Un message central, basé sur l’Accord de paix et la reconciliation au Mali

Conférence de presse à l’occasion de la mission du Conseil de sécurité au Mali et au Burkina Faso
Propos de M. François Delattre, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Bamako, le 23 mars 2019

Au nom de tous les membres du Conseil de sécurité, permettez-moi de commencer par exprimer nos condoléances les plus attristées et notre profonde sympathie aux familles et aux proches des victimes, au gouvernement et à l’ensemble du peuple du Mali après les terribles attaques qui se sont produites tout à l’heure à Ogossagou-Peulh, dans la région de Mopti.

Nous nous sentons particulièrement proches du Mali et de l’ensemble du peuple malien dans cette si douloureuse épreuve. Nous condamnons naturellement dans les termes les plus fermes cette attaque inqualifiable, et tous les amis du Mali – je m’exprime à la fois au nom de la France et du Conseil de sécurité – pleurent avec l’ensemble des Maliens les victimes de ce drame indicible.

Je voudrais également, en introduction de ce propos introductif, adresser mes chaleureux remerciements au Représentant spécial Annadif pour la chaleur et la grande qualité de son accueil, lui redire aussi dans ces épreuves combien nous sommes avec lui, à ses côtés, et aux côtés bien sûr du Mali et du peuple malien.

Mesdames, Messieurs, nous avons, lors de cette visite particulièrement dense à Bamako, et avant notre mission demain à Ouagadougou, veillé à rencontrer l’ensemble des acteurs maliens, le président de la République, le Premier ministre et les membres du gouvernement, les membres de l’opposition, la société civile à travers notamment les associations de femmes. Nous avons participé également à une réunion du Comité de suivi de l’accord (CSA), qui était particulièrement importante, associant le gouvernement, la Coordination, la Plateforme et les membres de la médiation internationale. Nous avons eu par ailleurs des rencontres avec les différentes présences de sécurité au Mali et au Sahel mentionnées par la résolution 2423, qui ont été particulièrement utiles - naturellement le programme de notre visite est à votre disposition.

Quel est le contexte de cette visite ? Sur l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, notre objectif premier était de faire le point sur l’état de sa mise en œuvre, s’agissant notamment des mesures prioritaires telles qu’identifiées dans le dernier mandat de la MINUSMA. Cela six mois après le début du second mandat du Président Keita et trois mois avant le renouvellement du mandat de la MINUSMA. Nous sommes par ailleurs à quelques jours d’une réunion ministérielle importante du Conseil de sécurité, qui se tiendra le 29 mars à New York, sous la présidence de notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et qui sera précisément l’occasion de prendre des orientations ou décisions importantes sur l’avenir de l’accompagnement international du processus de paix malien et sur le futur de la MINUSMA.

Cette visite du Conseil de sécurité se situe donc au cœur d’une séquence particulièrement dense, avec un message central de notre part, que nous avons décliné auprès de nos différents interlocuteurs : l’importance de donner un nouvel élan à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, et la nécessité d’accélérer les différents volets de cette mise en œuvre.

Nous avons dans ce cadre, avec mes collègues du Conseil de sécurité, salué les progrès importants qui ont été réalisés depuis le renouvellement du mandat de la MINUSMA en juin dernier. Nous avons mentionné notamment la tenue de l’élection présidentielle bien sûr, dans des conditions pacifiques et avec le soutien des groupes dans le Nord, la poursuite du processus de décentralisation, le lancement d’un processus de DDR (désarmement, démobilisation, réintégration) ou encore l’adoption d’un décret sur les critères d’intégration. Nous avons également salué le fait que ces premières avancées, ce début de dynamique résultent de l’engagement renouvelé des parties maliennes en faveur de la mise en œuvre de l’accord, au lendemain de la signature du pacte pour la paix, résultent de la mobilisation quotidienne de ces différents acteurs, à commencer par le Premier ministre, le ministre Bouaré mais aussi tous les autres acteurs concernés. Ces progrès résultent aussi de la mise en place d’un cadre international d’accompagnement du processus de paix, articulé autour de différents outils parmi lesquels la résolution 2423, qui établit des benchmarks très clairs, la création de l’observateur indépendant ou encore le régime de sanctions.

Nous avons également, au nom du Conseil de sécurité, marqué les attentes fortes qui sont celles de la communauté internationale, près de quatre ans après la signature des accords d’Alger. Je relève d’ailleurs que c’est la quatrième mission du Conseil de sécurité au Mali depuis 2013 – et pour ce qui me concerne, c’est la troisième fois que j’ai le privilège de me rendre dans ce pays. Le Conseil a clairement exprimé, lors du dernier renouvellement du mandat de la MINUSMA, qu’il ne concevait la poursuite de l’engagement exceptionnel de la communauté internationale dont bénéficie le Mali que dans le cadre d’une réelle dynamique dans la mise en œuvre de l’accord de paix. De ce point de vue, nous avons regretté au cours de nos différents échanges, amicaux toujours, que plusieurs des mesures prioritaires identifiées dans la résolution 2423 n’aient pu être mises en œuvre avant l’échéance de mars. Je pense notamment à l’intégration effective de 1000 combattants au sein des FAMAs, à l’opérationnalisation des autorités intérimaires ou encore à l’établissement d’une zone de développement spécifique pour le Nord. C’est l’objet de notre appel à un nouvel élan, à une accélération dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

Il existe à nos yeux, c’est un message que nous avons passé ensemble aujourd’hui, un besoin de priorisation de la mise en œuvre des principales dispositions de l’accord. Les principaux points sur lesquels des avancées sont attendues de manière urgente sont – il y en a plusieurs naturellement mais pour en mentionner deux d’entre eux – le processus de révision constitutionnelle, après la tenue naturellement des consultations indispensables, et la définition d’un plan global, assorti d’échéances précises, pour le redéploiement des FAMAs reconstituées au nord du Mali.

