Une révolution est en cours pour promouvoir le rôle des femmes et la parité [en]

Les femmes dans les opérations de maintien de la paix
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 11 avril 2019

Madame la Présidente,

C’est un honneur de vous avoir parmi nous en tant que Ministre allemande de la Défense et présidente en exercice du Conseil de Sécurité. Dans le cadre de leur présidences jumelées du Conseil, la France et l’Allemagne ont fait de l’agenda « Femmes, Paix et sécurité » une priorité de premier plan, qu’illustre notre débat d’aujourd’hui sous votre présidence, et nous vous en sommes particulièrement reconnaissants.

Je souhaite également remercier le Secrétaire général des Nations unies, la Générale Kristin Lund et Madame Merekaje Lorna Nanjia pour leurs exposés particulièrement éclairants et pour leur engagement en faveur de l’agenda « femmes, paix et sécurité », qui sont pour nous une source d’inspiration.

Je souhaite aussi réitérer notre plein soutien au Secrétaire général et à ses équipes pour l’ambitieuse et efficace stratégie qu’il a mise en place afin d’atteindre la parité au sein des Nations unies.

Je m’associe également aux déclarations qui seront prononcées par le représentant de l’Union européenne et par le Canada au nom du Groupe des amis de l’agenda « femmes, paix et sécurité ».

Madame la présidente, le Conseil doit redoubler d’efforts pour mieux intégrer encore l’agenda « femmes, paix et sécurité » dans les opérations de maintien de la paix. Des progrès important ont été effectués, mais il faut aller plus loin pour mettre réellement cet agenda au cœur des opérations de maintien de la paix.

Dans les mandats, cette intégration recouvre plusieurs réalités : de la prévention et la protection contre les violences sexuelles en temps de conflits à la participation des femmes aux processus politiques. Il faut continuer de promouvoir cette approche globale, en garantissant notamment le déploiement de conseillers genre et de conseillers pour la protection des femmes - et nous le savons tous, c’est un combat de tous les jours ici au Conseil comme en cinquième commission.

Le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, a eu l’occasion de le rappeler lors de la ministérielle maintien de la paix du 29 mars dernier : les casques bleus s’engagent dans des situations dans lesquelles aucune nation n’est prête à s’engager seule. Nous devons donc nous assurer que la formation et l’appui logistique nécessaires sont donnés à ces hommes - mais aussi et de plus en plus à ces femmes - qui s’engagent pour la paix.

Madame la présidente, la participation accrue des femmes aux opérations de maintien de la paix est naturellement une condition essentielle du succès de notre agenda, mais aussi du succès des OMP elles-mêmes.

Comme cela est parfaitement documenté, une participation accrue des femmes contribue en effet directement au renforcement de l’efficacité des opérations. C’est vrai dans tous les domaines, sur l’ensemble du spectre, et la valeur ajoutée est particulièrement forte pour des actions comme l’accès aux communautés locales ou encore l’accès des victimes aux soins et à la justice, pour n’en prendre que ces deux exemples parmi beaucoup d’autres.

Plus largement, aucun poste ne doit être réservé aux hommes.

Des progrès ont été obtenus mais ils restent insuffisants et il faut le dire. On dénombre encore 27 contingents sans femmes, contre 49 l’année précédente. Les femmes représentent 5% des troupes et 8% des contingents de police, loin encore des objectifs fixés par ce Conseil.

Il revient en premier lieu aux Etats contributeurs de troupes d’assumer pleinement cette responsabilité.
Le taux de féminisation des contingents français dans les opérations de maintien de la paix était de 5,5% en 2018, soit un taux déjà supérieur à la cible 2019 de l’ONU fixée à 5.25%. En février dernier, le taux était de 8,4%. Les progrès sont importants donc, mais bien sûr beaucoup reste à faire - et nous sommes les premiers à le dire, y compris pour nous-mêmes. Il faut notamment accroître le nombre de femmes nommées aux postes d’officiers d’Etat-major.

Pour que les Etats assument cette responsabilité, et comme vous l’avez dit madame la Présidente, ils doivent conduire un réel changement de paradigme dans leurs armées nationales. C’est ce que fait résolument la France, avec ambition et volontarisme. L’armée française est en effet désormais l’une des plus féminisées au monde, avec un taux de 20% au total et de 15,5% pour ce qui concerne le personnel militaire. Et la France souhaite aller plus loin. La Ministre des armées, Madame Florence Parly, a ainsi annoncé le 7 mars dernier, la veille de la journée internationale des droits des femmes, un plan mixité au service de la performance opérationnelle qui a trois objectifs principaux : recruter des femmes, les fidéliser tout au long de leur carrière et valoriser plus largement la mixité au sein de l’armée. Ces objectifs seront atteints à travers des mesures très concrètes, comme la féminisation de l’encadrement militaire ou encore une nouvelle gestion de l’accès aux grades et responsabilités.

Comme l’a rappelé notre Ministre de l’Europe et des affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, l’engagement des femmes dans notre armée nationale comme dans les opérations de paix sera intégré dans notre troisième plan national pour mettre en œuvre la résolution 1325, qui est en cours d’élaboration, et des actions de coopération spécifiques seront engagées dans cette direction.

La France soutient également la participation des femmes au sein des écoles de formation policière et militaire dans plusieurs pays africains, y compris avec des cursus sur les violences faites aux femmes et aux filles et sur le rôle des femmes dans la médiation.

Vous pouvez compter sur la France pour continuer de promouvoir activement la participation des femmes aux opérations de maintien de la paix et à l’agenda « femmes, paix et sécurité » dans son ensemble. Le Président de la République, M. Emmanuel Macron, a souhaité que l’égalité entre les femmes et les hommes, grande cause nationale du quinquennat, devienne aussi une grande cause internationale. C’était un objectif prioritaire de notre présidence du Conseil de sécurité en mars, et c’est aussi une priorité de notre présidence en cours du G7. L’anniversaire de la résolution 1325 en 2020 et le Forum « Pékin + 25 », qui se tiendra en France la même année, offrent une opportunité unique de donner un nouvel élan à cet agenda, malgré les vents contraires, et de permettre enfin sa pleine mise en œuvre. Pour reprendre à notre compte une citation de Chimamanda Ngozi Adichie, « le féminisme est l’affaire de tous », y compris celle du Conseil de sécurité.

L’agenda dont nous discutons aujourd’hui est au cœur de la révolution qui est en cours au sein des Nations unies pour y promouvoir sur tous les fronts le rôle des femmes et la parité. Cette révolution est indispensable en elle-même, bien sûr, elle est indispensable aussi pour le succès du multilatéralisme auquel nous sommes plus que jamais attachés. C’est dire combien la France entend rester l’un des moteurs de cette révolution que rien ni personne ne pourra arrêter.

Je vous remercie.

Dernière modification : 18/04/2019

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