Un règlement politique à la crise syrienne ne se résume pas à une discussion constitutionnelle. [en]

Syrie – situation politique
Intervention de Mme Anne Gueguen
Représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations Unies
au Conseil de securité
New York, le 19 août 2020

Je remercie Geir Pedersen pour sa présentation et je réitère le plein soutien de la France à son action. Je le prie également de transmettre à Mme Khawla Matar mes vœux de prompt et complet rétablissement.

Je souhaiterais aborder quatre points.

Tout d’abord un mot sur le comité constitutionnel, puisque son comité de rédaction se réunit la semaine prochaine. Il est positif que cette réunion se tienne enfin. Nous appelons les parties à y participer de bonne foi, sans conditions et sans chercher à multiplier les manœuvres dilatoires.

La France souhaite que les travaux sur la nouvelle constitution que prévoit la résolution 2254 avancent réellement : nous appelons en particulier ceux qui parrainent le régime dans ces discussions à intensifier leurs efforts. Nous soutenons sans réserve l’Envoyé spécial dans ce processus. Et nous l’encourageons à poursuivre en parallèle ses discussions avec le conseil consultatif des femmes (Women advisory board – WAB) afin de permettre la participation effective des femmes, comme l’indique la résolution 2254.

Malheureusement, nous avons toutes les raisons d’être pessimistes concernant les discussions à venir. Le simulacre d’élections législatives du mois dernier montre que le régime s’enferme dans sa logique dictatoriale et suit son propre calendrier, au mépris de ce que prévoit la résolution 2254. L’absence de progrès sur la question des personnes détenues et disparues est un autre signal négatif. Comment croire à la bonne foi du régime quand il refuse de permettre à des personnes innocentes de retrouver leurs familles ?

Deuxièmement, je voudrais rappeler qu’un règlement politique à la crise syrienne ne se résume pas à une discussion constitutionnelle. Il est donc crucial que l’Envoyé spécial s’investisse sur tous les volets de la crise comme le prévoit la résolution 2254.

Je pense, en particulier, au cessez-le-feu. La trêve conclue au Nord-Ouest il y a quelques mois est fragile : les affrontements violents se poursuivent. Un accord de cessez-le-feu durable et vérifiable, sous l’égide des Nations unies, est indispensable pour permettre à la fois la reprise sereine du processus politique et le bon acheminement de l’aide humanitaire qui connaît des restrictions critiques depuis la fermeture du point de passage frontalier de Bab el-Salam. Je rappelle que ce Conseil a adopté la résolution 2532 appelant à la cessation des hostilités dans tous les pays qui figurent à son agenda, en écho à l’appel du Secrétaire général [des Nations unies] pour un cessez-le-feu global.

L’instabilité et la violence continuent de prévaloir, y compris dans les territoires repris par le régime, avec des assassinats, des enlèvements, des troubles, dont les civils sont les premières victimes. Nous rappelons à cet égard que la France continue d’apporter son plein soutien à la lutte contre l’impunité, y compris à travers les mécanismes internationaux. Les crimes commis en Syrie ne peuvent rester impunis.

Nous sommes donc encore loin de l’environnement sûr et neutre nécessaire à la transition politique et à l’organisation d’élections libres et transparentes sous la supervision des Nations unies, auxquelles participeraient tous les Syriens, y compris les réfugiés et les déplacés. Nous encourageons l’Envoyé spécial à continuer d’y œuvrer : il a un plein mandat pour, notamment, travailler sur les conditions pratiques de tenue de ces élections, même si celles-ci doivent avoir lieu après les travaux du comité constitutionnel.

Troisièmement, j’aimerais dire un mot sur la situation de la population syrienne qui est la première victime de la guerre et de la mauvaise gestion d’un régime corrompu. Elle doit aujourd’hui faire face à la pandémie de COVID-19 qui connaît une recrudescence majeure en Syrie et s’ajoute à la catastrophe humanitaire à laquelle sont confrontés les Syriens et les Syriennes. Alors que les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter et qu’une grande partie de la population reste forcée de vivre en exil, je veux rappeler que la France et ses partenaires de l’Union européenne se tiennent résolument aux côtés du peuple syrien, comme en témoignent les engagements pris lors de la conférence de Bruxelles IV.

Enfin, je souhaite conclure en disant que nos positions sur la levée des sanctions, la reconstruction et la normalisation demeurent inchangées. Notre détermination à contribuer à trouver une solution politique à la crise syrienne est, elle aussi, intacte.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/08/2020

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