Bref, nous avons bien un début de dynamique positive qui doit s’inscrire dans la durée et aborder les questions de fond que sont la décentralisation, la mise en place d’une armée reconstituée et le développement notamment du nord du pays.

La MINUSMA, je tiens à le souligner en rendant à nouveau hommage au Représentant spécial Annadif et à ses équipes, est un élément clef du dispositif international au Mali, qui est complémentaire de l’action de nos forces déployées dans le cadre de l’opération Barkhane, mais aussi des efforts des pays de la région dans le cadre de la force conjointe du G5 Sahel, ou encore du travail réalisé par les missions européennes EUTM Mali et EUCAP Sahel. J’y reviendrai dans un moment.

Je voudrais souligner combien la réunion du CSA de ce matin a été utile. Elle nous a permis d’avoir un échange de grande qualité, de rappeler aussi les fortes attentes qui sont celles de la communauté internationale à l’égard des parties maliennes. Elle nous a permis également de constater, comme l’ensemble des réunions que nous avons eues, la forte volonté commune du gouvernement comme des groupes à avancer très rapidement dans la mise en œuvre des mesures attendues. Cette détermination commune m’a frappé et a frappé, je le crois, l’ensemble de nos collègues. Il est essentiel de la transformer en actes. Et dans ce cadre, j’ai proposé au nom du Conseil de sécurité, lors de cette réunion du CSA, la présentation dès que possible d’une nouvelle feuille de route, réaliste, contraignante et centrée sur un nombre de priorités limitées pour nous permettre d’aller de l’avant.

Enfin, nous avons insisté avec nos collègues sur le fait que la communauté internationale, à travers le Conseil de sécurité, est aux côtés du Mali, aux côtés de tous les Maliens et je le dis avec plus de force encore en ce jour de grande tristesse pour tous les Maliens.

Je voudrais également dire un mot sur le G5 Sahel car l’autre objectif de notre mission est de faire le point sur l’opérationnalisation de la force conjointe et de discuter des moyens de renforcer l’efficacité des outils mis en place par le Conseil pour soutenir cette force. Nous sortons d’un échange de très grande qualité avec le commandant de la force conjointe du G5 Sahel, avec le Secrétaire permanent du G5, notre ami Maman Sidikou, ainsi que les ministres des Affaires étrangères du Mali et du Burkina Faso, parmi d’autres participants. Nous avons à cette occasion salué la relance récente des opérations de la force conjointe du G5 Sahel, nous avons salué les progrès réalisés dans la mise en place du cadre de conformité en matière de droits de l’Homme et de la composante de police - ce sont des éléments importants et de bonnes nouvelles. Dans le même esprit, le Conseil de sécurité a renouvelé son intention, déjà exprimée, de rediscuter du soutien international à la force une fois que celle-ci serait pleinement opérationnelle et que les premiers résultats seraient obtenus ; nous y sommes aujourd’hui.

Sur la base des indications qui nous ont été formulées à l’instant par le commandant de la force du G5 Sahel et par le Représentant spécial, nous souhaitons examiner, en lien avec les autres membres du Conseil de sécurité et dans le cadre de la démarche très coopérative qui a été menée jusqu’ici, une adaptation de l’accord technique pour le rendre plus adapté aux besoins. En un mot, il s’agit de garder cet accord technique, qui est un outil de qualité, et de s’assurer que ses modalités sont mieux adaptées encore aux réalités du terrain et à l’évolution de la menace. Là aussi, le calendrier nous sert puisque nous aurons dans quelques jours, le 28 mars, une réunion ministérielle qui se tiendra à New York sur la force conjointe, qui sera l’occasion à la fois de poursuivre cette discussion et de préparer le rapport du Secrétaire général des Nations Unies ainsi que le briefing du Conseil sur la force conjointe qui sont prévus en mai. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sera à New York pour présider cette réunion importante.

[Question sur le Centre]

La situation au Centre, a fortiori après les attaques de ce matin, a naturellement été au cœur de nos discussions avec l’ensemble des acteurs rencontrés, y compris avec les représentants de la société civile.

Nous nous sommes tous accordés sur l’impérieuse nécessité de tout faire pour briser l’engrenage terrible de violence que connaît la région du Centre depuis plusieurs mois maintenant, avec ses conséquences tragiques pour les populations locales.

Comme vous le savez, la résolution 2423 adoptée en juin dernier a mis l’accent sur la question du Centre et encouragé la MINUSMA à y poursuivre sa mission de protection des civils, à travers notamment son soutien aux actions de stabilisation et de médiation locales. La Mission se mobilise pour accompagner les efforts du gouvernement en ce sens, qui demeurent le premier niveau de réponse à la dégradation de la situation que nous observons ces derniers semaines. Il est déterminant que cette réponse s’appuie tant sur le volet de la sécurité que de celui du développement ou du retour des services sociaux de base. Nous y travaillons tous dans un esprit de partenariat, en soutien aux efforts des autorités maliennes.

Il est enfin essentiel que tout soit fait pour que les auteurs de ces crimes abjects ne restent pas impunis./.

Dernière modification : 25/03/2019

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