Syrie : nous devons empêcher à tout prix une reprise des hostilités dans le Nord-Est [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 22 novembre 2019

Madame la Présidente,

Je remercie Geir Pedersen pour sa présence parmi nous à la veille de la seconde session du comité constitutionnel à Genève, ainsi Madame al Hallak pour son intervention.

Il est urgent de faire taire les armes partout en Syrie afin de créer les conditions propices à un règlement politique.

Nous devons empêcher à tout prix une reprise des hostilités dans le Nord-Est. Cela serait catastrophique au plan humanitaire et ne profiterait qu’à Daech au détriment de notre sécurité à tous.

Notre priorité est donc de rester unis dans la lutte contre Daech et de préserver les progrès majeurs obtenus par la Coalition. Cette organisation terroriste représente toujours une menace majeure. Elle conserve des capacités d’actions considérables, comme le voyons avec la recrudescence des attaques asymétriques sur le terrain.
La France se félicite que les membres de la Coalition internationale aient réaffirmé leur détermination à poursuivre leur engagement en Syrie comme en Irak, y compris en maintenant une présence militaire dans le Nord-Est. La France continuera d’assumer toutes ses responsabilités contre Daech.

La forte détérioration de la situation dans le Nord-Ouest depuis fin octobre constitue une autre source de préoccupation. La France condamne la poursuite de frappes indiscriminées par le régime et par ses alliés à Idlib, en violation du droit international humanitaire. Je pense notamment à la frappe du 20 novembre contre un camp de déplacés à proximité de la frontière turque, je pense aussi aux frappes contre les structures médicales, dont certaines financées par l’Union européenne et par la France.

La lutte contre le terrorisme demeure une priorité pour mon pays, mais elle ne saurait se faire au détriment du respect du droit international humanitaire. La protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, ainsi que des infrastructures civiles est une obligation qui s’impose à tous. Nous condamnons par ailleurs la répression par le groupe Hay’at Tahrir al Sham de manifestations pacifiques de civils.

Dans ce contexte, il est nécessaire de réaffirmer la pleine et entière restauration du cessez-le-feu sur Idlib afin de pouvoir unir nos forces contre tous les groupes terroristes listés

Madame la Présidente,

Je tiens à réaffirmer le soutien de la France aux efforts de l’Envoyé spécial en vue d’ un règlement politique conforme à la résolution 2254.

Je le félicite la première réunion du comité constitutionnel qui a constitué une étape positive. Nous espérons que la deuxième réunion du comité de rédaction, ce lundi à Genève permettra des avancées en vue de doter la Syrie d’une nouvelle Constitution.
Pour avancer sur cette voie, il est important que tous les membres du comité, en particulier la délégation du régime, s’engagent de bonne foi dans les discussions sans procrastiner de manière artificielle. Nous resterons vigilants à l’égard de toute manœuvre visant à entraver les discussions et demanderons à l’Envoyé spécial d’en rendre compte à ce Conseil en toute transparence.

Le comité constitutionnel n’est pas une fin en soi et ne représente qu’une première étape. Il est nécessaire d’avancer en parallèle sur la mise en œuvre de l’ensemble des éléments de la résolution 2254, comme l’ont réaffirmé les ministres du Small Group le 14 novembre à Washington. Cela implique de travailler à des mesures de confiance, notamment sur les détenus. Cela implique également de créer un environnement sûr et neutre, indispensable pour la tenue d’élections crédibles sous la supervision des Nations unies auxquelles devront participer tous les Syriens, y compris les réfugiés et les déplacés.

Sans avancée en ce sens, les positions de la France et de l’Union européenne sur la reconstruction et sur les sanctions resteront inchangées. Cela n’empêche nullement ceux qui pensent que les conditions de la reconstruction sont déjà remplies et qui s’impatientent de commencer sans attendre et massivement à financer cette reconstruction et à bâtir ce qu’ils ont eux-mêmes largement contribué à détruire. Il est également illusoire d’envisager le retour digne, sûr et volontaire des réfugiés sans un accord global, comprenant de réelles garanties politiques et de sécurité y compris en garantissant l’accès plein et entier des Nations unies pour observer et accompagner les retours sur le terrain.

Je souhaiterais conclure en réitérant mon appel à tous les acteurs qui ont de l’influence sur le régime à faire pression sur ce dernier pour qu’il s’engage réellement dans le processus politique. Chacun doit prendre sa part pour avancer vers la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 25/11/2019

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