Vers la réconciliation et le développement régional dans la région des Grands Lacs [en]

Région des Grands Lacs
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 3 octobre 2019

Merci Monsieur le Président.

Je tiens tout d’abord à remercier beaucoup Monsieur Huan Xia pour sa présentation.

La région des Grands Lacs connaît en effet une dynamique nouvelle depuis plusieurs mois, sous l’impulsion du président Tshisekedi, mais avec l’appui du président Lourenço et l’engagement des présidents Museveni et Kagame. Cette volonté de réduire l’insécurité a d’ores et déjà permis des progrès appréciables. Les sommets de Kinshasa le 31 mai et de Luanda les 12 juillet et 21 août ont abouti à la signature d’un mémorandum entre le Rwanda et l’Ouganda destiné à faciliter leurs relations politiques et économiques. La décision du sommet de la SADC de renforcer la concertation de cette organisation avec la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) s’inscrit également dans cet élan.

Mais la situation dans la région reste malheureusement trop souvent marquée par les tensions et l’insécurité, en hausse ces derniers mois dans l’Est de la RDC. Elle se caractérise aussi par la détérioration de la situation humanitaire et les déplacements forcés de populations. Les groupes armés étrangers et diverses milices mènent des activités illicites, voir criminelles, en violation des droits les plus fondamentaux. Nous saluons les efforts constants de la MONUSCO dans l’Est de la RDC qui est confrontée quotidiennement à cette situation. Pour faire face à ces défis, je tiens à saluer les annonces faites par le Président Tshisekedi, dans le domaine de la lutte contre l’impunité, de l’amélioration des capacités des FARDC et de la gestion des ressources naturelles. J’espère que ces annonces pourront être concrétisées prochainement et j’encourage les pays voisins à suivre et mettre en œuvre des initiatives similaires.

Le développement des relations de bon voisinage, le renforcement de la coopération frontalière sont indispensables pour réussir à atteindre l’objectif commun de pacification de l’Est de la RDC.

Il est essentiel de traiter simultanément les causes profondes de l’instabilité régionale. Tout d’abord en mettant fin aux trafics et aux activités de ceux qui les financent et développer les opportunités économiques pour une exploitation légale et bénéfique à tous des ressources naturelles en vue d’un développement véritable de la région. Ensuite, en encourageant un processus de réconciliation entre communautés, afin que chacune et chacun puisse jouir de ses droits civils et politiques, ainsi que les opportunités économiques, notamment l’accès juste à la terre. En soutenant la lutte contre l’impunité et le respect des droits de l’Homme, ainsi que Monsieur Huan Xia l’a dit, ainsi que la préservation d’un accès humanitaire complet pour assurer une assistance aux personnes les plus vulnérables. En s’attaquant au règlement des conflits fonciers pour permettre la cohabitation harmonieuse des différentes communautés. En mettant en œuvre des processus de désarmement-démobilisation-réinsertion des groupes armés, afin de permettre la réinsertion effective des combattants démobilisés dans leur pays ou dans leurs communautés. De tels mécanismes ont commencé à être mis en place pour les FDLR et le M23. Des progrès ont été faits, la France les salue. Ils doivent être menés à leur terme. En Ituri, le processus a débuté avec le groupe congolais FRPI. C’est encourageant et le processus doit être poursuivi rapidement pour éviter toute rechute dans le conflit. Le temps joue contre nous. Dans d’autres cas, cela passera par une combinaison d’action militaires et de police déterminées d’incitation à la démobilisation et de coopération entre pays de la région. La remise de rebelles rwandais par les autorités burundaises aux autorités de Kigali en avril en est une illustration.

Il nous faut enfin apporter une réponse déterminée à la crise humanitaire et sanitaire qui touche des centaines de milliers de personnes dans la région, en raison des conflits et des épidémies d’Ebola, de paludisme, de rougeole et de cholera. La France appelle à cet égard l’ensemble des partenaires internationaux à se mobiliser pour y répondre. Seulement 30% des fonds nécessaires au plan de réponse humanitaire pour la RDC ont été fournis. C’est largement insuffisant.

Sur tous ces aspects, l’Envoyé spécial du Secrétaire général a un rôle crucial à jouer par son appui à la mise en œuvre de l’accord-cadre et au suivi des engagements. La France lui réitère son plein soutien et réaffirme également sa solidarité avec la région des Grands Lacs et son appui à la réconciliation et au développement régional. Elle restera fidèle à l’engagement pris en 2013. Nous avons un objectif commun : contribuer à forger la stabilité régionale à long terme. Nous sommes prêts à travailler avec la région pour surmonter les défis actuels.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 03/10/2019

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