Une pleine participation des femmes permet de construire une société plus juste [en]

Réunion du Conseil de sécurité en format Arria sur l’agenda « femmes, paix et sécurité » portant sur les inégalités de participation des femmes aux processus de paix et aux processus politiques
Intervention de Mme Marlène Schiappa, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations
13 mars 2019

Chers collègues,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse de vous accueillir toutes et tous ce matin afin d’échanger sur les inégalités entre femmes et hommes s’agissant de la participation aux processus politiques.

Nous aurons avec nous cinq éminentes intervenantes dans le panel, qui brieferont le Conseil de sécurité et apporteront leurs témoignages, indispensables pour renforcer la participation des femmes dans les processus de paix :

- Madame Asa Regner, Directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes
- Madame Pramila Patten, Représentante spéciale du SGNU chargée des violences sexuelles en période de conflit

Et je tiens à leur réitérer le plein soutien de la France et de nos autorités.

- Madame Fatima Maïga, Coalition des femmes maliennes pour l’agenda Femmes, Paix et Sécurité
- Madame Delphine Djiraïbe, Public Interest Law Center (PILC)
- Madame Bineta Diop, Envoyée spéciale de l’Union africaine pour l’agenda “femmes, paix et sécurité” et présidente de Femmes Africa solidarité

qui défendent les droits des femmes maliennes et tchadiennes sur le terrain.

Avant de les écouter avec attention, je prononcerai d’abord quelques propos introductifs en ma capacité nationale.

Je tiens tout d’abord à remercier les neuf membres du Conseil qui ont accepté de co-parrainer cette réunion : l’Afrique du Sud, la Belgique, la Côte d’Ivoire, les Etats-Unis, la Guinée Equatoriale, l’Indonésie, le Koweït, la Pologne, le Pérou, la République Dominicaine et le Royaume-Uni, portant à onze le nombre de soutiens à cette initiative.

Je remercie aussi mes collègues ministres qui sont présents aujourd’hui.

Si la France a décidé d’organiser, conjointement avec l’Allemagne, cette réunion en format Arria sur les inégalités entre les femmes et les hommes dans la participation aux processus politiques, c’est parce qu’il existe encore un fossé béant entre la situation actuelle et un monde dans lequel les femmes participeraient pleinement, réellement et à tous les niveaux, aux processus de paix et à la vie politique.

Les chiffres sont aussi frappants qu’inquiétants : seules 2% des médiateurs, 5% des témoins et signataires d’accords de paix et 8% des négociateurs étaient des femmes entre 1990 et 2017, alors que les femmes représentent plus de la moitié de la population mondiale, soit 52%. Comme je l’ai dit lundi, 50% c’est déjà un compromis. Pire, la tendance est à la baisse depuis le début des années 2010. Il faut donc agir. Et ce Conseil a un rôle crucial à jouer.

Je rappellerai trois constats.

1/ La participation des femmes aux processus de paix accroît la longévité de ces derniers.

2/ Elle constitue aussi la meilleure garantie pour le respect futur de leurs droits fondamentaux et l’élimination des violences envers les femmes et les filles.

Selon les données collectées dans plus de 40 pays, il existe par exemple une corrélation positive entre le pourcentage de femmes dans les forces de police et le nombre de plaintes pour violences sexuelles. Au Libéria, les patrouilles d’unités de police féminines de la MINUL ont concrètement participé à réduire le nombre d’actes de violences sexuelles basées sur le genre.

3/ Une pleine et entière participation des femmes, significative, sur un pied d’égalité avec les hommes, permet de construire une société plus juste et plus égalitaire dans son ensemble.
Le rôle des femmes dans nos sociétés, et particulièrement dans les pays qui font face à des conflits, ne doit pas être limité au rôle de victimes. Elles sont aussi actrices du changement dans leurs pays. Comme ce fut le cas en Tunisie, par exemple. Et elles jouent un rôle clé pour la reconstruction dans tous les secteurs, que ces secteurs soient politiques, économiques, sociaux ou même culturels.

Alors que pouvons-nous faire pour améliorer la participation des femmes aux processus de paix ?

Nous avons besoin d’une réponse complète, holistique, qui permette à la fois de faire tomber les premières barrières et de traiter les causes profondes qui conduisent à l’exclusion des femmes

Il faut lutter contre la perpétuation des stéréotypes sur le rôle des femmes dans les sociétés. Qu’elles relèvent de structures patriarcales des sociétés, d’une absence de compréhension des enjeux qui sont liés au rôle des femmes dans les conflits ou d’un manque de volonté politique, elles conduisent aux mêmes résultats : la participation des femmes se heurte à l’absence de volonté ou la négligence des parties belligérantes de prendre en compte leur situation et leurs demandes. Nous avons donc le devoir d’agir : aux niveaux local, national, international.

