Ukraine : il faut créer une dynamique de confiance [en]

Ukraine
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 16 juillet 2019

Merci Monsieur le président,

Je remercie Mme Rosemary DiCarlo et M. Lamberto Zannier pour leurs présentations sur la situation difficile à laquelle l’Ukraine est confrontée, au travers d’un conflit qui a fait – rappelons-le – plus de 13. 000 morts.

Cette situation n’est pas le résultat de l’adoption le 25 avril dernier de la loi sur « l’usage de l’Ukrainien en tant que langue nationale ». Cette loi ne constitue en aucun cas une menace à la paix et à la sécurité internationales. C’est aux Ukrainiens qu’il revient de faire leurs choix, entre autres, sur la politique linguistique, dans le respect de leurs engagements européens et internationaux. Les élections législatives anticipées qui auront lieu dimanche prochain y contribueront.

Ce sont plutôt les multiples atteintes à la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine depuis 2014 qui constituent une profonde source d’inquiétude et une menace pour la paix et la sécurité internationales. Je souhaite saisir cette occasion pour réaffirmer l’attachement de la France à l’intégrité territoriale, à l’indépendance et à la souveraineté de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues. La France ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas l’annexion illégale de la Crimée. Je réitère aussi la condamnation par la France de la décision de la Russie de faciliter l’octroi de la nationalité russe aux citoyens ukrainiens résidant dans certaines zones des oblasts de Donetsk et de Louhansk. En agissant de la sorte, la Russie porte délibérément atteinte à l’esprit des Accords de Minsk.

Alors que sera commémoré demain le 5ème anniversaire de la tragique destruction du vol MH17, nos pensées vont aux familles et proches des 298 victimes. Elles méritent que la vérité soit établie, que les responsabilités soient identifiées et que la justice soit rendue, conformément à la résolution 2166 de ce Conseil.

La France réitère, par ailleurs, son appel à la libération, comme l’a exigé le Tribunal international du droit de la mer en mai dernier, des 24 marins ukrainiens capturés lors de l’incident naval de novembre dernier en mer Noire dans le détroit de Kertch.

Monsieur le Président, je souhaiterais surtout insister sur deux points :

1/ Tout d’abord, certains développements positifs sont intervenus ces dernières semaines et même ces derniers jours.

Sous l’impulsion du président ukrainien Volodymyr Zelenskiy, les travaux du Groupe de Contact Trilatéral ont pu reprendre dans une atmosphère constructive à partir du 5 juin.

Toujours à l’initiative des nouvelles autorités ukrainiennes, le désengagement de la zone pilote de Stanitsa Louhanska a enfin été mis en œuvre le 30 juin dernier. Il s’agit d’un progrès important sur le plan sécuritaire et qui ouvre la voie à des améliorations des conditions humanitaires.

Je tiens également à saluer la reprise de contacts bilatéraux au plus haut niveau entre l’Ukraine et la Russie, qui s’est concrétisée par un premier échange téléphonique entre le président de l’Ukraine et le président de la Fédération de Russie le 11 juillet dernier.

2/ Il convient désormais de créer, sur la base de ces premiers développements positifs, une dynamique génératrice de la confiance indispensable au règlement du conflit.

Nous avons une responsabilité vis-à-vis des 3,5 millions de personnes qui souffrent au quotidien de ce conflit. C’est pourquoi la France reste, aux côtés de l’Allemagne, fermement engagée au sein du format Normandie. La France a ainsi accueilli le 12 juillet à Paris une réunion des conseillers diplomatiques en format Normandie marquant la reprise de ses travaux. Les échanges constructifs qui s’y sont tenus sont encourageants. Un ensemble de mesures prioritaires à prendre par les parties dans les prochaines semaines a pu être agréé. Il leur appartient désormais d’en assurer la traduction concrète.

Il est notamment nécessaire d’avancer rapidement sur un échange de prisonniers – le précédent remontant à décembre 2017 –, sur un cessez-le-feu véritablement respecté, sur l’amélioration de la situation humanitaire ou encore sur le retrait des armes lourdes ainsi que le déminage. Des élections locales démocratiques permettront, une fois le cadre légal nécessaire élaboré, la mise en œuvre des dispositions de décentralisation prévues par les accords de Minsk.

Monsieur le président, pour conclure, permettez-moi d’en appeler à la vigilance de tous. Pour être encourageants, les récents développements n’en restent pas moins fragiles. La période qui s’ouvre offre une opportunité d’imprimer une nouvelle marque, plus positive et constructive, et de relancer le processus de paix. Il appartient à tous de saisir cette occasion en privilégiant la voie exigeante du dialogue et de la coopération. Les accords de Minsk auront bientôt cinq ans. Il est grand temps de les mettre enfin en œuvre.

Je vous remercie.

Dernière modification : 22/07/2019

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