstruction.

La situation en Syrie est grave. Les défis sont nombreux. Mais la France est plus que jamais déterminée à travailler aux côtés de ses partenaires pour construire la paix en Syrie.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 24/10/2019

Haut de page