Vénézuela : la volonté du peuple doit être respectée [en]

Vénézuela
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, chargée d’affaires a.i.
Conseil de sécurité – 26 janvier 2019

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier la Secrétaire générale adjointe Mme Rosemary Di Carlo pour son exposé de la situation tragique du peuple vénézuélien.

En effet, depuis près de trois ans, le Vénézuela est plongé dans une crise sans précédent : une économie exsangue, une population privée des biens de première nécessité, une répression tyrannique et brutale contre les opposants et des manifestants pacifiques ainsi que l’exode de plus de 3 millions de Vénézuéliens, migrants et réfugiés désireux de fuir une situation, osons le dire, chaotique. Le problème dépasse les frontières du seul Vénézuela et représente un facteur déstabilisant pour la sécurité régionale. Il est donc parfaitement légitime que notre Conseil en traite au titre de son rôle dans la prévention des conflits.

Dans ce contexte, je souhaiterais insister sur deux priorités en vue d’une sortie de crise :

1/ La première priorité n’est autre que le respect de la volonté du peuple. La France salue à cet égard le courage des centaines de milliers de manifestants dans les rues du Vénézuela depuis le 23 janvier. Ainsi que l’a dit le Président de la République Emmanuel Macron, la démocratie doit être restaurée au Vénézuela. Nicolas Maduro, qui prétend assumer un second mandat sur la base d’un simulacre d’élections, doit immédiatement annoncer l’organisation de nouvelles élections présidentielles, démocratiques celles-ci, c’est-à-dire libres et transparentes conformément à l’ordre constitutionnel vénézuélien, et sous observation internationale. La France a plaidé sans relâche pour une solution politique et négociée de la crise. L’Union européenne n’a eu de cesse de proposer son aide pour y parvenir. Nicolas Maduro doit comprendre qu’il doit saisir maintenant cette ultime opportunité.

Monsieur le Président,

Sans élections annoncées dans les prochains jours, l’Union européenne, conformément à la déclaration que ses 28 membres viennent d’adopter à Bruxelles, prendra de nouvelles mesures concernant notamment la reconnaissance des autorités du Vénézuela, dans le respect de l’article 233 de la constitution vénézuélienne. Comme le Président Macron m’a annoncé ce matin, la France se tient donc prête dans un délai de 8 jours à reconnaître Juan Guaido comme « Président en charge » du Vénézuela pour enclencher un processus politique.

La France exhorte par ailleurs les autorités vénézuéliennes à respecter les droits de l’Assemblée nationale, seule institution démocratiquement élue, en particulier le principe d’immunité de ses membres, et à cesser toute action de répression à l’égard de la population.

Outre les institutions, les femmes et les hommes engagés politiquement dans la défense des droits de l’Homme et de la démocratie vénézuélienne doivent pouvoir continuer leurs activités sans crainte de menaces ou de représailles. L’usage excessif de la force est tout simplement inacceptable, a fortiori contre les représentants démocratiquement élus, les représentants de la société civile et les manifestants pacifiques. Le peuple vénézuélien a le droit de faire entendre sa voix. La France rappelle à cet égard son attachement à la liberté de la presse et à la protection des journalistes qui doivent pouvoir exercer leur métier librement.

Monsieur le Président,

2/ La seconde priorité, toute aussi urgente, est de mettre un terme à la crise humanitaire. Des millions de Vénézuéliens ont dû quitter leur pays en l’absence d’un État capable de fournir les services de base, notamment des soins hospitaliers, et les biens de première nécessité. La solidarité des pays de la région, en particulier la Colombie, l’Équateur, le Pérou, le Brésil, face à cette tragédie humaine doit être saluée. Le Haut-Commissariat pour les réfugiés ainsi que l’organisation internationale pour les migrations, qui ont nommé un représentant spécial conjoint, mènent également un travail remarquable. La France, à titre national, et l’Union européenne contribuent également à cet effort humanitaire en vue de diminuer les souffrances du peuple vénézuélien.

Alors que cette situation ne cesse de s’aggraver, la France exhorte les autorités vénézuéliennes à autoriser et à faciliter le travail des acteurs humanitaires internationaux et des O.N.G. en mesure de fournir l’assistance humanitaire aux femmes et aux hommes les plus vulnérables, en particulier, les enfants, les personnes en situation de handicap et les personnes âgées.

Monsieur le Président,

La France, soucieuse de liberté, égalité et fraternité conformément à sa devise nationale, se tient aux côtés du peuple vénézuélien et salue le courage de celles et ceux prêts à défendre la liberté et les institutions démocratiques de leur pays.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/05/2019

Haut de page