Yémen : La présence de la MINUAAH sur le terrain est décisive [en]

Yémen
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 18 juillet 2019

Merci Monsieur le Président,

Je remercie l’Envoyé spécial Martin Griffiths, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires Monsieur Lowcock et le directeur du Programme alimentaire mondial, Monsieur Beasley, pour leurs interventions.

1/ Je souhaite tout d’abord réaffirmer ici avec force le plein et entier soutien de la France aux efforts de l’Envoyé spécial Martin Griffiths, ainsi que du Général Lollesgaard.
Je leur renouvelle la pleine confiance de la France.

Nous venons de l’entendre, après des semaines de blocage, les parties ont réussi à se réunir de nouveau au sein du Comité de coordination du redéploiement (RCC) en début de semaine et à s’entendre sur les principes généraux pour concrétiser sur le terrain la phase 1 et la phase 2 de l’accord de Hodeïda. C’est un pas encourageant et nous saluons la reprise des discussions. Mais ce n’est qu’une première étape. Les parties doivent maintenant mettre en œuvre rapidement et concrètement les points agréés et rester engagées de bonne foi au sein du Comité et avec l’Envoyé spécial.

Alors que nous venons de renouveler à l’unanimité le mandat de la Mission des Nations unies en appui sur l’accord de Hodeïda (MINUAAH) pour six mois, la France lui réitère son plein soutien. Sa présence sur le terrain est décisive pour observer et faciliter le redéploiement, comme le prévoit la résolution 2452 de ce Conseil, mais également pour permettre aux parties de renouer des liens de confiance. L’opérationnalisation croissante de la force est une bonne chose et nous appelons les Nations unies à poursuivre le déploiement de ses pleines capacités sur le terrain. Il appartient donc aux parties d’assurer leur pleine sécurité et la libre circulation.

Les efforts de l’Envoyé spécial sont d’autant plus importants dans le contexte sécuritaire régional qui s’est récemment dégradé. Les tensions actuelles dans le Golfe sont extrêmement préoccupantes. Elles risquent d’avoir un impact sur la situation au Yémen et la bonne disposition des parties à avancer dans leurs discussions pour la mise en œuvre de l’accord de Stockholm et, au-delà, pour trouver une issue politique au conflit actuel. La France a été très claire : nous avons fermement condamné les dernières attaques perpétrées et revendiquées par les Houthis, notamment celles sur l’aéroport d’Abha, qui ont déjà provoqué un mort et plusieurs dizaines de blessés. Ces attaques sont inacceptables et doivent cesser. Nous avons ainsi appelé l’ensemble des parties à s’abstenir de toute escalade susceptible de déstabiliser davantage la région et de compromettre la mise en œuvre de l’accord de Stockholm dans toutes ses dimensions et la reprise des discussions en vue d’une solution pacifique. A cet égard, le redéploiement militaire annoncé par les autorités émiriennes, s’agissant notamment de la région de Hodeïda, peut constituer une opportunité en faveur d’une désescalade, et nous espérons que cette décision puisse être utilisée pour faciliter l’obtention d’une solution politique à la crise par toutes les parties.

2/ Nous restons par ailleurs extrêmement préoccupés par la poursuite de la dégradation de la situation humanitaire et sécuritaire. Il est plus que jamais essentiel de protéger les civils, y compris les femmes et les enfants. Ces derniers sont particulièrement vulnérables, ils sont presque deux millions en état de malnutrition aigüe sévère.

Je souhaite réaffirmer tout notre soutien aux acteurs humanitaires pour leurs efforts dans ce contexte difficile. Ils doivent eux aussi être protégés. L’accès commercial et humanitaire, qu’il faut garantir, a été encore d’autant plus entravé par la fermeture de la route entre Aden et Sanaa mais aussi par les obstructions, notamment des Houthis. Ce qui est inacceptable alors que comme vous l’avez décrit, Monsieur Beasley, le pays risque toujours de sombrer dans la famine. Nous appelons donc les parties à tout faire pour faciliter la mise en œuvre du plan de réponse humanitaire et permettre d’agir dans le plein respect des principes de neutralité, d’indépendance, d’impartialité et d’humanité.

3/ Je conclurai par ce point, il ne faut pas perdre de vue que notre objectif collectif est de trouver une solution politique pour sortir du conflit actuel. L’accord de Stockholm est une première étape pour faciliter l’établissement de liens de confiance entre les parties. C’est pour cette raison que l’obtention de résultats dans sa mise en œuvre est utile pour aider à la reprise de discussions politiques.

La solution militaire ne peut pas et ne doit pas être une option. La relance de ces discussions pour parvenir à un accord politique global et inclusif, tenant compte de la diversité des acteurs yéménites, incluant les femmes et les représentants de la société civile, est la seule véritable perspective pour mettre un terme au conflit et à la crise humanitaire. La mobilisation et l’unité de ce Conseil sont notre meilleur atout pour avancer sur ce chemin certes difficile, mais qui est la seule option pour ramener la paix à laquelle les Yéménites aspirent.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 23/07/2019

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