Le Conseil de sécurité doit continuer à tout faire pour mettre en œuvre l’agenda « femmes, paix et sécurité » et inclure la participation des femmes dans son travail quotidien : par exemple, ce mois-ci, la présidence française du Conseil de sécurité a invité des représentantes de la société civile aux réunions sur l’Afghanistan et sur le Soudan du Sud ; c’est aussi le cas dans ses résolutions et ses déclarations présidentielles et nous pouvons atteindre 100% des textes du Conseil qui intégreraient des dispositions relatives à l’agenda. J’entends parfois qu’il faut que cela soit pertinent. Je serais bien curieuse de savoir dans quel cas cela ne serait pas pertinent !

Il faut surtout, désormais, une concrétisation de ces dispositions sur le terrain.

Les trois niveaux d’action que j’ai décrits sont particulièrement pertinents au Sahel, qui est confronté à plusieurs défis :

• extrême pauvreté et famine ;

• terrorisme – qui, faut-il le rappeler, cible particulièrement les femmes, très majoritairement les premières victimes de violences sexuelles. Je tiens d’ailleurs à saluer, à ce propos, les progrès réalisés avec la signature d’un communiqué conjoint entre l’ONU, représentée par Pramila Patten, et le gouvernement du Mali. C’est un élément très positif et très encourageant.

• risque climatique – avec une répercussion directe sur les droits des femmes, en particulier en ce qui concerne leur accès à l’eau et à l’assainissement

Une action coordonnée est donc absolument nécessaire pour garantir la participation significative des femmes dans tous les domaines.

C’est la raison pour laquelle le Président de la République française, Emmanuel Macron, a décidé d’allouer 120 millions d’euros de notre aide publique au développement aux projets qui permettront de changer la vie des femmes. Dans le cadre du G7, la France a engagé un partenariat avec la Mauritanie sur l’agenda « Femmes, paix et sécurité ». Nous allons aussi soutenir les initiatives favorisant l’entrepreneuriat féminin et la participation des femmes aux forces de sécurité.

Dans cet esprit, il faut aussi renforcer notre action collective pour l’éducation, en particulier pour les petites filles, et la formation, y compris professionnelle. Ces deux axes sont fondamentaux pour la participation politique, économique et sociale des femmes. C’est dans cet état d’esprit que la France a signé une convention avec le Niger pour verser 15 millions d’euros au nouveau « Fonds sectoriel éducation » piloté par le premier ministre. Ce fonds a un rôle essentiel pour faire avancer la scolarisation des filles.

Le rôle des hommes et des garçons est essentiel pour accompagner ce changement. Chimamanda Ngozi Adichie a écrit dans son manifeste pour une éducation féministe : « faites-le ensemble ». La paix, c’est aussi la paix entre les genres.

Nous devons lutter à tous les niveaux contre le mansplaining : les femmes ont une expertise qui doit être mise en avant et pleinement intégrée dans les processus de prise de décision.

A l’occasion de sa visite au Tchad en décembre, le Président Emmanuel Macron a rappelé le rôle essentiel des femmes dans le développement de la région en rencontrant cent femmes tchadiennes entrepreneures et en proposant le projet d’une Banque de l’entrepreneuriat féminin. Cette action est doublée d’un soutien à un projet de relèvement socio-économique d’appui à la sécurité alimentaire et à la résilience communautaire pour les ménages hôtes, retournés et déplacés affectés par la crise Boko Haram au Lac Tchad : l’objectif recherché est notamment de permettre aux femmes de gagner en autonomie et de devenir cheffes dans leurs communautés. Enfin, la France soutient la formation de femmes s’engageant au sein des forces armées et de sécurité : en 2018, elle a soutenu la formation de 21% de stagiaires féminins à l’Ecole des personnels paramédicaux des Armées de Niamey et celles de femmes inscrites dans les cursus d’Ecoles nationales à vocation régionale au Burkina Faso ou encore au Mali.

Vous pouvez compter sur la France pour rester pleinement mobilisée pour la mise en œuvre complète de l’agenda « femmes, paix et sécurité » et pour le promouvoir avec une approche complète, dans le cadre du G7 et, bien entendu, au Conseil de sécurité, sous l’égide de l’Ambassadeur François Delattre, et en vue du 20ème anniversaire de l’agenda, en 2020.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 14/03/2019

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