Un monde en état d’urgence climatique, c’est un monde en danger [en]

CLIMAT ET SECURITE

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 24 juillet 2020

Monsieur le Président,

Je tiens tout d’abord à saluer l’action de l’Allemagne qui a fait des liens entre le changement climatique et la sécurité une des priorités de son mandat au Conseil de sécurité.

Je tiens également à saluer M. Jenca pour sa présentation, et celles des intervenants qui l’ont suivi.

A l’heure où la réponse à la crise sanitaire mondiale du COVID-19 mobilise toute l’attention, il importe de rappeler les menaces pour la sécurité internationales liées aux risques environnementaux, et, en particulier, au changement climatique, et de renforcer notre action collective à ce sujet.

Car un monde en état d’urgence climatique, comme le nôtre, c’est un monde en danger, exposé à des risques sécuritaires accrus et des menaces nouvelles.

C’est pour anticiper, prévenir et limiter ces effets que la communauté internationale doit agir.

Dans ce cadre, je voudrais vous faire part de trois convictions :

La première c’est que les répercussions sur la sécurité internationale du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité doivent impérativement devenir un élément clef de l’agenda de prévention et de règlement des conflits.

La seconde c’est qu’une analyse rigoureuse et régulière de ces risques est nécessaire et d’intérêt public ; les Nations Unies doivent jouer un rôle pivot à cet égard.

La troisième conviction c’est que cette analyse des risques doit s’accompagner de mesures de prévention qui seraient mises en œuvre par les gouvernements nationaux, les organisations régionales, les partenaires de développement et les agences des Nations Unies.

Forte de ces convictions, la France souhaite travailler avec tous les Etats membres sur plusieurs propositions qu’elle a partagées, dont deux principales :

La première vise à nous doter d’un outil collectif d’analyse et d’alerte précoce des impacts du changement climatique sur la paix et la sécurité internationales. Les données et les outils d’analyse existent. Mais ils sont dispersés entre les Etats, au sein même des Nations Unies et entre ses différentes agences, dans des think-tanks. Il s’agit de les rassembler en un point central et de leur donner un véritable écho. Ce qui manque en effet c’est un lanceur d’alerte, comme le GIEC le fait pour les changements climatiques. La France souhaite donc que le Secrétaire général joue ce rôle en présentant tous les deux ans à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité un rapport qui fasse un état des lieux des risques pour la paix et la sécurité que font peser les impacts des changements climatiques, dans toutes les régions du monde, et à différents horizons de temps.

C’est ainsi que nous pourrons mettre en place des réponses vraiment adéquates aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur le Sahel, sur certaines régions d’Asie ou sur les Etats insulaires.

C’est également la seule façon d’anticiper les menaces de demain pour aider les pays les plus vulnérables à faire face aux pressions auxquelles ils seront confrontés dans les décennies à venir

La deuxième proposition porte sur le rôle des Nations Unies dans l’élaboration de recommandations d’actions concrètes.

Face à ces risques pour la paix et la sécurité, nous devons en effet mobiliser une large palette d’outils et renforcer les capacités du Secrétariat, en termes d’expertise et de coordination climatique. Dans certains cas, comme après un événement climatique extrême, il faudra des mesures d’urgence humanitaire, pour sauver des vies, assurer la sécurité, mais aussi fournir des moyens de reconstruction. Dans d’autres cas, il faudra aider des communautés à s’adapter face à la montée inéluctable des eaux et à la dégradation des sols. Parfois, il faudra anticiper en dotant les petits producteurs de mécanismes d’assurance qui leur permettront de redémarrer une activité économique rapidement après un désastre climatique plutôt que de devoir migrer vers d’autres zones.

Dans ce cadre, l’action du mécanisme climat et sécurité est précieuse mais elle doit être renforcée, notamment avec la nomination d’un Envoyé Spécial pour la sécurité climatique.

Dans tous les cas, les Nations Unies doivent jouer un rôle important dans l’élaboration de ces recommandations, puis dans la coordination des efforts qui devront être mis en œuvre en priorité par les gouvernements nationaux, les organisations régionales et les partenaires internationaux.

Face à ces risques certains, nous ne pouvons pas nous réfugier dans le déni ou la désinformation. Nous devons anticiper et répondre à ces risques et prévenir des conflits.

Nous devons agir maintenant, c’est le rôle des Nations Unies et de ce Conseil et c’est l’engagement de la France. C’est pourquoi nous soutenons l’idée d’une résolution devant l’Assemblée générale visant à mettre en œuvre les propositions formulées aujourd’hui.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/07/2020

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