Ukraine : une sortie de crise relève avant tout de la responsabilité des parties [en]

Ukraine
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 12 février 2019

Monsieur le président,

Je remercie le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques Miroslav Jenča, la sous-secrétaire générale aux Affaires humanitaires, Mme Ursula Mueller, le chef de la mission spéciale d’observation de l’OSCE en Ukraine, l’ambassadeur Ertugrul Apakan, et le représentant spécial de l’OSCE et président du groupe de contact trilatéral, l’ambassadeur Martin Sajdik, pour leurs présentations éclairantes de la crise à laquelle l’Ukraine est confrontée depuis près de cinq ans.

Alors que certains ont tendance à l’oublier, le conflit ukrainien reste aujourd’hui l’un des plus meurtriers sur le continent européen. Quelques chiffres saisissants méritent d’être rappelés. Au total, ce sont 12 800 personnes qui ont trouvé la mort depuis avril 2014 dans le Donbass, dont 3 300 civils. Malgré les engagements à respecter le cessez-le-feu, la situation reste toujours aussi tendue sur la ligne de contact. La mission de l’OSCE recense encore plus de trente victimes pour le seul mois de janvier 2019. N’oublions pas par ailleurs que l’Ukraine est aujourd’hui le troisième terrain le plus miné au monde derrière l’Irak et l’Afghanistan, et que sa dépollution prendra plusieurs dizaines d’années.

Comme l’a rappelé mon collègue et ami allemand, depuis le début des hostilités, la France et l’Allemagne, en lien avec l’OSCE, n’ont ménagé aucun effort dans le cadre du format dit « Normandie » pour rapprocher les parties, faciliter la pleine mise en œuvre des accords de Minsk par ces dernières et contribuer ainsi à la fin de ce conflit.

En vue de parvenir à cet objectif, trois points me paraissent mériter tout particulièrement notre attention :

1/ En premier lieu, beaucoup reste à faire pour mettre en œuvre les engagements pris depuis plusieurs années dans le but d’améliorer les conditions de sécurité. Je citerai notamment le respect du cessez-le-feu bien sûr, mais aussi le retrait des armes lourdes hors de portée de la ligne de contact, le désengagement de trois zones pilotes identifiées par l’accord-cadre de septembre 2016, le déminage - sur lequel aucun progrès significatif n’a été relevé - et enfin la protection des infrastructures civiles sensibles et de leurs travailleurs. Nous regrettons le manque de volonté politique pour mettre en œuvre des engagements qui ont pourtant été pris au plus haut niveau.

Au-delà du Donbass, la France rappelle son inquiétude quant à l’usage illégal de la force militaire par la Russie dans le détroit de Kertch. Les inspections excessives exercées par les garde-côtes russes en mer d’Azov depuis le printemps dernier sont tout aussi préoccupantes. A la suite du grave incident naval survenu en novembre dernier, il est plus que jamais nécessaire que les navires commerciaux comme militaires bénéficient d’un passage sûr, libre et sans entraves, et que les vingt-quatre marins ukrainiens illégalement détenus soient libérés immédiatement et sans condition.

2/ Monsieur le président,

Dans ce contexte de conflit ouvert à l’est de l’Ukraine et de tensions liées à l’annexion illégale de la Crimée, les populations civiles sont en première ligne – ce sera mon deuxième point. L’Ukraine fait face à l’une des plus importantes crises humanitaires de ces 10 dernières années. Au total, comme indiqué par la sous-secrétaire générale, ce sont 3,5 millions de femmes et d’hommes, en particulier les personnes âgées les plus vulnérables, qui dépendent d’une assistance humanitaire, soit près de 10 % de la population.

La France appelle à nouveau les parties à faciliter le franchissement de la ligne de contact par les populations civiles et à leur épargner les souffrances liées à l’attente dans des conditions inhumaines, notamment grâce à l’ouverture de nouveaux points de passage. N’oublions pas que plus de dix personnes sont décédées ces dernières semaines du fait des conditions de passage et d’attente extrêmement éprouvantes de part et d’autre de la ligne de contact. De même, tout doit être mis en œuvre pour garantir un accès sûr et sans entraves des organisations humanitaires et des agences des Nations Unies, en particulier sur le territoire contrôlé par les entités séparatistes.

Le Conseil de sécurité avait appelé le 6 juin dernier, dans une déclaration de la présidence, à développer l’activité des agences des Nations Unies pour répondre de manière adaptée à la crise humanitaire. Nous saluons à ce titre le plan de réponse humanitaire 2019/2020 préparé par le bureau de coordination des affaires humanitaires, ainsi que le lancement prochain d’un fonds de financement commun pour l’Ukraine. Cette initiative va dans le sens d’une plus grande prise de conscience et nous l’appuyons pleinement.

3/ En conclusion – et ce sera mon dernier point –, une sortie de crise relève avant tout de la responsabilité des parties, et notamment de la Russie. Nous les encourageons à sortir des jeux de posture et à mettre en œuvre toutes les obligations découlant des accords de Minsk, dans l’intérêt d’une population civile prise entre les armes lourdes et les mines.

Contrairement à ce que nous avons entendu il y a quelques minutes, le conflit actuel n’est pas le résultat d’un soi-disant « complot occidental ». Il y a bien autour de cette table un pays agresseur et un pays agressé.

La mission de l’OSCE, dont nous saluons le travail remarquable, joue un rôle central pour parvenir à cet objectif d’une sortie de crise. Nous exhortons donc les parties, en particulier les entités séparatistes, à laisser les observateurs circuler librement sur tout le territoire ukrainien jusqu’à la frontière russo-ukrainienne.

Monsieur le Président,

En attendant le retour à une paix durable à laquelle nous nous efforçons sans relâche de contribuer, le peuple ukrainien peut compter sur le plein et entier soutien de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2019

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