Syrie : la politisation et l’instrumentalisation de l’aide humanitaire en Syrie sont inacceptables [en]

SYRIE (HUMANITAIRE)

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE, REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 16 septembre 2020

M. le Président,

Je remercie M. Lowcock pour sa présentation.

Ses conclusions sont sans appel : la pandémie de COVID-19 continue de se propager, en particulier dans les zones tenues par le régime mais aussi dans le Nord-Ouest et le Nord-Est. Nous ne pouvons pas nous fier aux chiffres officiels du régime syrien, qui sont bien en-deçà de la réalité. Le taux de contamination du personnel médical et humanitaire est alarmant. Et si les capacités en matière de test sont progressivement renforcées, elles demeurent largement insuffisantes.

Les impacts indirects de cette pandémie sont également très préoccupants : l’insécurité alimentaire s’aggrave jour après jour, accroissant davantage les besoins humanitaires des populations les plus vulnérables.

Dans ce contexte, tout doit être fait pour mettre en place une cessation immédiate des hostilités durable et vérifiable à l’échelle nationale et une pause humanitaire, conformément aux résolutions 2532 et 2254, et à l’appel du Secrétaire général et de son Envoyé spécial. La poursuite de frappes aériennes dans la région d’Idlib constitue un signal inquiétant, tout comme l’instabilité importante au Sud-Ouest et au Nord-Est.

Nous ne le répéterons jamais assez : la protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, ainsi que des infrastructures civiles, doit être une priorité absolue.

La hausse des besoins humanitaires et médicaux rend plus que jamais indispensable la garantie d’un accès humanitaire sûr et sans entraves à l’ensemble des personnes dans le besoin. Nous appelons toutes les parties, en particulier le régime syrien, à respecter leurs obligations dans le cadre du droit international humanitaire. Les lacunes en matière d’acheminement d’aide médicale dans le Nord-Est en particulier sont alarmantes. Nous regrettons l’absence de consensus au sein de ce Conseil pour rouvrir le point d’al Yaroubiyah, ainsi que la fermeture du point de passage de Bab al Salam, qui a pour conséquence un allongement dramatique des trajets des convois humanitaires.

La politisation et l’instrumentalisation de l’aide humanitaire en Syrie sont inacceptables. L’Union européenne et ses Etats membres, qui représentent 70% des engagements pris à la conférence Bruxelles IV, continueront à veiller au plein respect des garanties d’impartialité et de transparence dans l’acheminement de l’aide, et à la mise en œuvre du document « principes et paramètres » en Syrie.

Enfin, tant qu’un processus politique crédible conforme à la résolution 2254 n’est pas fermement engagé, la France tout comme l’Union européenne ne financeront pas la reconstruction. Nos positions sur la levée des sanctions et la normalisation demeurent également inchangées. L’instrumentalisation de la question des sanctions pour masquer la responsabilité du régime syrien dans cette tragédie humanitaire ne trompe personne. Je tiens à rappeler que les sanctions européennes sont ciblées : elles visent des individus et entités qui participent à la répression et profitent des retombées du conflit. Elles prévoient des dispositifs solides pour préserver l’acheminement de l’aide humanitaire et médicale. Il convient de cesser d’instrumentaliser la question des sanctions. Je vous remercie.

Dernière modification : 16/09/2020

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