L’ONU doit disposer de moyens accrus pour agir en Afrique de l’Ouest [en]

UNOWAS
Intervention de Mme Anne Gueguen, Représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 8 janvier 2020

Monsieur le Président,

La France félicite le Représentant spécial et l’équipe du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, l’UNOWAS, pour leur action. L’Afrique de l’Ouest est une zone d’importance stratégique pour la France et l’Union européenne. Cette région fait face à de nombreux défis et est une de celles où se joue en grande partie notre avenir commun, qu’il s’agisse de sécurité, de développement économique, de liberté et de démocratie, d’épanouissement des jeunes, de préservation de la nature et aussi de capacité à travailler ensemble.

Des avancées y ont eu lieu dans les années récentes, que ce soit en termes de développement humain ou de démocratie. Plusieurs élections l’année passée ont permis des alternances démocratiques, notamment en Mauritanie, en août, et en Guinée Bissau, en mars et en décembre, ce qu’il faut saluer. En matière de droits de l’Homme, le lancement des travaux de la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations en Gambie est également un progrès majeur.

Pour autant, la région est confrontée à des problèmes importants. Au Sahel, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader, avec des conséquences humanitaires graves, touchant notamment les populations civiles les plus vulnérables et des répercussions sur l’ensemble de la sous-région, notamment au regard de l’augmentation du nombre de déplacements forcés. La France renouvelle son appel à une mobilisation urgente de tous pour aider les pays du G5 Sahel à combattre le terrorisme, endiguer la criminalité organisée et traiter les causes profondes de l’instabilité. Le président de la République française, Emmanuel Macron, se réunira précisément avec les présidents des pays du G5 Sahel et les partenaires multilatéraux, le 13 janvier, à Pau, pour réaffirmer notre engagement collectif et définir une feuille de route commune.

En 2020 et 2021, des élections présidentielles auront lieu dans pas moins de huit pays d’Afrique de l’Ouest. Ces processus peuvent être sources de tensions. Nous encourageons le Représentant spécial à user de ses bons offices de façon active et à passer des messages politiques forts. Il est particulièrement utile que les Nations unies déploient une assistance électorale lorsque les pays la sollicitent.

Monsieur le Président,

Dans la perspective des élections législatives et présidentielles, il nous paraît important que les efforts soient poursuivis en Guinée, où le Représentant spécial s’est rendu fin novembre. Les tensions entre le pouvoir et la rue y demeurent fortes. Plusieurs personnes ont perdu la vie au cours de manifestations l’année passée. Il est essentiel qu’un dialogue approfondi ait lieu entre les responsables politiques pour apaiser les tensions. Les élections législatives du mois prochain sont cruciales pour la suite du processus politique en Guinée et il est important qu’elles se déroulent de manière transparente, crédible et consensuelle.

Monsieur le Président,

Ce Conseil doit renouveler ce mois-ci le mandat de l’UNOWAS. La France soutient le renforcement du Bureau afin de permettre au Représentant spécial de déployer au maximum ses actions de bons offices. En outre, l’ONU dispose de nombreux outils sur place, notamment les agences, les fonds et les programmes, qui doivent travailler dans une même direction et en synergie. C’est pourquoi la France pense qu’il est légitime de doter l’UNOWAS d’un rôle accru de coordination de l’action des Nations unies dans la zone, selon une approche intégrée combinant sécurité et développement. En lien avec cette approche, nous appelons l’UNOWAS à favoriser la mise en œuvre de la stratégie intégrée des Nations unies pour le Sahel, qui doit produire concrètement ses effets en termes de développement. Il est enfin essentiel que l’UNOWAS présente dans ses rapports des analyses des risques pour la sécurité des impacts du changement climatique, ainsi que des recommandations d’actions pour prévenir la réalisation de ces risques.

La priorité octroyée aux pays fragiles et en transition nous paraît pertinente, de même que la poursuite des activités de renforcement des capacités, les partenariats avec les acteurs régionaux et sous régionaux ainsi que la promotion de la bonne gouvernance, de l’État de droit et des droits de l’Homme.

Nous soulignons aussi l’importance de l’engagement de l’UNOWAS sur le bassin du lac Tchad, en lien avec l’UNOCA, et nous soutenons la mobilisation des deux Représentants spéciaux du Secrétaire général sur ce dossier, qui mérite un haut niveau d’attention à l’heure où la situation sécuritaire et humanitaire s’aggrave encore davantage.

Monsieur le Président,

Les activités de l’UNOWAS sont diverses et étendues, à la mesure des défis en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Dans ce contexte et pour conclure, il nous paraît légitime que les Nations unies disposent de moyens accrus pour agir plus efficacement dans la zone.

Je vous remercie.

Dernière modification : 22/01/2020

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