Syrie : la désescalade doit être notre priorité à tous [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 6 février 2020

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier messieurs Pedersen et Lowcock pour leurs interventions.
Nous sommes entrés ces derniers mois dans un nouvel acte de la stratégie impitoyable du régime syrien : après l’horreur de la destruction d’Alep fin 2016, après celle de la bataille de la bataille de la Ghouta en 2018, nous assistons à un scénario similaire à Idlib, mais cette fois d’une ampleur inédite, puisque près de trois millions de Syriens sont concernés.

Il y a donc urgence à faire taire les armes à Idlib.

La France condamne avec la plus grande fermeté les bombardements intenses de l’aviation du régime et de ses alliés, qui continuent à viser de manière indiscriminée les populations et les infrastructures civiles dans le Nord-Ouest.

En entrant dans la salle du Conseil de sécurité, on passe devant une reproduction du tableau de Guernica, par Picasso, sa signification est simple, plus jamais ça. 3 millions de personnes, dont près de 80% sont des femmes et des enfants et près de 600 000 personnes nouvellement déplacées depuis décembre, sont exposées aux attaques quotidiennes du régime et de ses alliés. Par ces frappes, le régime et ses alliés jettent sur les routes des milliers de civils. Rien de tout cela ne permettra le retour volontaire des réfugiés.

Face à ce drame, la désescalade doit être notre priorité à tous. Le Haut Représentant de l’Union européenne s’est exprimé en ce sens aujourd’hui. La France soutiendra les efforts que pourra mener l’Envoyé spécial des Nations unies. Nous appelons les signataires de l’accord de Sotchi de septembre 2018, en premier lieu la Russie, à assurer une véritable cessation des hostilités dans le Nord-Ouest.

La lutte contre le terrorisme ne peut justifier le sacrifice de populations civiles et les violations répétées du droit international humanitaire. Cela ne fait que contribuer à amplifier la menace terroriste. Cela favorise la radicalisation des combattants. Cela entraîne un véritable risque de dissémination des terroristes à la faveur des mouvements de population. Cela va enfin à rebours des efforts de la communauté internationale ces cinq dernières années pour éteindre le foyer de terrorisme international qu’est devenu la Syrie.

Le respect du droit international humanitaire s’impose à tous. La protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, ainsi que des infrastructures civiles doit rester une priorité absolue. Il est inacceptable que les infrastructures de santé, y compris celles ayant fait l’objet d’une « déconfliction », et que les écoles continuent d’être systématiquement la cible d’attaques au mépris du droit international humanitaire. Les attaques contre les hôpitaux et les personnels de santé sont constitutives de crimes de guerre. Ces crimes ne doivent pas rester impunis. Nous réitérons à cet égard notre plein soutien à l’enquête lancée par le Secrétaire général des Nations Unies.

Tout doit également être fait pour garantir un accès humanitaire complet à l’ensemble des personnes en ayant besoin, à travers la poursuite de l’aide transfrontalière. Face à la dégradation de la crise humanitaire, la France a alloué près de 19 millions d’euros en faveur du Nord-Ouest syrien en 2019. La tragédie à laquelle nous assistons rend plus nécessaire que jamais un règlement politique.
L’offensive dans le Nord-Ouest et l’obstruction par le régime des travaux du comité constitutionnel sont en réalité les deux faces d’une même pièce : la stratégie du régime et de ses alliés vise en réalité à obtenir et à promouvoir une solution exclusivement militaire au conflit. Or, nous le savons tous, seule une solution politique inclusive pourra stabiliser durablement la Syrie et permettre aux réfugiés de retourner chez eux.

Il est plus que jamais urgent de remettre sur les rails véritablement le processus politique en vue de la pleine mise en œuvre de la résolution 2254. Pour cela, la cessation des hostilités à Idlib demeure un préalable indispensable. Travailler en parallèle à la conclusion d’un cessez-le-feu, au lancement des travaux du comité constitutionnel et sur les autres volets de la résolution 2254 est la seule solution. L’Envoyé spécial dispose à cet égard de tout notre soutien.

Enfin, la France, ainsi que ses partenaires européens, se tiendra prête à financer la reconstruction et à lever les sanctions, dès lors qu’un règlement politique sera solidement et irréversiblement engagé. Pas avant. La clé pour sortir de l’impasse actuelle est donc entre les mains du régime et de ses alliés.

Face au drame qui se déroule sous nos yeux à Idlib, il est aujourd’hui essentiel d’unir nos efforts pour conjurer le désastre humanitaire, politique et sécuritaire qui se joue.

Je vous remercie.

Dernière modification : 06/02/2020

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