Venezuela : L’impasse d’aujourd’hui ne doit pas nous conduire à nous résigner [en]

Venezuela – Vote sur les projets de résolutions américain et russe
Explication de vote de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 28 février 2019

Monsieur le président,

Nous regrettons les deux vetos contre le projet de résolution américain, un projet qui aurait pu contribuer à une solution politique et pacifique de la crise au Venezuela et soulager les souffrances du peuple vénézuélien, à l’heure où il est confronté à l’une des pires crises humanitaires de son Histoire.

Contrairement à ce que nous avons entendu autour de cette table, le texte américain, qui a pris en compte plusieurs de nos demandes, ne constitue ni une base juridique en vue d’un recours à la force, ni une tentative de porter atteinte à la souveraineté du Venezuela. Comme chacun le sait, la France, comme l’ensemble de l’Union européenne, n’a cessé de rappeler son refus de l’usage de la force pour résoudre la crise vénézuélienne, et je le dis en échos à ce que vient de dire le Secrétaire d’Etat allemand aux Affaires étrangères. Le texte pour lequel nous avons voté reflète non seulement la réalité tragique du Venezuela d’aujourd’hui, mais aussi notre engagement à une résolution pacifique et politique de cette crise. Comme de nombreux Etats l’ont souligné mardi dernier, y compris la France, l’organisation d’élections présidentielles libres, crédibles et transparentes doit être l’objectif prioritaire en vue du rétablissement de la démocratie vénézuélienne. Il s’agit bien d’apporter une solution politique à une crise politique. C’est toute la raison d’être du Groupe de contact international lancé par l’Union européenne et l’Uruguay, dont la France est membre.

La position des pays qui ont bloqué ce projet de résolution, après avoir refusé de participer aux négociations, revient à protéger le régime de Nicolas Maduro. La France, comme la majorité des Etats membres du Conseil, estime qu’il est de la responsabilité du Conseil de sécurité de condamner fermement le blocage de l’aide humanitaire, ainsi que le recours à la violence contre des femmes et des hommes dont le seul crime est de vouloir porter aide et assistance à leurs compatriotes. Le recours au veto aujourd’hui a bien pour effet de protéger un régime décidé à affamer son peuple.

A l’inverse, Monsieur le Président, le texte présenté par la Russie n’apporte manifestement aucune solution à la crise actuelle. Il entretient l’illusion que le Venezuela est dans une situation paisible et agite le spectre de l’invasion étrangère alors que 3,5 millions de migrants et de réfugiés ont quitté le pays et qu’une majorité de la population est plongée dans le dénuement le plus total. Le projet russe n’a pas un mot pour ces dizaines de millions de personnes. Pas une fois n’apparaît le mot humanitaire dans ce projet. Or l’accès de la population vénézuélienne à une aide internationale neutre, transparente et indépendante est une urgence absolue.

Monsieur le Président,

L’impasse d’aujourd’hui ne doit pas, ne peut pas, nous conduire à nous résigner. La France poursuivra ses efforts, à travers notamment le Groupe de contact international. C’est dans cet esprit que je veux réitérer ici notre appel à une sortie de crise pacifique et négociée qui implique l’organisation d’élections présidentielles libres, crédibles et transparentes dans les plus brefs délais, ainsi qu’un libre accès de l’aide humanitaire.

Alors que le Venezuela est aujourd’hui au bord du gouffre, notre responsabilité n’est ni de nous substituer au peuple vénézuélien, ni de décider à sa place. Elle est au contraire de lui redonner la parole et de lui permettre de s’exprimer librement pour reprendre en main son destin.

Telle est, Monsieur le Président, la boussole qui guide l’action de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 28/02/2019

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